Il y a tout juste dix ans, le 17 mai 2004, le Massachusetts devenait le premier État des États-Unis à ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Depuis, 16 autres États et le district de Columbia (Washington D.C.) ont également voté l’égalité des droits, et plus de la moitié des Américain.e.s (53%) se disent désormais favorables au mariage entre personnes de même sexe selon une enquête d’opinion du Public Religion Research rendue publique le 26 février.

À la suite de la décision de la Cour suprême américaine, le 26 juin 2013, venue casser le Defense of Marriage act (DOMA) et reconnaître les mêmes droits pour tous les couples au niveau fédéral, le processus en faveur de l’égalité des droits s’est d’ailleurs considérablement accéléré. Aujourd’hui, plus de 70 affaires concernant l’interdiction de se marier pour les couples homos sont en cours d’instruction devant les juridictions de 30 États américains et de Puerto Rico. Seuls les amendements restreignant le mariage à un homme et une femme de trois États (le Montana, le Dakota du Nord et le Dakota du sud) n’ont pas – encore? – été attaqués en justice.

L’INTERDICTION DE SE MARIER PROVISOIREMENT LEVÉES DANS SEPT ÉTATS
Dans sept États – l’Utah, l’Oklahoma, le Michigan, le Texas, la Virginie, l’Arkansas et l’Idaho –, des juges ont levé les interdictions de se marier pour les couples de personnes de même sexe, qu’ils considèrent comme inconstitutionnelles. Des décisions aujourd’hui en appel devant quatre des onze cours d’appel américaines, mais qui ont eu de forts retentissements juridiques. Tel un effet domino.

Dans l’Arkansas par exemple, plus de 500 couples ont pu se marier subrepticement entre les 9 et 16 mai dernier, avant que la Cour suprême de l’Arkansas ne stoppe temporairement la remise des certificats de non-opposition au mariage par les officiers d’état civil du comté de Pulaski. Une situation similaire à celle vécue par de nombreux couples gays et lesbiens en décembre 2013 dans l’Utah et en mars dernier dans le Michigan.

À l’inverse, dans l’Idaho, alors que les mariages devaient débuter vendredi 16 mai à 9 heures du matin, à la suite d’une décision de la juge fédérale Candy Wagahoff Dale qui considère que l’interdiction du mariage pour les couples homos est inconstitutionnelle et discriminatoire, jeudi 15 mai, la Cour d’appel américaine pour le neuvième circuit – États de l’Ouest américain – a suspendu la levée de l’interdiction à la demande du gouverneur républicain anti-égalité Butch Otter. Une décision est, de son côté, attendue lundi 19 mai pour juger de la constitutionnalité d’une loi restreignant le mariage à un homme et une femme dans l’Oregon, où une pétition circule pour organiser un référendum sur la légalisation du mariage pour les couples de personnes de même sexe en novembre.

Mentionnés par le calendrier de Human Rights Campaign, d’autres jugements devraient avoir lieu dans les prochains mois en Pennsylvanie (Whitewood v. Wolf), en Louisiane (Robicheaux v. Caldwell) et dans le Wisconsin (Walker v. Wolf) en attendant que les affaires remontent jusqu’à la Cour suprême. Et ce n’est qu’une question de temps. Selon des experts interrogés par The New York Times, «il est presque certain que la légalité du mariage pour les couples homos va être décidée dans les deux prochaines années par la Cour suprême».

L’ADOPTION PAR LE CO-PARENT BLOQUÉE DANS L’UTAH
Pour autant, la partie de l’égalité des droits est loin d’être gagnée d’avance. Et notamment en matière d’adoption. Dans l’Utah, alors que la levée de l’interdiction de se marier pour les couples homos est instruite en appel et que 1300 couples se sont unis, la Cour suprême de cet État conservateur a décidé vendredi 16 mai de bloquer les adoptions par le coparent d‘un couple marié. Et ce, à la demande du procureur général Sean Reyes, opposé à l’ouverture du mariage. Une décision que les militant.e.s LGBT sur place jugent dévastatrice pour les familles homoparentales.

Mais les bonnes nouvelles peuvent aussi venir d’où on ne les attend pas. Dans le Massachusetts, le candidat républicain pour le poste de gouverneur, Charlie Baker, a diffusé samedi 17 mai un spot télévisé dans lequel il revient sur le coming-out de son frère et l’ouverture du mariage dans cet État pionnier. «Dix ans se sont écoulés depuis que s’est arrivé, et le Massachussets ne s’est pas effondré, souligne-t-il, l’institution du mariage ne s’est pas effritée à cause de l’ouverture du mariage aux couples homos. J’espère que le reste du pays nous regarde en se disant que ce n’est pas un drame». Difficile d’être plus explicite et plus partisan de l’égalité des droits.

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