«À Lyon, dans les couloirs du métro, Agathe passe son bras autour de la taille de Gladys. Un jeune homme les suit puis les insulte: « Sales lesbiennes, putes, connasses, salopes. » Il frappe Agathe à la tête et aux jambes. Elle chute. Gladys tente d’intervenir et est giflée. Une petite foule s’approche, ce qui fait partir l’agresseur. Agathe s’aperçoit plus tard qu’elle a une dent cassée.» On pourrait croire cette scène d’une grande violence tirée d’un temps révolu. Pourtant, en 2013, l’association SOS homophobie a recueilli plus de 200 témoignages relevant d’une agression physique en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre – comme dernièrement à Paris, Lille, Sète ou Marseille –, soit une agression tous les deux jours et une hausse de plus de 54% par rapport à 2012.

Ces chiffres, mauvais, sont extraits du rapport 2014 de SOS homophobie sur la gayphobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie, en ligne depuis mardi 13 mai. Ils ne prennent en compte que l’année 2013, et se fondent sur les témoignages reçus via courrier, courriel, ou la ligne d’écoute mise en place depuis 20 ans.

«UNE LIBÉRATION DE LA PAROLE HOMOPHOBE»
C’est que l’année 2013, même en comparaison avec l’«année record» qu’a été l’année 2012, est marquée par un tendance: une hausse de tous les indicateurs sur les LGBTphobies de l’association. Au total, 3517 témoignages ont été recueillis, soit 3360 «situations uniques» qui marquent une hausse de près de 80% (+78%) des témoignages de LGBTphobies par rapport à 2012 – presque le double. «Des chiffres significatifs», commente Yohann Roszéwitch, président de SOS homophobie. Ces données ne traduisent pas en soi une augmentation de l’homophobie, mais servent plutôt de baromètre. Voici son analyse:

«L’homophobie s’est décomplexée. La libération de la parole homophobe est en forte hausse, comme la libération de la parole des victimes à laquelle il faut ajouter une visibilité accrue de l’association.»

Mais une libération de la parole homophobe engendrée par les débats autour du mariage pour tous, avec plus de 61% des témoignages enregistrés entre janvier et mai 2013 au plus fort de l’opposition à l’égalité des droits. «Une telle hausse ne peut être liée qu’aux débats sur le mariage pour tous», explique le président de SOS homophobie. «Pour nous, 2013, ça reste une année avec une belle victoire, celle du mariage pour tous, nuance-t-il. Mais une victoire amère, avec une forte hausse des cas d’homophobie à court terme. On voit clairement qu’à long terme, le Pacs ou l’ouverture du mariage aux couples homos, s’ils mobilisent les opposant.e.s qui ne sont pas forcément la majorité, et bien, ça fait évoluer les mentalités.» Parmi les points positifs, Yohann Roszéwitch insiste sur la libération de la parole des victimes, plus à même de témoigner car les droits acquis ont visibilisé les personnes LGBT. Il se veut plus rassurant: «Au premier trimestre 2014, on retrouve des taux similaires à 2012».

INTERNET, PRINCIPAL LIEU DES MANIFESTATIONS LGBTPHOBES
En ce qui concerne les lieux où s’exercent l’homophobie, selon le rapport, Internet remporte haut la main la palme des espaces d’expression de la parole homophobe avec plus de 50% des témoignages qui y font explicitement référence. Deux tiers de ces témoignages se réfèrent à un contenu LGBTphobe, notamment sur les réseaux sociaux et en particulier Twitter avec des hashtags comme «#UnGayMort», «#TeamHomophobe» ou «#lesGaysDoiventDisparaîtreCar». «Internet est caractéristique de la libération de la parole haineuse car les personnes se sentent protégées derrière leur écran d’ordinateur», poursuit Yohan Roszéwitch. Et de renchérir:

«Les débats sur le mariage pour tous ont été présents dans toutes les sphères de la société.»

D’ailleurs, parmi, les sphères où s’exerce «l’homophobie au quotidien», seule la sphère travail voit une diminution du nombre de témoignage recensés par SOS homophobie de près de 19%. «Cela montre peut-être un début de prise de conscience, mais les chiffres restent très élevés. Nous-mêmes, nous intervenons en milieu professionnel pour sensibiliser aux LGBTphobies, donc nous espèrons que cela porte ses fruits», souligne-t-il

DES INJURES HOMOPHOBES À L’ENCONTRE D’HOMMES DE 18 À 50 ANS
Pour les victimes d’homophobie qui ont témoigné auprès de SOS homophobie, un profil se dessine: celui du gay adulte, entre 18 et 50 ans, et même si le nombre d’adolescent.e.s qui ont contacté l’association a augmenté de plus de 80% depuis 2012. Ces hommes résident pour la plupart hors Ile-de-France, mais le gros des témoignages viennent des grands départements urbanisés: Paris, les Bouches-du-Rhône, le Nord et le Rhône. Enfin, en majorité, les manifestations de l’homophobie se font par des injures: des insultes aux préjugés à 39%.

«On a beaucoup d’hommes qui nous appellent, moins de femmes, de seniors ou de personnes trans’, donc on essaye de les cibler et de les sensibiliser», soulève le président de SOS homophobie. Il conclut: «Depuis l’année dernière, on a inclus des chapitres sur la biphobie et la transphobie». Une transphobie qui devient plus visible avec une hausse des témoignages de la part des personnes trans’ peut-être plus enclines à témoigner d’une manifestation de transphobie à leur encontre.

De l’autre côté de la Manche, les autorités policières londoniennes viennent pour leur part de fournir les dernières statistiques sur le nombre de crimes en raison de l’orientation sexuelle entre mars 2012 et mars 2013, soit 1167 crimes d’homophobie. Des chiffres officiels qui n’existent pas à l’heure actuel en France, SOS homophobie étant la seule organisation à fournir un baromètre des LGBTphobies chiffré.

Photo Florian Bardou