amours masculinesLes Amours masculines de nos grands hommes, Michel Larivière, La Musardine, 414 p., 23€. Mes collègues ont l’habitude de me renvoyer dans les cordes quand j’affirme qu’un tel ou un tel, politique, artiste ou journaliste, est gay! Je vais pouvoir maintenant leur parler des grands hommes et de leurs amours masculines, en m’appuyant sur l’excellent ouvrage de Michel Larivière (présent à Homomicro lors de l’émission du 2 juin). Ce dernier, qui avait déjà consacré de nombreux livres à l’homosexualité, raconte dans Les Amours masculines de nos grands hommes en quoi l’homosexualité et la bisexualité de personnages illustres permettent de mieux comprendre une œuvre, une décision, un fait historique. Si on connaît encore si mal l’homosexualité dans l’histoire, c’est en très grande partie pour Michel Larivière à cause de la censure. Saviez-vous ainsi qu’à la mort de Michel-Ange, tous ses poèmes composés pour son amant ont été tronqués et que l’orthographe masculine a été féminisée? Une censure qui selon l’auteur perdure trop souvent aujourd’hui. Il s’agit donc bien d’un travail salutaire et très instructif que nous livre Michel Larivière. D’Alexandre le Grand à Maurice Béjart, en passant par Jules César, Jacques premier d’Angleterre, Flaubert, Balzac ou Eisenstein, ce livre fourmille d’anecdotes et nous entraîne à la (re)découverte des figures majeures de nos livres d’histoire. En attendant de lire un livre aussi documenté sur les amours lesbiennes. Christophe Martet

 

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À marche forcée, Kadyan, KTM éditions, 250 p., 18€. Vous aviez envie d’une romance, un livre léger, pour cet été? À marche forcée n’est pas pour vous, qui tourne très vite au très très sombre. Mais si vous êtes prête (ou prêt, après tout) à descendre de ce nuage rose, accrochez-vous et suivez Mel et Anouk dans ce qui n’aurait dû être qu’une belle rencontre devant le temple Pashupatinah de Bhaktapur, au Népal, et devenir une belle histoire d’amour, avec juste ce qu’il faut d’entraves pour accrocher la lectrice. La rencontre est là, jolie et prometteuse, mais dès que les deux femmes se retrouvent au camp de base de l’Anapurna – l’une est trekkeuse, l’autre alpiniste –, leur histoire vire au cauchemar. Presque trop, mais ça fonctionne. Et l’on se dit que si les deux héroïnes parviennent à survivre à toutes ces épreuves, c’est que leur amour était inévitable. Judith Silberfeld

 

carnaval manuel blancCarnaval, Manuel Blanc, Stéphane Million Editeur, 156 p., 15€. Sur le papier, l’idée de départ semble un peu farfelue. Un couple d’hommes se sépare. L’un part à Cologne en plein carnaval et y donne rendez-vous à celui qui est désormais son ex. Un ex en costume de gorille, un peu paumé, mais profondément attachant. Et ça prend. On veut comprendre, avoir des explications, pour savoir pourquoi ça s’est arrêté et comment le narrateur en est arrivé à s’affubler d’un costume de gorille qu’il a nommé Koko. L’écriture, parfois nerveuse, est agréable, authentique même, sans ambages inutiles. Le héros sans nom se déguise en autre dans une ville autre en nourrissant l’espoir que, peut-être, ça pourrait repartir avec l’autre. Si vous le lisez cet été, ce n’est pas vraiment un roman de plage, plutôt un roman de parc, au cœur de la ville, au milieu d’autres en costume qui vont et viennent, l’esprit chargé d’autres espoirs, dont celui d’être soi avec quelqu’un. Julien Massillon

 

deux garconsDeux garçons, Philippe Mezescaze, Éditions Mercure de France, 119 p., 13,80€. À 17 ans, Philippe part s’installer chez sa grand-mère à La Rochelle pour fuir la folie de sa mère. Son contrat: obtenir le baccalauréat à la fin de l’année, malgré ses réticences et un désir sous-jacent qui prend vite le pas sur ses études: devenir comédien professionnel. À l’occasion d’un cours de théâtre, il rencontre Hervé (Guibert), 14 ans, son premier amour incontestablement. Récit autobiographique d’une adolescence fougueuse et obstinée, Deux garçons, le dernier roman de Philippe Mezescaze, raconte avec le recul nécessaire à une époque révolue l’écueil d’une première romance, au seuil de l’âge adulte. L’écrivain, qui a été proche de Roland Barthes, y livre avec délicatesse ses souvenirs d’une relation soudée par le théâtre (notamment Caligula d’Albert Camus) mais qui lui file entre les doigts. Fou d’Hervé, peut-être l’a-t-il été à un moment, avant que leurs chemins respectifs ne se séparent. Les retrouvailles, quelques mois et années plus tard, seront d’ailleurs maladroites et catastrophiques. Mais le récit n’en est que plus brut et absolu. Florian Bardou

 

salamandre sebhanSalamandre, Gilles Sebhan, Le Dilettante, 224 p. 17€. Qui est le meurtrier de ce client mystérieux, surnommé Salamandre par les tapins du cinéma-bordel parisien qu’il fréquentait, depuis son retour du Maroc? Ce thriller impeccablement construit jouit de l’écriture magnifiquement stylisée de Gilles Sebhan, qui mêle au sordide une vraie sensualité poétique. On en sort ébloui.e.s par les diamants sombres que l’auteur taille, sous nos yeux incrédules, tout au long d’une passionnante (en)quête! Eric Garnier (En partenariat avec Homomicro).

