«Sortez couverts». Ce week-end l’expression chère à son inventeur Christophe Dechavanne était sur toutes les bouches. Non pas que la pluie battante du samedi ait eu raison des festivaliers de la 16ème édition du festival Solidays qui cette année encore (et pour la dernière fois) investissait la pelouse de l’hippodrome de Longchamp du 27 au 29 juin. Mais c’est qu’elle est – malheureusement – toujours d’actualité en 2014, comme n’ont eu de cesse de le répéter les bénévoles sur place pour sensibiliser à la question du VIH le public du festival.

Marqué cette année par un hommage à Nelson Mandela, effigie de cette 16ème édition, Solidays, festival militant et solidaire, a battu des records. Records de fréquentation avec plus de 175 000 entrées (170 000 en 2013) et de bénéfices avec plus de 2 millions d’euros récoltés par Solidarité sida pour des associations de prévention et d’aide aux malades du sida et aux séropositif.ve.s.

La programmation, ambitieuse et grand public, avec plus de 80 groupes n’était pas non plus pour déplaire. Breton, M, Vitalic, Gesaffelstein, La Femme, Christine and the Queens, Metronomy ou Skip the Use ont enflammé un public chaleureux et réceptif, et ce malgré la pluie, la boue, et les aléas d’un climat parfois idéal, parfois exécrable.


Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur M, en concert, vendredi 27 juin.

Parce qu’en 2014,  on dénombre 35 millions de malades du sida dans le monde (860 000 en Europe occidentale et centrale, dont 29 000 nouvelles infections par le VIH par an) et que l’épidémie est loin d’être résorbée, Yagg est parti à la rencontre d’artistes et de représentant.e.s associatifs présents pour cette édition de Solidays afin de leur demander ce que signifiait pour eux la lutte contre le sida. Ils nous racontent leur Solidays 2014, en son et en image.

«EN 2014, LES GENS PENSENT QUE LE SIDA C’EST UN PEU COMME UN RHUME»
Invité depuis trois ans désormais, le Tsugi Crew (des membres de la galaxie du magazine Tsugi) composé de Mathias Riquier, Malick Gueye et de François Blanc (de gauche à droite sur la photo) était appelé aux platines de la scène Green Room Session dès l’ouverture du festival vendredi à 16h. La fine équipe rappelle l’importance d’un événement comme Solidays sans être dupe : un grand nombre de festivaliers vient pour les groupes et la musique, sans vraiment connaître les origines militantes du festival. Mais n’est-ce pas le meilleur moyen justement de sensibiliser un public moins averti sur toutes les questions de prévention sur les lieux même du festival grâce à un événement qui rassemble ?

Tsugi crew


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«ON PRÉFÈRERAIT FAIRE LA FÊTE DU VIRUS QUI N’EXISTE PLUS»
C’est sous des trombes d’eaux que le duo toulousain Cats on Trees s’est produit samedi 28 juin. Depuis la sortie de leur premier album à l’automne 2013, Nina Goern (chant, piano) et Yohan Hennequin (batterie) sillonnent la France avec leur pop mélancolique et virtuose. Programmés pour la première fois à Solidays, la paire explique que l’événement «n’est pas un festival comme les autres». L’occasion de se faire plaisir musicalement tout en jouant pour la bonne cause dans «une ambiance hyper positive».

Cats on Trees


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«LE SIDA, ÇA N’ARRIVE PAS QU’AUX AUTRES»
La journaliste et productrice du Mouv’ Giulia Foïs, invitée samedi au Forum café du festival pour parler de son émission Point G comme Giulia, souligne que la lutte contre le sida est «une thématique qui [lui] tient à cœur». Passionnée par la question de la sexualité, l’animatrice (que Yagg a récemment interviewé pour la sortie de son livre) s’est notamment rendu compte que la conscience de l’épidémie est beaucoup moins forte chez les jeunes qu’auparavant. Ses explications.

Giulia Fois2


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«ON EST EN PHASE AVEC LES LUTTES QUI SONT MENÉES ICI CONTRE LE SIDA ET POUR DÉFENDRE UNE CERTAINE IDÉE DU MIEUX VIVRE»
Les cinq lascars qui composent Skip the Use sont des habitués de Solidays. Pour la quatrième fois, le groupe de rock français originaire du Nord était appelé à clôturer cette 16ème édition de Solidays le dimanche soir aux alentours de 23h. Du gros son pour un groupe qui s’engage sur des questions de sociétés (lutte contre le sida, intolérance, mariage pour tous) dans certaines de ses chansons comme Être heureux ou The story of gods and men. Lio (clavier), Yan (guitare) et Max (batterie) racontent pourquoi ils sont attachés à un festival comme Solidays qui leur a donné «leur chance».

Skip the use


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«AVEC UN FESTIVAL GRAND PUBLIC COMME SOLIDAYS ON A MOYEN DE SENSIBILISER ÉNORMÉMENT DE GENS»
Au cœur de Solidays 2014, un chapiteau accueillait pendant trois jours un village associatif divisé en quartiers en fonction de thématiques comme la santé, les droits humains, l’environnement ou la solidarité internationale. Parmi les associations LGBT présentes sur place, le MAG jeunes LGBT, notamment connu pour ses interventions en milieu scolaire contre les LGBTphobies, tenait son stand non loin du Refuge, de SOS homophobie ou des Sœurs de la perpétuelle indulgence. Deux des militant.e.s/bénévoles soulèvent l’importance pour une association comme la leur d’être présente sur un tel événement pour sensibiliser un public hétérogène aux actions menées par le MAG tout au long de l’année.

Le MAG


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«LA SÉROPHOBIE EXISTE ENCORE»
Comment faire passer un message de prévention sur un événement musical et festif tel que Solidays, dont c’est le leitmotiv ? Hervé Baudoin, coordinateur thématique public minorités sexuelles pour l’association/ligne d’écoute Sida info service insiste sur l’importance de faire de la prévention ludique pour se faire entendre. Où en est-on aujourd’hui en matière de prévention en France ? Il y a eu «des avancées», observe-t-il, mais il existe encore des résistances aux outils de prévention.

Herve baudouin


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«IL Y A UNE INDIFFÉRENCE TOTALE À L’ÉGARD DES TRANS’ ET DU VIH AU NIVEAU INSTITUTIONNEL ET LÉGISLATIF»
Giovanna Rincon, directrice de l’association trans’ Acceptess-T, est amère. Amère parce que dans la lutte contre le VIH/sida, les personnes trans’ particulièrement touchées par l’épidémie sont encore invisibilisées. Un exemple : dans le Plan national de lutte contre le sida 2010-2014, il n’existe (toujours) pas d’évaluation de la séro-prévalence des personnes trans’. Mais «selon la métanalyse de Herbst et Jacobs, en 2008, la prévalence moyenne (pays européens, Etats-Unis) établie à l’aide de tests sérologiques serait de 27,7% pour les femmes trans’ (MtF), alors que la prévalence établie à partir de déclarations (c’est-à-dire sans un test sérologique ad hoc) serait de 11,8%. Une activité de prostitution apparaît comme l’un des principaux facteurs de risque avec un estimation de prévalence de 41,5%» indique un document du plan national.

Giovanna Rincon


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Son combat, qu’elle portait pour la première fois au festival Solidays, se veut plus large. «Une question de droits humains», affirme-t-elle. Ce qui l’a d’ailleurs poussé à interpeller François Hollande en visite dimanche après-midi sur les lieux du festival sur l’absence d’une loi pour les personnes trans’. Malgré la pluie, «The fight must go on», comme ils disent. Mais en musique.

Photos Florian Bardou