Le téléfilm The Normal Heart a été diffusé dimanche 25 mai sur HBO aux États-Unis. Particulièrement attendue, l’adaptation de la pièce de Larry Kramer par Ryan Murphy raconte les débuts de l’épidémie du VIH dans la communauté gay, à travers l’histoire de Ned Weeks. Dans une interview à Queerty, Mark Ruffalo, qui interprète le rôle principal du film, aux côtés de Julia Roberts, Matt Bomer et Jim Parsons, a raconté cette expérience de tournage qui l’a beaucoup marqué.

«SI ON SE PLANTAIT, CE SERAIT UNE DÉSASTRE»
Acteur hétéro pour jouer le rôle d’un militant homo pour une pièce emblématique de la communauté gay, Mark Ruffalo avait bien quelques craintes avant d’endosser le rôle de Ned Weeks:

«Je l’ai dit à Ryan mais il m’a dit que je passais complètement à côté de la question. Le sens du film, c’est que la sexualité d’une personne n’a pas d’importance. Il m’a dit qu’il m’a choisi parce que j’étais l’acteur qu’il fallait. Il en était beaucoup plus convaincu que moi.»

Mais l’acteur était bien conscient de la tâche qui lui revenait et surtout de l’importance du projet: «Si j’étais inquiet d’assumer ce rôle, c’était en partie parce que cela signifie tellement pour tant de gens et que si on se plantait, ce serait un désastre. Je ne pensais pas qu’on allait se rater, mais nous avions une responsabilité. Nous avions le devoir de le faire. C’était important d’y aller à 100%. Tout le monde y est allé comme ça. Et en même temps, cette vulnérabilité nous a fait nous rapprocher d’une manière qui était bonne pour l’ensemble. Nous sentions tous le poids de l’histoire et son importance et le désespoir de tous ces gens qui ont perdu la vie et ceux qui ont survécu et ce pour et contre quoi ils se battent.»

UNE ALCHIMIE AVEC MATT BOMER
L’acteur est aussi revenu sur son expérience avec Matt Bomer, qui lui aussi a été grandement bouleversé par son rôle dans le film, comme il le racontait au magazine Details: «Il y avait beaucoup d’affection et d’attention envers l’autre et ce parcours que nous faisions ensemble. Ces personnes dont on porte l’histoire sont mortes ou ont souffert, ont été traitées si durement et cruellement qu’on laisse de côté son ego, et là il y a beaucoup de compassion. Et Matt et moi avons beaucoup de compassion l’un pour l’autre. Nous prenions toujours soin l’un de l’autre, demandant des nouvelles “comment vas-tu?” “Oh, ça a été dur aujourd’hui.” C’était intimidant pour nous deux de façon différente mais pour des raisons similaires. (…)

«C’est un mec adorable et j’étais tellement à l’aise avec lui. Il est gay alors je pouvais compter sur lui pour m’aider même si ce n’est pas si différent d’une relation hétéro, comme on finit par le comprendre. Il n’avait jamais joué un personnage homo, alors c’était son défi à lui. On était tous les deux très vulnérables.

«Quand on voit deux personnes qui ont une alchimie, c’est qu’il y a beaucoup de confiance, ou qu’il se passe quelque chose entre elles. Mais principalement, quand on est enthousiasmé par une telle alchimie, c’est parce qu’elles se font confiance en tant qu’artistes.»

SORTIR DE LA MARGINALITÉ
Bien avant The Normal Heart, à travers ses choix en tant qu’acteur (The Kids Are All Right) et réalisateur (Sympathy For Delicious), mais aussi dans ses engagements personnels, Mark Ruffalo s’est toujours montré proche de la communauté LGBT. Ses convictions remontent à loin: «Quand j’étais au lycée, mon meilleur ami a fait son coming-out. Je pensais qu’il était le seul homo qu’il pouvait y avoir dans toute la ville. Il m’a dit qu’il était gay et j’ai dû réfléchir sur moi un peu. À l’époque – je parle de 1984-85 –, l’homosexualité était encore un truc marginal. Ce n’était pas visible. Dans certains endroits, on pouvait être homo, mais dans d’autres, on savait qu’il ne fallait pas l’être, et c’était acceptable autant pour la communauté gay que pour les hétéros en grande partie.

«Ce que ces mecs ont fait, et notamment Larry Kramer, c’est dire non, ce n’est pas juste. Nous devons être homo partout. Il n’y a pas de honte à être ce qu’on est. Nous devons faire savoir au monde qui nous sommes. Sinon, nous serons toujours les autres. Ils ne nous reconnaîtront jamais comme faisant partie des leurs.»

Lire l’intégralité de l’interview sur le site de Queerty.

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