Dans une tribune publiée sur le blog Identités politiques, le sociologue Éric Fassin montre à quel point les reculs de la gauche au pouvoir la fragilisent au profit de la droite. «Les socialistes ne seront jamais assez à droite au goût de leurs adversaires, qui pour s’en démarquer seront eux-mêmes toujours plus à droite, explique-t-il. C’est donc la mollesse de la gauche honteuse qui fait la dureté de la droite éhontée. Bref, le consensus est illusoire (il masque mal la défaite idéologique), en plus d’être dangereux (la démocratie suppose le dissensus).»

En force sur le terrain de la communication puisque le pouvoir refuse d’affirmer ses idées, la droite et l’extrême droite opposent désormais la «famille biologique», telle qu’elle découlerait naturellement du Code civil napoléonien à la «famille sociale» que défendrait la gauche. Mais Éric Fassin rappelle que cette prétendue «famille biologique» repose sur des fictions bien sociales: avec l’adoption plénière, une femme seule et ménopausée peut devenir la mère, sans père, d’un enfant. Quant à la PMA pour les couples hétéros, elle crée des liens juridiques entre les parents et leur enfant, mais elle nie le lien biologique qui existe entre ce même enfant et le donneur de sperme ou la donneuse d’ovocytes. De plus, la présomption de paternité contenue dans le mariage nie toute réalité biologique. «Le test ADN n’est pas requis par l’état civil», rappelle le sociologue.

«L’enjeu est d’importance, insiste Éric Fassin. En effet, dans le droit, la filiation définit la famille, mais aussi la nationalité. La biologisation contribue ainsi à redéfinir la nation en la naturalisant: c’est le discours de la « souche » ou du « sang », dont on sait qu’il est au principe d’une racialisation de la nationalité en France aujourd’hui. Ce n’est donc pas un hasard si l’extrême droite s’est ralliée à la « famille biologique ». À la droite de dire clairement si elle souhaite communier dans pareille folie. Quant à la majorité, si elle se veut républicaine, à défaut d’être de gauche, elle a le devoir de résister, en matière de famille comme pour la nationalité, à toute biologisation.» À lire sur Identités politiques.

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