En publiant son entretien avec Bryan Singer, le magazine Out a tenu à préciser que l’article a été édité juste avant que le réalisateur ne soit accusé d’avoir violé un adolescent en 1999. S’il nie avoir commis de tels agissements, Bryan Singer a décidé de ne pas assurer la promotion de X-Men: Days of Future Past, qui sortira en France le 21 mai.

UN QUATRE SUR L’ÉCHELLE DE KINSEY
Souvent évoqué comme étant l’un des seuls réalisateurs ouvertement gays d’Hollywood, Bryan Singer a profité de cette interview pour rectifier le tir: «Je suis plutôt bisexuel. Ces cinq dernières années, j’ai eu deux petites amies, une pendant deux ans, une autre pendant huit mois. Si on regarde l’échelle de Kinsey, la sexualité humaine est tellement complexe. Et la raison pour laquelle je n’en ai jamais parlé à la presse, jusqu’à maintenant, c’est justement parce que la sexualité est si complexe. Pour avoir une véritable conversation à ce sujet, il faut avoir la personne à qui on parle en face de soi.» Et sur cette fameuse échelle de Kinsey, qui permet d’évaluer entre 0 et 6 son orientation sexuelle, Bryan Singer se voit clairement comme un quatre: «Au bout du compte, je finirai sûrement avec un mec. Émotionnellement, je penche pour les relations avec des hommes, donc je suis heureux de dire que je suis gay, aussi, si c’est une réponse monosyllabique et facile.» Out rappelle d’ailleurs qu’il a eu une histoire avec Michelle Clunie, un des actrices de la série Queer As Folks.

COMING-OUT: FAIS CE QU’IL TE PLAIT
Concernant le coming-out, Bryan Singer n’a jamais vraiment eu à faire le sien, rappelle Out: «Dans Usual Suspects, mon petit ami était sur le plateau, et ça ne m’est même pas venu à l’idée de ne pas lui montrer de l’affection. Je me souviens de Gabriel Byrne disant « j’admire vraiment à quel point tu es à l’aise et ouvert » et je me suis dit « vraiment? ». Il était étonné que personne n’y prête attention.» Mais lui n’exhorte pas particulièrement les autres personnalités d’Hollywood à sortir du placard: «Je dis « faites ce qui convient le mieux ». Si ça vous fait du mal, si ça vous empêche de profiter de la vie, alors par n’importe quel moyen, parlez-en. Si vous ne vous sentez pas de le faire, vous n’y êtes pas obligé envers le public. J’aime à croire que les célébrités ont une obligation à être au moins sympa envers les fans, mais elles n’ont pas à s’expliquer sur leur vie sexuelle, à moins qu’elles en aient envie.» Bien entendu, il est enchanté que l’actrice du nouveau X-Men Ellen Page ait à son tour sauté le pas: «Elle semble tellement plus heureuse, et détendue et bavarde, à un point que nous avons tou.t.e.s dit, « Ellen, tu es resplendissante. »»

«DES ENFANTS DE LA GUERRE FROIDE»
Aujourd’hui l’analogie entre les mutants de la saga X-Men et les LGBT semble évidente, mais était-ce une volonté de leur créateur d’origine?: «Stan Lee voyait les mutant.e.s comme les enfants de la guerre froide, explique Bryan Singer. Quel effet auraient les armes atomiques? Nous faire muter et faire de supers-humain.e.s? Je lui ai demandé « Quand tu as créé ça, il t’est apparu qu’il y avait un parallèle? » Il m’a dit « Bien sûr, évidemment. »» Aussi réputé pour caster des acteurs très séduisants, Bryan Singer dément pourtant choisir ceux qui lui plaisent: «À l’écran c’est autre chose. Les gens que j’engage, assez curieusement, ne sont pas mon genre. Les gens le croient toujours, comme quand j’ai fait Superman Returns avec Brandon Routh. Pas du tout mon genre. Un mec canon, entendons-nous bien. Il me rappelait Christopher Reeve, qui n’est pas mon genre non plus.»

Photo Gage Skidmore