Depuis ce matin, des affiches circulent dans les intranets de la Direction générale de la Police nationale (DGPN) et de la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN). Une note adressée aux chefs de service les incite à les afficher dans les espaces de détente des commissariats de police et des gendarmeries. Le mot d’ordre: «Mettons l’homophobie à l’amende». Le visuel: deux policiers rangent leurs affaires dans un casier; dans celui du premier, la photo d’une femme; dans celui du second, celle d’un homme. Une autre affiche met en scène deux policières dans la même configuration.

Pour l’heure, les membres de Flag! n’ont pas eu de retour de la part de leurs collègues. «Tout le monde est encore à fond dans l’Eurovision!», blague Mickaël Bucheron, le président de Flag!. Ses consœurs, ses confrères et lui attendent avec impatience la rencontre organisée les 15 et 16 mai dans les bureaux de la DGGN, à Issy-les-Moulineaux:

«Sensibiliser la haute hiérarchie de la gendarmerie aux LGBTphobies, ce sera une première. Au départ, il n’y avait que des policièr.e.s à Flag!. Les gendarmes sont des militaires, or la culture syndicale n’existe pas dans l’armée. Tout militantisme est proscrit, alors certain.e.s collègues ont l’impression d’avoir une épée de Damoclès sur la tête qui les empêche de nous rejoindre à Flag!. Il aura fallu attendre 2014 pour qu’un gendarme se rende visible à la Direction générale. Cela en dit long sur le ressenti de certain.e.s collègues.»

Des collègues qui ne retiennent pas toujours la circonstance aggravante du caractère homophobe et/ou transphobe lors d’une agression. Flag! va donc diffuser un document sous forme de procès verbal qui contiendra la liste des infractions relatives à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. Chaque infraction possède un code et, selon Mickaël Bucheron, ils sont souvent difficiles à retenir: «Une multitude de facteurs complique la prise en considération du caractère LGBTphobe d’un grand nombre d’agressions. Les lois qui prennent en compte le caractère homophobe des agressions sont très récentes, elles ne sont donc pas forcément inscrites dans la culture des policièr.e.s et des gendarmes. Le faux procès verbal qui va circuler devrait faciliter leur travail. Et, si on parvient à le diffuser auprès du grand public, pousser les personnes LGBT à porter plainte.»

C’est la première fois que le ministère de l’Intérieur s’engage à diffuser une campagne de Flag!, après une tentative infructueuse il y a dix ans, en 2004. Il a même promis de la relayer sur les réseaux sociaux cette semaine, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. En fin d’après-midi ce lundi 12 mai, toujours rien sur les pages Twitter et Facebook de la DGPN et de la DGGN. Pour Mickaël Bucheron, la diffusion sur les réseaux sociaux est une manière de rassurer les jeunes LGBT qui hésiteraient à entrer dans la Police ou la Gendarmerie nationale: «On veut leur montrer qu’ils et elles sont les bienvenu.e.s».