Depuis bientôt dix mois, Chelsea Manning est incarcérée au Fort Leavenworth, une prison réservée aux militaires. Elle a été condamnée le 21 août 2013 à une peine de 35 ans de prison pour avoir été à l’origine de la plus lourde fuite de documents militaires confidentiels de l’histoire des États-Unis. Au lendemain de sa condamnation, elle a fait son coming-out trans’ dans une lettre ouverte et réclamé le droit de prendre des hormones. Depuis bientôt dix mois, Chelsea Manning attend. Elle a obtenu un changement d’état civil le 23 avril 2014, mais l’armée ne lui permet toujours pas d’avoir accès aux hormones.

CHELSEA MANNING NE VEUT PAS CHANGER DE PRISON
C’est une dépêche AP qui a d’abord révélé l’information. Hier, mercredi 14 mai, David E. Coombs, l’avocat de Chelsea Manning, lui a appris qu’elle pourrait être transférée dans une prison réservée aux civil.e.s pour avoir accès aux hormones. Chuck Hagel, le secrétaire à la Défense, aurait pour projet de procéder de la sorte avec tou.te.s les militaires trans incarcéré.e.s. Chelsea Manning et David E. Coombs ont immédiatement réagi. Voici la traduction du texte que Chelsea Manning a fait publier sur son site de soutien, Chelsea Manning Support Network: «Je voudrais préciser que ma demande d’avoir accès à un traitement hormonal n’impliquait en aucun cas d’être transférée. Début 2014, la prison militaire de Fort Leavenworth et le département des prisons de l’armée étaient d’accord pour mettre en œuvre un plan de traitement qui soit en accord avec les critères de la World Professional Association for Transgender Health (WPATH). J’en étais satisfaite. À partir de là, je ne comprends pas pourquoi le secrétaire à la Défense éprouverait le besoin de contourner le problème en me faisant transférer.»

TRANSPHOBIE ET «MANIGANCES» AU PENTAGONE
Alors que les propos de Chelsea Manning restent modérés, son avocat David E. Coombs accuse directement l’armée de transphobie. Selon lui, il n’y a pas d’autre terme pour qualifier le refus de l’armée d’accorder à Chelsea l’accès aux hormones qu’elle réclame. Il s’appuie sur un rapport du Palm Center (spécialisé dans l’analyse des politiques publiques controversées) datant de mars 2014. La conclusion du rapport est qu’il n’y a aucune raison d’exclure les personnes trans’ de l’armée ni de les empêcher de recevoir un traitement hormonal pour celles qui le souhaitent. Le Palm Center estime que 15450 personnes trans’ servent actuellement l’armée américaine et que 134500 habitant.e.s trans’ des États-Unis en sont des vétérans. Mais David E. Coombs va plus loin en affirmant que le Pentagone a orchestré la fuite de l’information du potentiel transfert de sa cliente dans le but de l’obliger à abandonner sa demande d’un traitement hormonal: «Il est évident que le système de la prison fédérale ne peut pas garantir la même forme de sécurité que la prison militaire. En conséquence, Chelsea devrait « choisir » entre avoir accès à un indispensable traitement médical tout en mettant potentiellement en péril sa propre sécurité, ou ne pas avoir accès à un indispensable traitement médical pour assurer sa propre sécurité.»

«Cette fuite du Pentagone est manigancée pour forcer Chelsea à abandonner ses demandes répétées d’un traitement médical, en utilisant – et c’est ironique – les mêmes méthodes (la fuite d’informations) que celles qui ont envoyé Chelsea en prison pour 35 ans.»

David E. Coombs termine sa déclaration en réaffirmant le besoin de faire évoluer la législation sur les personnes trans’ dans l’armée: «Que cela plaise au Pentagone ou pas, Chelsea est militaire et elle est sous la responsabilité de l’armée. Même si un très petit nombre de prisonnièr.e.s militaires est transféré dans des prisons civiles chaque année, le transfert ne se fait que lorsque le/la détenu.e ne peut plus faire appel et qu’il/elle a été renvoyé.e de l’armée. L’appel de Chelsea n’a pas encore été examiné et son transfert dans ces conditions serait un événement sans précédent. Chelsea réclame à l’armée un traitement médical depuis dix mois. Jusqu’à présent, l’armée a complètement ignoré sa requête. L’armée doit absolument revoir sa « politique » en matière de soins accordés aux personnes trans’ et s’adapter aux normes médicales du XXIe siècle. Elle ne peut pas continuer sa politique de l’autruche plus longtemps.»

Illustration Alicia Neal