C’est pendant le tournage de la série Orange Is The New Black que la scénariste Lauren Morelli s’est rendu compte que quelque chose clochait dans sa propre vie. Mariée à un homme depuis quelques mois, elle a été amenée à faire marche arrière. Car le dilemme vécu par Piper, incarnée par Taylor Schilling, qui ne sait qui choisir entre son fiancé, joué par Adam Sandler, et son ex, interprétée par Laura Prepon, est à quelques détails près celui qu’a vécu Lauren Morelli.

«PUTAIN, EST-CE QUE JE SUIS LESBIENNE?»
«J’ai réalisé que j’étais lesbienne à l’automne 2012, pendant l’un de mes premiers jours de tournage, explique-t-elle. Ce n’est pas tant un point particulier, que la somme de plusieurs petits détails: le fait de ressentir un tel malaise quand il y avait des groupes de lesbiennes autour de moi ou la façon dont je me considérais (en haussant les épaules) comme une personne “pas très intéressée par le sexe”. Prises séparément, ces petites anomalies semblaient représenter ce qui fait que je suis moi. Préférer lire un livre plutôt que d’avoir une relation sexuelle est un choix parfaitement raisonnable, non? Mais sur le plateau, ces petites choses ont pris de l’ampleur et je me suis retrouvée à devoir répondre à un nombre infini de comédien.ne.s qui m’abreuvaient de questions comme des enfants d’école maternelle curieux au sujet de leur nouvelle maîtresse. “Tu sors avec quelqu’un? Tu es mariée? Avec un homme? Mais tu embrassais des filles avant? Ça te manque?” J’ai finalement été forcée de faire face à une question que je ne m’étais auparavant jamais posée: putain, est-ce que je suis lesbienne?»

Sur PolicyMic, elle raconte comment une jeune femme éduquée et évoluant dans un milieu libéral s’est retrouvée à 31 ans à taper dans la barre de recherche Google: «Comment savoir si on est lesbienne?». Elle s’est même renseignée auprès de son gynécologue pour savoir si passer de la pilule au stérilet n’avait pas affecté ses hormones et provoqué un changement d’orientation sexuelle. Quand elle a compris qu’il n’en était rien, elle a finalement pensé au suicide: «Si être homo signifie perdre la personne que j’aime le plus au monde, si cela signifie de devoir le dire à mes parents et révéler ce qu’il y a en moi de plus vulnérable et de plus fragile pour le montrer à toutes les personnes que je connais, je préfèrerais être morte». Elle témoigne aujourd’hui des difficultés qu’elle a ressenties, car elle se rend compte que si on passe par de tels questionnements quand on vient d’un milieu si ouvert et si tolérant, les choses doivent être bien pire ailleurs.

«MARIÉE À UN HOMME, MAIS PAS HÉTÉRO»
C’est Lauren Morelli qui a écrit la scène où Alex, jouée par Laura Prepon, murmure «I heart you» («Je te cœur», en français) à Piper.

http://youtu.be/QWPJcRiQfCM

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«J’avais adoré l’écrire, adoré voir de la tendresse voir le jour dans leur relation où la passion semble l’avoir toujours emporté, mais à ce moment-là, j’étais tellement dans le doute me concernant que je me sentais constamment en position d’imposture, raconte la scénariste. J’étais certaine que ça transpirait dans ce que j’écrivais. Comment aurait-il pu en être autrement? J’étais mariée à un homme, mais je n’étais pas hétéro.» Lorsqu’elle a vu les deux comédiennes jouer la scène, l’émotion était visiblement palpable sur son visage, puisqu’une productrice lesbienne lui a alors tapoté l’épaule et l’a silencieusement félicitée d’un pouce tourné vers le haut. «C’était un petit geste, mais mon premier pas vers le sentiment d’être acceptée et enfin de m’accepter moi-même. En Piper et Alex, j’avais eu un avant-goût de mes propres désirs et un aperçu de ce à quoi mon avenir pourrait ressembler.»

Aujourd’hui ouvertement lesbienne auprès de tou.te.s, la scénariste jouit d’une sérénité qu’elle n’avait jamais connue auparavant. Et a enrichi de sa propre expérience la série. «Je ne vous dévoilerai rien, mais je suis immensément fière de mes contributions à la saison 2 d’Orange Is The New Black. C’est dans la salle des scénaristes que je suis parvenue à réaliser une introspection, entourée d’un amour inconditionnel et parfois de petites piques quand j’en avais besoin (comme lorsque j’étais tellement déprimée que je portais un sweat à capuche et une casquette pendant beaucoup trop de jours d’affilée et où quelqu’un m’a demandé si j’essayais d’être une policière infiltrée).»

Via AfterEllen.

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