M. le Maire,
M. Pierre Guénin,
Mesdames et Messieurs les membres du jury du prix Pierre Guénin contre l’homophobie,
Chers lauréats,
Chers partenaires,
Chèr.e.s membres et chèr.e.s bénévoles,

Je tiens d’abord à remercier Monsieur Pierre Aidenbaum et l’ensemble des élu.e.s de la Mairie du IIIe arrondissement. Chaque année, vous nous accueillez toujours aussi chaleureusement à l’occasion de la présentation de notre rapport annuel et de la remise du prix Pierre Guénin.

Merci à Monsieur Pierre Guénin. Ce prix qui porte votre nom et que vous remettrez dans quelques instants est bien sûr la juste reconnaissance de l’engagement des lauréats, mais aussi de toutes celles et ceux qui, chaque jour, combattent l’homophobie et la transphobie.

Je remercie nos partenaires, présents ce soir. Ensemble, nous construisons un monde plus ouvert, plus tolérant. Un monde dans lequel chacune et chacun pourra trouver sa place quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité de genre.

Enfin, un très grand merci à nos membres et nos bénévoles qui chaque jour, apportent leur aide aux victimes de lesbophobie, de gayphobie, de biphobie et de transphobie, et préviennent toutes ces formes de discriminations.

En tant que co-référent du rapport annuel, je tiens aussi à adresser un mot plus particulier à l’ensemble des personnes qui ont contribué à cet ouvrage. Certaines et certains sont parmi nous ce soir. Je remercie particulièrement ma co-référente, notre ancienne présidente et aujourd’hui vice-présidente, Elisabeth Ronzier. Et je remercie très chaleureusement l’ensemble des rédactrices et des rédacteurs.

C’est avec beaucoup d’émotion et un immense honneur que je prends la parole ce soir. Car cette année, nous célébrons deux anniversaires importants. Le premier anniversaire de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe, mais aussi les 20 ans de notre association.

Notre combat contre l’homophobie commence en 1994. Aujourd’hui, partout en France, à Paris et dans nos 17 délégations régionales, les bénévoles de SOS homophobie luttent chaque jour contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie, et en faveur de l’égalité des droits. Je salue celles et ceux qui, il y a 20 ans, ont créé notre ligne d’écoute. Aujourd’hui encore, elle permet aux victimes de LGBTphobies et à leurs proches de trouver une oreille attentive et bienveillante, des réponses aux questions qu’elles et ils se posent, et, nous l’espérons, le soutien dont ils et elles ont besoin.

En 1997 est publié notre premier rapport annuel. C’est toujours le seul outil statistique d’analyse des actes homophobes, biphobes et transphobes en France. En 18 ans, Il est devenu une référence pour les pouvoirs publics, pour toutes celles et ceux qui cherchent à mieux connaître et combattre les discriminations dans notre pays. Dans quelques instants, Grégory vous présentera les principales tendances du rapport 2014.

Depuis 10 ans, les bénévoles de SOS homophobie, vous intervenez dans les collèges et lycées pour sensibiliser les plus jeunes. Je relisais cette semaine les «petits papiers» qui sont reproduits dans notre rapport annuel. Les petits papiers, ce sont les commentaires et les questions que les élèves laissent et posent lors des interventions… sur de petits papiers pliés et repliés et qu’ils et elles remettent aux intervenantes et intervenants. Il y a des interrogations: «Est-ce difficile de s’assumer?» «A-t-on le droit d’être homophobe?»

Il y a parfois des mots difficiles, des mots qui blessent, des mots qui témoignent des combats qui nous restent à mener. Et parfois, tout simplement de simples remerciements.

Je n’oublie pas bien sûr nos autres activités, par exemple la formation pour adultes, le site internet destiné aux adolescentes et adolescents cestcommeca.net, ou encore notre Brigade d’interventions contre l’homophobie et le sexisme sur Internet.

Ces actions se nourrissent d’une réflexion de plus en plus riche. Il y a quelques semaines étaient ainsi publiés les premiers éléments de la nouvelle enquête lesbophobie – les résultats complets seront connus en fin d’année. De la même manière, nous travaillons toujours sur les résultats de l’enquête biphobie, que nous avons menée avec plusieurs de nos partenaires. Le travail d’ores et déjà accompli a permis de mettre en évidence les spécificités de ces discriminations.

Au terme de ces 20 ans de soutien, de lutte et de combat, la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels a sans conteste constitué une avancée, une conquête, une victoire.

On nous avait pourtant promis mille catastrophes. Mais non, notre monde ne s’est pas effondré! Non, notre civilisation n’a pas été détruite. Non, la colère de Dieu ne s’est pas abattue sur la France.

Mais oui, les premiers mariages ont eu lieu! Des mariages souvent simples, très communs. De couples de femmes, de couples d’hommes, avec auprès d’eux leurs proches, leurs amis, leur famille. Dans nos mairies – celle du IIIe arrondissement en a accueilli un très grand nombre – à l’ombre d’une République qui désormais protège les amours de toutes et de tous.

