Alan Renwick, du département de sciences politiques et relations internationales de l’université de Reading, s’est penché sur les votes de la 59e édition de l’Eurovision qui a couronné Conchita Wurst samedi dernier, le 10 mai. Car au-delà de cet événement musical et populaire, le chercheur a vu dans ce vote un moyen de décrypter les grandes tendances concernant les opinions envers ce qu’il nomme les «identités de genre alternatives». À partir de trois cartes, il est possible de voir combien de points ont été attribués à l’interprète de Rise Like A Phoenix: la première classe le total des points que chaque pays a donné, la deuxième seulement les votes du public par pays et la dernière les votes du jury par pays. Les pays en bleu ont donné le maximum de points à la chanteuse (12 points), tandis que ceux en rouge n’ont donné aucun point.

Eurovision-2014-Austria-points

La première carte montre déjà que la dichotomie entre deux blocs n’est pas si évidente, ou du moins plus nuancée. En effet, les votes favorables à Conchita Wurst ne sont pas limités à une large partie des pays d’Europe occidentale qui apparaissent majoritairement en bleu. Juste derrière se retrouvent aussi l’Ukraine, la Moldavie, la Roumanie, la Lituanie et la Géorgie, qui ont attribué entre 8 et 10 points.

 

Eurovision-2014-Austria-popular

Cependant la carte des votes populaires montrent des tendances assez différentes, comme le souligne Alan Renwick: «Un seul pays, l’Estonie, a mis l’Autriche en-dessous du cinquième rang par le vote du public. Conchita est entrée dans le top trois non seulement dans la plupart des pays de l’Ouest de l’Europe, mais aussi en Russie, en Azerbaïdjan, en Arménie, et en Géorgie.»

 

Eurovision-2014-Austria-jury

Enfin, la dernière carte montre que la chanteuse n’aurait pas atteint le top cinq dans seize pays si les résultats ne prenaient en compte que le vote du jury dans chaque pays.

«Les résultats suggèrent que nous vivons bien sur un continent divisé, analyse finalement le chercheur. Mais les divisions pourraient avoir pénétré la société bien moins profondément que nous ne le pensons habituellement. Les différences révélées dans le vote populaire sont fines, tandis que celles dans les jurys élitistes sont très marquées.»

Un des exemples les plus frappants est celui de l’Allemagne, dont le vote populaire a attribué le maximum de points à Conchita Wurst, tandis que le jury n’en a pas attribué un seul.

Photo Capture