Les nostalgiques du débat sur l’ouverture du mariage à l’Assemblée nationale peuvent avec délectation suivre les débats sur la proposition de loi relative à l’autorité parentale et l’intérêt de l’enfant qui doivent s’achever ce mercredi 21 mai. Quelques protagonistes ont changé, mais l’intrigue reste en gros la même: à coup d’amendements identiques, les député.e.s de droite et d’extrême droite cherchent à vider le texte de son contenu. Lors de l’examen en commission au début du mois, ces élu.e.s reprochaient au texte de ne pas comporter d’étude d’impact et d’avis du Conseil d’État. Les mêmes critiques reviennent désormais en boucle pendant la discussion dans l’hémicycle, ce qui n’est pas sans rappeler les sempiternelles références à la GPA pendant la discussion concernant le mariage des couples de même sexe.

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«VOUS AVEZ PERDU LA BATAILLE L’AN DERNIER»
Sans ciller, le député Marc Le Fur (UMP) a même défendu un amendement commun avec Jacques Bompard et Marion Maréchal-Le Pen, deux élu.e.s du Front national. Lucide, la rapporteure de la proposition de loi Marie-Anne Chapdelaine (PS) n’a pu que leur répondre: «Vous vous trompez de combat, mesdames, messieurs. Vous avez mené une bataille, vous l’avez perdue l’année dernière.» Dans l’hémicycle, on a droit aux mêmes discours évoquant la fin du monde, la destruction de la société et du code civil. «J’espère que la prochaine majorité sera consciente de la nécessité de reconstruire le pays et de rebâtir le code civil: 1804, c’était une bonne période, madame la ministre», a ainsi lancé Nicolas Dhuicq (UMP) à Laurence Rossignol. «Vous déstructurez la société!», s’est exclamé Damien Abad (UMP).

L’ambiance fut même houleuse après le rejet d’une série d’amendements identiques. Un rejet contesté par Philippe Gosselin, qui a estimé que les député.e.s de l’opposition étaient en plus grand nombre que leurs homologues de la majorité dans l’hémicycle lors du vote. Le député Christophe Sirugue, qui présidait la séance, a dû à plusieurs reprises répéter que ses décisions font autorité et qu’il a scrupuleusement compté le nombre de député.e.s présent.e.s dans l’hémicycle. L’opposition a estimé que les élu.e.s de la majorité ressentaient un certain «malaise» par rapport au texte, ce qui expliquerait l’absence de certain.e.s et le silence des présent.e.s.

QUAND LA DROITE RÉCLAME CHRISTIANE TAUBIRA
À l’exception des moments où il leur revenait de défendre leurs amendements, les député.e.s de la majorité n’ont effectivement pas pris la parole, seule la rapporteure et la secrétaire d’État à la Famille se sont exprimées. Cette stratégie avait déjà été mise en œuvre l’an dernier: pour éviter que la discussion dure indéfiniment, les élu.e.s socialistes ont préféré se taire. Selon l’AFP, les député.e.s de la majorité ont reçu pour consigne de ne pas répondre aux propos tenus par l’opposition. Celle-ci a pris plaisir à titiller les bancs adverses en insinuant qu’Erwann Binet (PS) était le véritable rapporteur de la proposition de loi, en flattant «l’expertise juridique» de Jean-Jacques Urvoas (PS) et Marc Le Fur en est même venu à déplorer l’absence… de Christiane Taubira.

Le sujet a beau différer du mariage, les mêmes concepts sont mis en avant: Patrick Hetzel (UMP) estime ainsi qu’un enfant «a des besoins différents et différenciés envers son père d’une part et sa mère d’autre part, qui ne sont ni symétriques, ni équivalents selon son âge et sa croissance psychique». Marc Le Fur a abondé dans le même sens en assurant que «l’enfant a besoin d’une présence masculine mais le petit enfant a tout particulièrement et très naturellement besoin d’une présence maternelle». Sans compter les amendements avancés pour défaire la loi sur le mariage. Ainsi que l’a relevé Libération, Jacques Bompard et Marion Maréchal-Le Pen ont voulu interdire l’adoption aux couples de femmes quand il n’y a pas de père connu. Quant à Marc Le Fur, il a souhaité instaurer une clause de priorité pour les couples hétérosexuels dans les procédures d’adoption.

Photo Assemblée nationale