Au Pérou, pour la première fois dans l’histoire politique du pays, un homme politique a choisi de révéler son homosexualité, dimanche 18 mai, dans les colonnes du quotidien conservateur El Comercio. Il s’agit de Carlos Bruce Montes de Oca, un élu du Congrès de la République du Pérou depuis 2011, ancien ministre de la Présidence, puis du Logement, entre 2001 et 2005, professeur d’économie à l’université de Lima, et l’homme à l’initiative d’une proposition de loi sur l’union civile non matrimoniale pour les personnes de même sexe déposée en septembre 2013, qui sera prochainement discutée par la Commission de la Justice face à trois autres textes alternatifs.

Ancien chef d’entreprise, ce politicien aguerri n’est pas sorti du placard par la plus petite porte en choisissant El Comercio. Il faut savoir que la société péruvienne, fervente catholique, reste profondément divisée sur la question de l’union civile. Selon un sondage réalisé par Ipsos Pérou fin avril, 61% des enquêté.e.s se disent contre l’union civile, même si 50% se disent favorables à une égalité des droits pour les retraites et la santé. D’ailleurs, le rapport annuel 2013-2014 sur les droits humains de la population LGBT péruvienne n’est pas plus rassurant. Entre janvier 2013 et mars 2014, 17 homicides ont été commis en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, et les cas de harcèlements et de menaces, notamment à l’école, sont très fréquents.

Une situation difficile pour les personnes LGBT dont Carlos Bruce est profondément conscient: «Croyez-moi, mon futur d’homme politique serait beaucoup plus certain si j’avais pu choisir d’être hétérosexuel, commente le député dans l’interview. Ce qui est sûr, avec ce que je dis, c’est que je ne vais jamais être président de la République (rires). Ma carrière d’homme politique serait beaucoup plus facile en étant hétérosexuel».

«OUI, JE SUIS GAY ET JE SUIS FIER DE L’ÊTRE»
En revendiquant: «Oui, je suis gay et je suis fier de l’être», le message véhiculé par ce défenseur des droits des personnes LGBT n’est donc pas anodin. «Il me semble que c’est le bon moment, poursuit-il. J’ai toujours été réticent à parler de ma vie privée et encore plus de ce que je fais dans mon lit. Cela me semble de mauvais goût. Mais le moment est propice pour mettre en lumière les droits que vous avez et que moi je n’ai pas. Beaucoup croient que je suis dans l’incapacité d’être un bon père , ou qu’en étant gay je ne peux pas servir mon pays. Pourtant, je l’ai fait pendant 12 ans. C’est l’occasion de casser cette image».

el comercio carlos bruce

Car Carlos Bruce souhaite casser les stéréotypes qui affectent de manière générale les homos. «Il y a de tout: les coiffeurs gays font un travail extraordinaire, grâce à eux, on peut croiser de jolies femmes bien coiffées. Ils sont très courageux. Mais il y a aussi des gays qui ont été ministres, et il y en a au Congrès…» Et de renchérir:

«Il doit y en avoir, c’est impossible qu’il n’y en ait pas. Nous avons des chefs d’entreprises, des avocats, des médecins, des architectes gays qui servent avec acharnement leur pays. Durant les quatre années où j’ai été ministre, j’ai servi le pays du mieux que j’ai pu. Même mes adversaires reconnaissent que j’ai été efficace dans ma gestion. J’ai donné un logement à un demi million de Péruviens.»

Père de deux fils, Alex et Paul, qui le soutiennent sans conditions, Carlos Bruce se veut avant tout pédagogue: «Ce que je veux dire c’est que mon orientation sexuelle n’a rien à voir avec ma capacité à être un bon serviteur public.» Et d’ajouter: «C’est la première et dernière fois que je parlerai de mon homosexualité (rires). Je ne vais pas faire des plateaux de télévision rien que pour ça.»

En plein débat sur l’union civile, ce coming-out historique ne devrait donc pas laisser la société péruvienne indemne…

Photo Congreso de la República del Perú