Secrétaire national d’EELV de juin 2012 à novembre 2013, Pascal Durand avait été le directeur de campagne de Daniel Cohn-Bendit pendant les élections européennes de 2009. Il souhaite aujourd’hui lui succéder et se présente en Ile-de-France. Il insiste sur la nécessité de se prononcer lors du scrutin qui aura lieu le 25 mai pour donner au projet européen plus de force et de poids.

Si vous êtes élu député européen, quelles seront vos priorités? Remettre l’Europe sur de bons rails et redéfinir un intérêt général européen. À moyen terme, il faut une Union plus forte et mettre un terme aux conflits entre des égoïsmes nationaux. On voit bien qu’il n’y a ni diplomatie ni défense communes. La crise ukrainienne illustre cette absence de vision commune: l’Allemagne veut préserver des relations commerciales privilégiées avec la Russie, la Pologne, à l’opposé, veut sortir de sa dépendance vis à vis du gaz russe et pendant ce temps, la France a comme priorité, les municipales, le changement de gouvernement ou ses zones d’influence en Afrique.

La solution est dans une dynamique nouvelle autour de projets communs. L’UE doit impérativement s’engager sans délai dans de grands plans d’investissement sur l’énergie et les transports. Cela permettra de créer des millions d’emplois sur des dizaines d’années à l’échelle européenne en ouvrant des perspectives de formation et de débouchés pour la jeunesse. Cela permettra en outre de réduire la facture énergétique des Etats, des entreprises et des ménages, de baisser les taux d’émission de gaz à effet de serre, de développer les industries du renouvelable et du bâtiment dans l’isolation. Il n’est pas nécessaire d’augmenter les impôts pour cela: il suffit simplement de réorienter le budget existant vers d’autres dépenses, en réduisant les montants alloués aux énergies pétrolières, au nucléaire ou à l’armement par exemple.

Il faut naturellement renforcer la démocratie, le lien de l’UE avec les citoyens.ne.s et les pouvoirs du Parlement européen, en lui donnant l’initiative des lois.

Concernant les droits des personnes LGBT, quelles sont vos préconisations? Ce que l’on attend depuis des années et que l’on a porté avec le rapport présenté par la député écologiste Ulrike Lunacek – rapport voté au Parlement –, c’est une feuille de route européenne contre l’homophobie et les discriminations liées à l’orientation sexuelle. Nous demandons à la Commission depuis des années, aux cotés de l’ILGA et d’autres associations, de proposer une Directive transversale sur la non-discrimination envers les personnes LGBT, qui concernerait tous les domaines et pas seulement, comme aujourd’hui, les questions sociales.

Sur ce sujet, l’UE est souvent plus avancée que la France et bien d’autres pays européens en ce qui concerne les droits et la non-discrimination, mais il faut aller plus loin. Ainsi, si des couples homosexuels peuvent enfin se marier en France et au Royaume-Uni, ils ne le peuvent pas en Pologne. Résultat, un couple homosexuel marié en France qui décide de s’installer en Pologne ne sera pas reconnu comme tel dans ce pays d’accueil. Ceci n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres, qui démontre la nécessité de garantir une continuité juridique sur l’ensemble du territoire de l’Union. Les couples qui ont des enfants doivent pouvoir bénéficier des mêmes protections dans tous les Etats membres. La lutte contre les discriminations envers les LGBT doit faire partie de la politique de l’Union au même titre que la lutte contre le racisme.

Les mouvements d’opposition à l’égalité des droits sont très présents au Parlement. Quelle stratégie faut-il adopter devant cette situation? Le lobby réactionnaire est extrêmement présent et très bien organisé. Chaque victoire est arrachée et immédiatement combattue. Il nous faut créer des majorités, se battre pour les tenir et se rappeler que rien n’est acquis. Des mouvements conservateurs et religieux américains financent à tour de bras des groupes d’opposition en Europe. Je ne veux pas tomber dans la théorie du complot, mais c’est ce qui se passe déjà en Afrique. En face, il faut se mobiliser. J’ai été de toutes les manifestations en faveur de l’égalité des droits, car il est impératif de ne pas laisser la rue aux homophobes et à l’extrême droite. Il faut aussi aider les associations qui luttent au quotidien. Depuis 2014, le Fonds social européen peut financer les associations luttant contre les discriminations, notamment contre les LGBT, il faut continuer dans ce sens.

Si vous êtes élu, ferez-vous partie de l’Intergroupe LGBT? Nous serons, quoi qu’il arrive, présent.e.s et actifs/ves dans cet Intergroupe, comme cela a toujours été le cas. Nous ne sommes qu’une quarantaine d’écologistes et on ne peut pas être partout, mais l’Intergroupe LGBT est un incontournable.

José Bové en est membre, mais il s’est récemment exprimé contre la PMA. Le remplacerez-vous? La position de José Bové est absolument personnelle. Cela fait des années qu’on se bat pour l’égalité des droits au Parlement européen, comme en France. La PMA n’est pas à remettre en cause. Nous l’affirmions déjà quand j’étais Secrétaire national: nous souhaitons que le droit à la PMA soit le même pour les couples hétéros et homos. Le scandale du moment, c’est qu’on ouvre le droit au mariage mais qu’on continue à discriminer derrière avec des droits à deux niveaux.

En France, les rapports sont tendus avec les socialistes et vous avez critiqué l’hypocrisie de certain.e.s socialistes européen.ne.s. Les considérez-vous malgré tout comme des allié.e.s? J’essaie de ne pas être binaire, il faut trouver des majorités et donc faire des compromis. Ce que je déteste, ce sont les postures comme celles de Martin Schulz qui reçoit des instructions de Merkel et du SPD pour voter la baisse du budget et qui l’accepte, pour ensuite dénoncer une politique d’austérité. Nous, nous portons des convictions et une grande cohérence. On essaye – comme pour les LGBT d’ailleurs – de marginaliser nos propositions en les caricaturant. On ne peut que constater que les socialistes sont devenus très frileux/ses sur ces questions sociétales. Pour défendre l’ouverture du mariage pour tous et toutes et s’opposer aux dérives homophobes, Christiane Taubira et les écologistes étaient bien seul.e.s.

Le gouvernement recule sur l’égalité des droits parce qu’il a peur. Pas vous? Je ne crains rien ni personne. On est dans le monde réel, on sait qu’on a des adversaires et on les traitera en tant que tels. Les miens ne sont pas au PS ou dans les autres partis mais dans les lobbys anti-avortement, cathos, réactionnaires ou d’extrême droite. On se battra démocratiquement, avec nos armes, que sont le dialogue et le verbe. On n’a pas peur d’eux. Et on ne leur laissera pas le terrain.

Photo Xavier Héraud