 

 

 

mr roger et moiMr Roger et moi, Marie-Renée Lavoie, Denoël, 256 p., 16€. Du haut de ses huit ans, Hélène préfère qu’on l’appelle Joe et suit avec assiduité les épisodes du dessin animé Lady Oscar, l’histoire d’une jeune femme déguisée en homme et capitaine de la garde royale pendant les prémisses de la Révolution française. Éprise de ses aventures épiques, elle s’imagine affronter les mêmes drames que son héroïne dans sa banlieue du fin fond du Québec. Quand un vieil homme peu aimable, porté sur la bouteille et bien décidé à rester les fesses engoncées dans une chaise de jardin jusqu’à sa dernière heure, s’installe à côté de chez elle, elle est loin de se douter que ce vieux bougon va jouer un rôle déterminant dans sa vie à elle. Intensément drôle et émouvant, Mr Roger et moi est ce genre de roman initiatique qui à chaque page vous laisse un sourire béat. À cela s’ajoute le plaisir d’entendre les mots au moment où on lit, d’entendre résonner très distinctement l’accent québécois de chacun des personnages dans ses oreilles. Ce premier roman est chargé d’une énergie vivifiante, proche de celle rencontrée à la lecture de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, le chef-d’œuvre d’Harper Lee, dont les deux héroïnes connaissent une trajectoire finalement assez similaire, passant de l’enfance à l’âge adulte et perdant au passage un peu de leur innocence. Maëlle Le Corre

 

buvard-1493174-616x0Buvard, Julia Kerninon, Le Rouergue, 200p., 18,80€. Le narrateur, Lou, n’est pas le seul à être intrigué, voire fasciné par la célèbre romancière Caroline Spacek: nous aussi! C’est grâce  au grand talent stylistique de la toute jeune auteure, Julia Kerninon, et à l’intense émotion qui imprègne ses pages. C’est dû aussi à la personnalité et aux parcours hyper-sensibles des deux héros: Lou, homosexuel et bouleversant compagnon de Piet, obtient de rencontrer Caroline, bisexuelle mais dont le grand amour fut pour Jude et irradie ce roman. Prévue pour être brève, l’interview durera sept semaines. Ce premier roman illustre à merveille le pouvoir dévorant et vital de la littérature dans des vies, dont la part d’enfance ne quitte jamais ceux pour qui elle n’aura été qu’une «somme écrasante et inracontable»… Un livre qu’on quitte le cœur étreint par tant de rude beauté… Julia Kerninon a reçu le prix Françoise Sagan 2014. EG

 

quand je meurs achete toi un regime de bananesQuand je meurs, achète-toi un régime de bananes, Isabelle Zribi, Buchet Chastel, ,11€.
À l’aube de ses 25 ans, une jeune femme se rend à Manchester après le décès de sa grand-tante, la dénommée Stevenson, avec qui elle entretenait une relation privilégiée. Son errance lui fera faire d’étranges rencontres dans le quartier gay de la cité mancunienne, ou lui fera découvrir Alan Turing, au gré de ses souvenirs d’enfance et de ses pensées, hantée par les énigmatiques derniers mots de Stevenson: «Quand je meurs, achète-toi un régime de bananes.» Difficile de s’attacher à cette narratrice dont l’amertume peut procurer des difficultés à rentrer dans ce roman d’Isabelle Zribi. Pourtant, certain.e.s pourront apprécier ce personnage un brin misanthrope (on songe parfois à l’héroïne du dessin animé culte Daria), détaché de tout et sur lequel il est bien difficile de coller une étiquette (bisexuelle? asexuelle?). Mais l’écriture à la saveur bien particulière de l’auteure vient donner du relief à cette héroïne, qu’Isabelle Zribi avait déjà placée au cœur de son précédent roman Tous les soirs de ma vie (qui faisait partie des nominés pour le prix du meilleur roman lesbien du site République du glamour en 2010). Une héroïne au départ si hermétique à tout désir ou sentiment et qui, traversée par ses questions existentielles sur la mort, le couple, l’art, va finalement voir ses certitudes ébranlées… MLC

 

4filles4garçonsQuatre filles et quatre garçons, Florence Hinckel, Talents hauts, 570 p., 14,50€. Joséphine, Corentin, Sarah, Benoit, Medhi, Justine, Dorian et Clotilde ont 14 ans. À la veille de l’entrée en 3e, Joséphine suggère que chacun.e tienne tour à tour un journal de cette dernière année de collège, leur dernière année ensemble. Mois par mois, se croisent alors les histoires d’amour, de bonheur, de mal-être adolescent aussi, les relations parfois compliquées avec les parents, les problèmes en cours… Huit ados, huit facettes de cette période pas toujours simple à gérer entre toute fin de l’enfance et entrée dans l’âge adulte. À huit voix sont abordées les questions du harcèlement, de l’anorexie et, surtout, de la découverte de l’identité de chacun.e. JS

