À l’occasion d’une conférence de presse ce mardi 21 mai, l’Inter-LGBT a présenté un bilan de l’action du Parlement européen et de la Commission européenne de 2009 à aujourd’hui en ce qui concerne les droits des personnes LGBT. L’organisation estime que l’action de ces institutions a été «décevante» et appelle de ses vœux un succès électoral pour les partis qu’elle juge «progressistes». Sont inclus dans cette catégorie les partis «de la gauche radicale à la droite libérale», ce qui comprend le parti des démocrates et des libéraux (ALDE) qui regroupe notamment des candidat.e.s du MoDem ou de l’UDI, le parti socialiste européen (PSE), le parti vert européen (PVE) et le parti de la gauche européenne (PGE).

DROITE ET EXTRÊME DROITE SOUS UNE MÊME BANNIÈRE
Pour Nicolas Rividi, porte-parole de l’Inter-LGBT, l’UMP, présente au sein du parti populaire européen (PPE), est en revanche loin de promouvoir l’égalité des droits: «Ce parti vote avec l’extrême droite contre les textes favorables à l’égalité pour les personnes LGBT depuis deux ans. Certain.e.s candidat.e.s ont signé la charte de la « Manif pour tous » et avec le Front national, un front régressif s’est constitué.» Représentant de l’Ilga-Europe, Joël Le Déroff abonde dans le même sens: «Plusieurs de ces député.e.s n’ont pas condamné la législation homophobe portée par la Russie et qui porte atteinte à la liberté d’expression. Ces personnes souhaitent-elles un retour en arrière dans les autres pays d’Europe? Cela interroge en tout cas leur sincérité sur leur positionnement contre l’homophobie en France.»

D’après lui, le PPE ne s’empare des questions LGBT qu’à des fins opportunistes: «Il n’utilise ce sujet que lorsqu’il est question de voir entrer la Turquie dans l’Union. En revanche, quand il s’agit de la Croatie, il n’est pas aussi regardant.» Le fait que le parti rassemblant les droites européennes – majoritaire dans l’assemblée sortante – n’a pas mentionné les personnes LGBT dans son programme est pour lui révélateur: «Au mieux, le PPE ne fera rien, alors que les autres partis se sont clairement engagés pour le progrès. Au pire, il cèdera face à la pression des groupes réactionnaires et se montrera encore plus conservateur qu’il ne l’est déjà.»

UNE COMMISSION PLUS FAVORABLE AUX DROITS HUMAINS?
La couleur du Parlement déterminera également l’orientation de la Commission européenne puisque chaque groupe propose un.e candidat.e (et même deux pour le PVE qui avance Ska Keller et José Bové en tandem) pour la présidence de cette instance. «Il faut que les candidat.e.s soient les plus progressistes en termes d’égalité des droits, car si les leaders assument qu’il n’est pas nécessaire d’aller au bout de l’égalité, quel message cela envoie-t-il?», demande Nicolas Rividi. Guy Verhofstadt pour l’ALDE, Martin Schulz pour le PES, ainsi que José Bové et Ska Keller ont signé un plaidoyer de l’Ilga-Europe comprenant des engagements en faveur des droits des personnes LGBT.

Si des progrès sont à mettre au crédit de l’Union – Joël Le Déroff évoque notamment la prise en compte de l’identité de genre dans le droit d’asile –, l’Inter-LGBT estime que l’on peut aller plus loin tout en respectant les compétences propres des États membres. La Commission peut notamment amplifier la lutte contre les discriminations ou les garanties accordées aux citoyen.ne.s quant à la liberté de circulation. «On demande la portabilité des droits des couples de même sexe qui se sont mariés ou qui ont adopté, explique Joël Le Déroff. On souhaite la même chose pour les personnes trans’.» Ainsi, sans pour autant renoncer à leur droit existant, les États membres reconnaîtraient les décisions rendues dans d’autres États de l’Union.

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Photo Rama