C’était un soir de juillet 2006. Alors qu’il rentrait d’une soirée au Banana Café, un bar du marais, Bruno Wiel avait été retrouvé, le lendemain matin, dans le parc des Lilas à Vitry-sur-Seine, nu, couvert d’ecchymoses. Victime d’un traumatisme crânien, il avait alors été placé en coma artificial plus d’un mois. Cinq ans après, en janvier 2011, ses agresseurs étaient condamnés à des peines des 16 à 20 de réclusion criminelle. «La première fois en France qu’[on reconnaissait] suite à une tentative de meurtre, la circonstance aggravante d’homophobie», explique l’homme, aujourd’hui considéré «inapte au travail».

Interrogé au micro de RTL soir, l’émission de Marc-Olivier Fogiel, jeudi 15 mai, deux jours après la publication du rapport annuel sur les LGBTphobies de l’association SOS homophobie le 13 mai dernier, Bruno Wiel est donc revenu sur son histoire, huit ans après les faits, son état de santé et son combat contre l’homophobie. «Je vais aussi bien que possible. J’enchaîne toujours les expertises médicales puisque mon état de santé ne rentre pas dans le barème actuel», a-t-il d’abord souligné. Et de poursuivre: «À la suite des blessures que j’ai eues, j’ai eu un grave traumatisme crânien qui devait normalement ne pas me permettre de vivre seul et être autonome, choses que je suis.»

«Je suis toujours inapte à reprendre une activité professionnelle. On attend la fin des expertises. Je pense que je serai ensuite intégré dans des formations de reconversion pour travailleurs handicapés, mais qui ne me permettraient de travailler que 10 à 20 heures par semaine, mais je ne pense pas financièrement m’en tirer.»

Au sujet de l’agression, Bruno Wiel commente: «Il n’y a eu ni explications, ni excuses. Il y a quelques semaines, j’étais invité sur France 2 dans Toute une histoire, dont le sujet était « Peut-on pardonner à ses agresseurs? ». Moi, je ne peux pas pardonner parce que je n’ai toujours pas compris». Il ajoute sur son combat contre l’homophobie: «Dès qu’on parlera de circonstances aggravantes d’homophobie, j’essayerai toujours de rentrer en contact avec ces victimes et je serai présent à leurs côtés.» «Ce qui m’est arrivé, je ne comprends pas que ça continue d’arriver. Qui plus est, on apprend encore aujourd’hui que ça aurait augmenté d’environ 80% dans le pays des droits de l’Homme. Tout ça à cause d’une loi qui ouvre le mariage à tous», s’indigne-t-il.

«Si vous avez l’occasion, allez voir les commentaires qui sont sur le peu d’articles publiés sur le procès jugeant les agresseurs de Wilfried et Olivier, c’est du grand n’importe quoi.»

Et Bruno Wiel n’est pas tendre avec les égéries des opposant.e.s à l’égalité des droits : «Elles ont plus qu’alimenté l’homophobie, elles n’ont existé que grâce à ça. Parce que moi cette chère Frigide Barjot et cette chère Mme Boutin, je ne les connaissais pas avant leurs propos clairement homophobes. Il paraîtrait qu’il y a des plaintes en cours. J’attends vraiment de savoir si elles seront condamnées pour ces propos publics. Elles doivent être jugées pour ça.»

S’il confie s’être «découvert militant», le jeune homme rejette le militantisme classique: «Ma façon de militer n’est que de parler de moi. Je n’ai de leçons à donner à personne, je n’ai pas cette prétention et en plus je n’ai pas la culture politique nécessaire».

Dans l’attente de l’indemnisation obtenue lors de son procès, Bruno Wiel conclut: «Aujourd’hui, je devrais être mort. J’ai déjoué les pronostics des médecins par rapport à la gravité de mes blessures. Je ne devrais pas être en train de vous parler: ça j’en ai conscience et je reçois beaucoup de message par les réseaux sociaux qui me poussent à continuer de le faire et tant que je continuerai à être invité, je le ferai. Mais je souhaite que ce chapitre judiciaire se termine enfin, ma patience à des limites».

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