France | 02.06.2014 - 11 h 41 | 0 COMMENTAIRES
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Mariage de Bègles, 10 ans après

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Le 5 juin 2004, Noël Mamère mariait Stéphane Chapin et Bertrand Charpentier à Bègles, dans un climat électrique. Pour ce 10e anniversaire, Yagg consacre une semaine spéciale à cet événement phare sur le chemin de l'égalité des droits.

Avant le mariage pour tous, il y a eu le mariage de Bègles. Avant Christiane Taubira, il y a eu Noël Mamère. Avant Wilfred et Olivier, il y a eu Sébastien Nouchet. Avant Vincent Autain et Bruno Boileau, il y a eu Stéphane Chapin et Bertrand Charpentier. Les similitudes entre les deux événements sont nombreuses, à tel point qu'avec le recul, le mariage de Bègles ressemble à une répétition du mariage pour tous, promulgué il y a un an. Mais la comparaison, aussi intéressante soit-elle, a ses limites.

Revenons dix ans en arrière. Nous sommes début 2004, un peu moins de 5 ans après l'adoption de la loi créant le pacs. Les questions du mariage et de l'égalité des droits sont loin d'être au centre des débats et des revendications LGBT. Deux événements vont changer la donne. L'agression – réelle ou supposée (un non-lieu a été prononcé) – de Sébastien Nouchet à Noeux-les-Mines tout d'abord et la décision de Gavin Newsom, maire de San Francisco, de marier des couples de même sexe ensuite, incitent certain.e.s militant.e.s à vouloir aller plus loin. C'est le «Manifeste pour l'égalité des droits», publié dans Le Monde. Ses initiateurs, Daniel Borrillo et Didier Eribon, y développent une thèse: la première des homophobies est celle qui est inscrite dans la loi. Tant que cet état de fait subsistera, les homophobes auront en quelque sorte une légitimité pour agir. En suivant ce raisonnement et en s'appuyant sur l'initiative de Gavin Newsom, le juriste et le philosophe invitent les maires français.es à marier des couples d'hommes et des couples de femmes.

Plusieurs élu.e.s répondent à l'appel mais un seul va jusqu'au bout, l'écologiste Noël Mamère, maire de Bègles, en Gironde. Et c'est là qu'on peut pointer une différence majeure avec les débats du mariage pour tous. Autant en 2012 et 2013, le mariage pour tous a fait (à peu près) consensus à gauche et parmi les associations LGBT, autant Noël Mamère est resté quasi seul dans son entreprise.

La droite l'a accusé de tous les maux; les socialistes se sont montré.e.s au mieux condescendant.e.s, au pire méprisant.e.s, quand ce n'était pas carrément hostiles; seul son propre parti l'a globalement soutenu – encore que  pas unanimement. Plus marquant, les associations LGBT, à quelques exceptions près (à l'image d'Act Up-Paris), ne lui ont pas manifesté pas un soutien délirant (lors de la marche des fiertés parisiennes quelques semaines plus tard, Mamère sera malgré tout très chaleureusement applaudi par les manifestant.e.s). Elles ont eu tort.

LES MARIÉS, TROP «POPULAIRES» POUR CERTAIN.E.S
Certes, l'initiative était, sauf miracle, vouée à l'échec. Mais il fallait une sacrée dose de courage politique – et d'inconscience, comme le maire de Bègles le reconnaît lui-même – pour la mener à bien. Cela aurait pu mériter un peu plus d'encouragements. Si seules les discussions feutrées dans les ministères faisaient avancer les droits, cela se saurait. Que n'a-ton dit aussi sur le profil des mariés, trop populaires au goût de certain.e.s. Parmi celles et ceux qui les ont critiqués, combien auraient eu le courage de s'exposer à la vindicte populaire qu'ils ont dû affronter? Qui aurait eu le courage de se marier dans un hôtel de ville encerclé par les militant.e.s d'extrême droite qui brandissent des pancartes «un père + une mère oui. Des tantes non» ou «À quand le mariage zoophile»? Combien auraient supporté d'être traqué.e.s par ceux-là même et par les médias?

Un an après l'adoption du mariage pour tous, il faut se souvenir que dans la longue marche pour l'égalité des droits – qui reste à compléter, avec la PMA et les droits des trans' –, le mariage de Bègles aura été une étape incontournable. En répondant à l'appel de Daniel Borrillo et de Didier Eribon, Noël Mamère a en effet forcé en la société française dans son ensemble à dépasser la question du pacs – auquel ses ancien.ne.s adversaires trouvaient désormais toutes les vertus – et  à se positionner sur la question du mariage, et en filigrane, celle de l'égalité des droits. Si le débat n'avait pas été amorcé de cette façon il y a 10 ans, qui dit que la gauche aurait été prête en 2013 à  faire voter l'ouverture du mariage aux couples homosexuels?

D'ailleurs, le fait que les socialistes aient traité Noël Mamère lors des débats de l'an dernier comme un vieil oncle excentrique, sympa mais un peu embarrassant, n'est pas vraiment à leur honneur. Au fond, le seul tort de l'élu écologiste, qui déjà en 1998,  lors de la débâcle du premier vote sur le Pacs, avait critiqué ces élu.e.s de gauche «qui ne veulent pas rentrer dans leur circonscription et dire qu'ils ont voté pour les pédés», est sans doute d'avoir eu raison trop tôt. Qu'il soit permis sur Yagg, 10 ans après ce 5 juin 2004 historique, de considérer qu'il s'agit plutôt d'une vertu.

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Co-fondateur de Yagg. Rédacteur en chef. Photo. Comédies musicales. Harvey Fierstein. These are a few of my favorite things.
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