Islamophobie, sexisme, harcèlement de rue, voire homophobie. Programmée sur France 4 les lundi 26 mai et 2 juin prochains en première partie de soirée, l’émission Cam Clash, qui utilise le dispositif de caméra cachée à l’image des Infiltrés sur France 2 – des enquêtes réalisées en caméra cachée –, propose d’aborder les discriminations et les préjugés du quotidien en observant les réactions des témoins des scènes filmées.

Cette nouvelle émission en quatre épisodes sera présentée par Baptiste Etchegaray, journaliste à France Inter (2013, année folle et Les corps intermédiaires), qui s’essaye ici à la télévision. Elle est produite par 2P2L et prend pour point de départ le clip de Stromae pour sa chanson Formidable où le chanteur faisait semblent d’être ivre sur la voie publique, explique le Huffington Post.

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«Pour chaque cas de discrimination, on passait une journée entière à tourner. Chaque situation dure 15 minutes pour 45 minutes d’émission», détaille Baptiste Etchegaray. L’idée étant de produire une émission journalistique, donc informative, chaque thème est d’abord fouillé pour rendre la mise en situation la plus vraie possible. «Sur le thème de l’homophobie, on part d’histoire vécues, notamment à partir du témoignage d’Olivier (ndlr, le compagnon de Wilfred de Bruyn). On l’a d’abord interviewé pour évoquer l’agression, puis pour parler de l’homophobie au quotidien», poursuit le journaliste. Il renchérit: «Suite à ça, on a fait une mise en situation sur une terrasse de café dans le XVe arrondissement de Paris, vers Montparnasse, avec des comédiens issus de ligues d’improvisation, et pendant laquelle deux hommes jouaient un couple qui se prenait par la main et se montrait de l’affection. Le serveur – un improvisateur – leur lançait alors des remarques et leur demandait d’arrêter car cela pouvait déranger les autres clients».

La mise en situation, filmée en caméra cachée, s’arrête quand l’équipe le juge nécessaire. À ce moment, Baptiste Etchegaray reprend son rôle de journaliste et s’entretient avec les témoins qui ont réagi. «On est obligé de passer par ce dispositif pour avoir des réactions en live, pour voir comment les gens réagissent pour de vrai», précise-t-il. Et l’équipe est parfois très surprise du résultat avec des témoignages d’une rare force. Sur la mise en situation concernant l’homophobie, une femme «très BCBG» s’est énervée sur le (faux) serveur. «Elle en avait marre de cette situation d’homophobie car une de ses filles est lesbienne et a fait plusieurs tentatives de suicide quand elle était plus jeune», confie le présentateur de l’émission. Et d’ajouter:

«On assume d’avoir recréé ces situations car elles existent vraiment, notamment tous ces dérapages homophobes actuels.»

«UTILISER LA CAMÉRA CACHÉE DE MANIÈRE INTELLIGENTE»
Pour autant l’utilisation d’un dispositif «vieux comme la télé» et employé à des fins de divertissement pour produire une émission informative est-elle judicieuse? À cette question, l’équipe a sa réponse. «Cela nous intéressait d’utiliser la caméra cachée de manière intelligente, sérieuse et plus profonde. Cela peut être une manière plus appropriée de parler des préjugés dans la France de 2014», argumente Baptiste Etchegaray.

«C’est sûr que ça va poser des questions, cela va forcément faire débat. Moi-même je me suis posé la question, mais j’ai été convaincu par les premières séquences avec des témoignages très forts. D’ailleurs si ça fait débat, tant mieux, mais le but n’est pas de faire de la télévision trash et crade. C’est quand même une émission de service public et la direction de France 4 a été très précautionneuse pour éviter de tomber dans le voyeurisme.»

Pour l’instant 12 thèmes ont été filmés dont ceux de l’homophobie ou du harcèlement de rue. «On aimerait élargir, car les sujets sont inépuisables. Les grands sujets aujourd’hui, ce sont les sujets de société sur les droits des minorités, commente le journaliste. On est dans un moment de grande crispation identitaire et les paroles homophobes ou racistes se sont libérées». Baptiste Etchegaray conclut : «Mais si la direction de France 4 est satisfaite, je suppose qu’on continuera à la rentrée».

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