[mise à jour, 16h17] Ajout de la réaction de l’Inter-LGBT.

«Ce ne sont pas les député.e.s français.es qui vont le plus nous aider», confie, déçu, Joël Le Déroff de l’Ilga-Europe. Avec près de 25% des voix dans l’Hexagone – un peu plus de 43% des personnes ayant le droit de vote ont parcouru le chemin jusqu’aux urnes –, le Front national (FN) est arrivé en tête, devant l’UMP (21%) et le PS (14%) aux élections européennes pour lesquelles un scrutin était organisé hier, dimanche 25 mai, en France métropolitaine. «Il est difficile d’en tirer des conséquences immédiates tant que les groupes parlementaires ne sont pas formés, mais il est certain que les Français.es seront moins influent.e.s au sein des grands groupes», complète Joël Le Déroff.

«La remise en cause doit être générale: l’abstention (un taux de 56% montant jusqu’à 73% chez les jeunes de -35 ans), les partis politiques, les médias et la société civile, souligne l’Inter-LGBT dans un communiqué. Le sursaut viendra d’abord du refus! Nous refusons de vivre dans une société dans laquelle la haine serait la norme. (…) Nous refusons de considérer l’extrême droite comme républicaine. Le FN est un parti qui porte des valeurs contraires à celles de la République: il faut le combattre de toutes nos forces. Nous refusons enfin de nous résigner. Notre vigilance doit être accrue, nous ne devons plus rien laisser passer, il n’y a pas d’égards à avoir vis-à-vis de celles et ceux qui, s’abandonnant à la haine de l’autre, ont fait le choix d’une Europe et d’une politique de l’immonde.»

«Nous allons continuer à réfléchir, à militer, à communiquer pour faire progresser nos idées, poursuit l’interassociative. Nous félicitons aussi celles et ceux qui parmi les candidat.e.s progressistes ont été (ré)élu.e.s et qui seront en première ligne pour porter ces convictions au cœur de l’Europe. Nous les appelons à tenir bon et à ne pas céder sur les fondements de l’idéal européen dont la lutte pour les droits humains et pour l’égalité.»

Jusqu’ici, les élu.e.s FN étaient dans le groupe des non-inscrits. Compte tenu de leurs nouveaux effectifs, ces eurodéputé.e.s seront désormais en mesure de former un groupe parlementaire. Si ces parlementaires parviennent à former une grande alliance, celle-ci deviendrait le troisième groupe du Parlement européen, derrière le Parti populaire européen (PPE) et les Socialistes et démocrates (S&D). «Ce groupe aurait alors plus de rapporteur.e.s, plus de présidences de commissions, explique Joël Le Déroff. Cela changerait l’organisation des travaux, ils pourraient nous mettre des bâtons dans les roues et accroître leur pouvoir de nuisance.» Sans alliance, l’échiquier politique resterait similaire à ce qu’il est aujourd’hui.

La Commission européenne reflète désormais la composition du Parlement mais il est très peu probable qu’un.e commissaire issu.e du FN entre à la Commission. Il faudrait pour cela que le gouvernement français propose un.e candidat.e FN et que le Parlement l’approuve. Or, à l’issue du scrutin, le PPE reste le premier groupe européen. Il est toutefois celui qui a perdu le plus grand nombre de sièges (274 en 2009, 214 aujourd’hui) et ne peut à lui seul définir la composition de la future Commission. Des accords entre les grands partis seront nécessaires. Le scénario d’une présidence dévolue à Jean-Claude Juncker semble probable, mais il faudra compter avec le groupe S&D dont le recul reste mesuré (196 député.e.s en 2009, 189 désormais), ainsi que celui des Verts (57 contre 52).

Les médias européens ont largement commenté la percée du FN en France. Mais il ne s’agit pas du seul pays où les populistes disposent d’une large audience. En Hongrie, en Italie, en Belgique aussi, la tentation du repli nationaliste est de plus en plus forte, quitte à mettre en péril la cohésion de ces États, comme le précise cet article publié par Courrier international. L’Espagne actuellement gouvernée par la droite a de son côté vu un sursaut à gauche avec le parti Podemos arrivé quatrième à l’échelle nationale, relève Dos Manzanas. Au Royaume-Uni, le parti indépendantiste a vu la victoire d’un candidat gay, David Coburn. Celui-ci avait estimé que le mariage pour les couples de même sexe n’est pas «nécessaire» et constitue «un manque de tolérance». La Belgique votait également pour la composition du Parlement fédéral et des Parlements fédéraux. La N-VA, qui milite pour l’indépendance de la Flandre, est sortie grandie de ce scrutin, devant un PS en recul par rapport à 2010.

Photo Union européenne 2014 – Parlement européen