 

apres_quoi_on_court_01Après quoi on court, Jérémy Sebbane, MA Editions, 330 p., 14,90€. Pour les nostalgiques des années Charmed (pré-Rose McGowan), Star Ac’ (pré-saison 5) et Britney (pré-tonte), c’est le livre à emporter sur les plages rien que pour savourer le plaisir de replonger quelques heures dans cette époque bénie. Fluide, émaillé de ces drames immenses que l’on affronte à l’adolescence et de ces histoires d’amour sans espoir et sans avenir qui continuent à ponctuer l’existence bien des années après la puberté, ce roman de Jérémy Sebbane donne la parole à quatre personnages. Le principal, Aaron, est amoureux de Michaël. Mais celui-ci ne jure que par Dana (qui le lui rend plutôt bien). Lisa, elle, se contente de taire la flamme qui l’embrase pour Aaron. Un carré amoureux qui devient parfois pentagone ou triangle. Un vrai feuilleton d’été, léger à souhait, mais qui ne manque pas de capturer l’air de rien l’état d’esprit d’une génération au bord du désenchantement. Mention spéciale pour avoir cité Priscilla, qui a depuis sombré dans les cachots de l’oubli. JM

 

jours de mures et de papillonsJours de mûres et de papillons, Marie Evkine, Les éditions Moire, 110 p., 14€. Au début de Jour de mûres et de papillons, la rupture est acquise. Avec force détails, la narratrice jette un regard nostalgique, parfois douloureux, enflammé aussi, sur un amour plus que passionné. Elle chronique aussi les rencontres avec ces autres qui ne lui feront pas oublier celle qui l’a quittée. Elle parle corps, sexe et cul, la crudité des termes ne masque pas la poésie des phrases. Elle décrit les femmes comme elle raconte les villes. «Tu m’as souvent dit que tu voulais découvrir New York. J’y suis sans toi et je ne t’écrirai pas. Je marche dans les rues, je marche dans les musées, je marche dans Central Park. Je pense à toi et à ton corps devant chaque longue silhouette de femme qui court.» JS

 

conception ariane zarmantiConception, Ariane Zarmanti, Omniscience, 192 p., 17,90€. Conception est une série de lettres qu’une femme adresse à son futur enfant, à Roland Barthes, aux co-parents, à ses exs… Au fil de cette correspondance à sens unique, Ariane Zarmanti tisse l’histoire d’un désir d’enfant non-conventionnel, l’envie de fonder une famille hors des sentiers traditionnels, malgré les doutes, les critiques et les préjugés. L’auteure se plait à jouer avec les mots et les sonorités pour construire un récit éclaté, aussi intime que puissant, et finalement très féministe sur la parentalité. MLC

 

1re_couv.la_barbeLa Barbe, cinq ans d’activisme féministe, Racine du iXe, 176 p., 16€. Aujourd’hui tout le monde connaît La Barbe, ce groupe de militantes et surtout leur mode d’action qui consiste à faire irruption dans les colloques, assemblées ou rencontres affublées de postiches ébouriffées pour remercier les hommes de leur omniprésence dans les hautes sphères décisionnelles. À l’occasion de leur cinquième anniversaire, les barbues célèbrent leur lutte toujours d’actualité en publiant un ouvrage particulièrement instructif. Car derrière les happenings, La Barbe a aussi recueilli des données, des informations, des statistiques qui montrent à quel point leurs interventions sont nécessaires… dans tous les domaines: de la culture à la finance, en passant par la politique et les médias. A mettre entre toutes les mains surtout celles de ceux qui ne sont pas encore convaincu.e.s… MLC

 

Retrouvez aussi:

Point G comme Giulia, Giulia Foïs, Plon, 240 p., 16,90€. Dans son livre sorti en mai dernier, l’animatrice radio revient sur une année d’émission, sa genèse, ses tabous et ses constats. A lire, l’interview Yagg de Giulia Foïs.

Les Lucioles, Des Ailes sur un tracteur, 18€. Découvrez le livre choral auquel ont participé Philippe Besson, Nina Bouraoui, ou encore Edouard Louis et dont tous les bénéfices seront reversés à l’association Le Refuge. Voir l’article sur la soirée de lancement du 13 juin.

Le Moment politique de l’homosexualité, Massimo Prearo, Presses Universitaires de Lyon, 336 p., 20€. Cet ancien salarié du Centre LGBT de Paris-IDF, actuellement post-doctorant au Centre de recherche sur les politiques et théories de la sexualité de l’université de Vérone en Italie fait une analyse socio-historique du mouvement homosexuel en France: ses origines, sa genèse, ses transformations jusqu’à sa forme inter-associative actuelle sous le sigle LGBT. A lire, l’interview Yagg de Massimo Prearo.

Photo Naila Jinnah