Je pense à toutes celles et à tous ceux qui, après parfois plusieurs dizaines d’années de vie commune, ont pu épouser l’homme ou la femme avec qui elles ou ils partageaient leur vie.

Je pense aux 7000 couples de femmes ou d’hommes qui ont vu leur amour et leurs droits reconnus.

Je pense aussi aux enfants de ces couples. Pour une partie d’entre eux, leurs parents peuvent désormais être reconnus. Ces enfants sont alors protégés, au même titre que les autres. Les droits des enfants sont ainsi renforcés.

Pourtant, en dépit de ces avancées, les inégalités demeurent. Car, comme le disait Edouard Herriot, «il est plus facile de proclamer l’égalité que de la réaliser».

Nous n’oublions pas, que pendant plusieurs mois, une partie des Françaises et des Français sont descendus dans la rue, non pour défendre leurs droits mais pour les nier à chacune et à chacun, pour nier les droits de chaque enfant d’être protégés par ses propres parents.

Nous n’oublions pas que des femmes et des hommes politiques ont tenu, parfois dans l’enceinte même du Parlement, des propos qui ont nourri la violence, qui ont entretenu la haine, qui ont légitimé l’idée selon laquelle il existerait une hiérarchie des droits entre les femmes et les hommes, en fonction de leur orientation sexuelle et de leur identité de genre.

Nous n’oublions pas le silence de certains médias lors des marches en faveur de l’égalité des droits. Comme si en l’entretenant, ils espéraient faire taire notre combat.

Nous n’oublions pas que ces défilés d’intolérance, ces mots de haine et ces silences coupables ont nourri une homophobie décomplexée tout au long de l’année 2013. SOS homophobie a ainsi enregistré une hausse sans précédent des témoignages au cours de cette période: plus de 3500 témoignages; près de 80 % de hausse par rapport à 2012.

Cette évolution n’est évidemment pas sans lien avec la libération de la parole homophobe.

Nous n’acceptons pas que le mariage pour toutes et tous soit encore fermé à certains couples binationaux. Pourquoi, pour les hommes et les femmes de 11 pays, le droit du pays d’origine primerait-il sur le droit français? Pourquoi notre pays, patrie de la liberté et des droits de l’Homme, les priveraient-il du cadre protecteur que constitue le mariage?

Nous n’acceptons pas que des tribunaux refusent l’adoption d’un enfant conçu par PMA par la conjointe de sa mère biologique. Pourquoi continuer à entretenir l’insécurité dans laquelle se trouvent ses enfants? Pourquoi priver ces enfants du droit d’être protégés par celles qui, chaque jour, prennent soin d’eux?

Nous n’acceptons pas que la sécurité de tous les enfants ne soit pas assurée quelle que soit la situation de leurs parents. Pourquoi ne pas reconnaître la réalité de la parenté «non biologique»? Pourquoi ne pas reconnaître aujourd’hui la réalité de toutes les familles?

Nous n’acceptons pas que d’hésitations en reculades, le gouvernement ait fait le choix de ne pas ouvrir la PMA à toutes les femmes. Pourquoi un couple de femmes serait-il moins légitime à recourir à la PMA qu’un couple hétérosexuel? Pourquoi les femmes obligées de recourir à la PMA à l’étranger devraient-elles sacrifier leur santé et leur sécurité?

Aujourd’hui, au nom de l’apaisement, trop de faveurs ont été accordées aux opposantes et aux opposants à l’égalité des droits. L’égalité ne supporte aucun compromis, car n’oublions pas, comme l’écrivait Marguerite Yourcenar que «toute tolérance accordée aux fanatiques leur fait croire immédiatement à de la sympathie pour leur cause».

Ce premier anniversaire et nos 20 ans ont donc le goût amer de cette victoire. Nous les célébrons dans le souvenir de plusieurs mois de combats, dans l’atmosphère encore bruyante que font régner nos opposantes et nos opposants.

Dans ce contexte, nous restons encore plus attaché.e.s à nos missions historiques de soutien aux victimes et de prévention de la lesbophobie, de la gayphobie, de la biphobie et de la transphobie.

Nous poursuivons ardemment notre combat en faveur de l’égalité des droits entre toutes les orientations sexuelles et identités de genre.
SOS homophobie milite ainsi en faveur d’une loi qui inclurait la reconnaissance de toutes les formes de parentalité et l’accès à la PMA pour toutes les femmes, en faveur de l’ouverture du don du sang aux gays et aux hommes bisexuels, en faveur de la reconnaissance pleine et entière des droits des personnes trans’.

Face à une homophobie et à une transphobie toujours présentes, face aux résistances et aux attaques, nous gardons, comme le dit si bien Barack Obama, «l’audace de l’espoir», «l’audace de croire malgré toutes les indications contraires».

Photo Judith Silberfeld