Avec Sarah préfère la course, présenté à Cannes l’an dernier, la réalisatrice Chloé Robichaud s’impose dans le paysage cinématographique québécois avec déjà plusieurs courts-métrages à son actif et un sens aigu de l’esthétique qui fait de son premier long-métrage un film impressionnant de précision et de subtilité, servi par la performance remarquable de Sophie Desmarais. Yagg a rencontré Chloé et Sophie, l’occasion de revenir toutes les deux sur la construction de ce personnage complexe qu’est Sarah, tour à tour gauche et touchante, fragile parfois, mais aussi obsessionnelle et égoïste, et pour qui ne compte qu’une seule chose: la course.

FAIRE DES SACRIFICES POUR UN RÊVE
En suivant le quotidien de Sarah, son arrivée à Montréal, ses problèmes d’argent, sa vie d’étudiante, Chloé Robichaud a-t-elle essayé aussi de dresser un portrait de la jeune génération au Québec? «Ce que vivent les personnages de Sarah et Antoine, c’est ce que peuvent vivre plusieurs jeunes de ma génération, note Chloé Robichaud. Quand on arrive à 20 ans au moment où il faut faire des choix, des choix d’études, des choix familiaux, financiers, la question du déménagement, il y a plein de responsabilités qui nous tombent sur la tête assez rapidement. C’est déstabilisant, ça peut faire peur. Je ne dis pas que ma génération est comme Sarah, Sarah est un personnage en soi. Mais le fait d’avoir un rêve quand on est jeune, d’avoir à faire des sacrifices pour ce rêve, je pense que ça rejoint les jeunes.»

«JE NE ME SUIS PAS EMPÊCHÉE DE PARLER D’HOMOSEXUALITÉ DANS LE FILM»
Rencontrer Chloé Robichaud était aussi l’occasion de parler avec elle de la websérie Féminin/Féminin, dont le premier épisode a été diffusé en début d’année et a remporté un franc succès. Elle explique notamment pourquoi l’homosexualité est un thème très secondaire dans Sarah préfère la course, alors qu’il est beaucoup plus frontal dans la websérie, des différences de traitements pleinement assumées:

«Je trouvais intéressant après le tournage de Sarah préfère la course, de me lancer dans quelque chose comme Féminin/Féminin qui abordait l’autre côté, ce qui se passe une fois qu’on a découvert qu’on aime une femme. Je ne suis pas pudique par rapport à ça, j’ai envie d’en parler en toute liberté, je ne m’en empêchais pas dans le film, c’est que le personnage de Sarah en était là dans sa vie.»

Sophie Desmarais et Chloé Robichaud le constatent l’une et l’autre, l’homosexualité commence à se libérer des stéréotypes dans les médias québécois: «C’est assez incroyable, cette année toutes les séries avaient au moins un personnage de lesbienne qui s’éloigne des clichés. Depuis deux ans, on commence à voir du réalisme dans tout ça. Je suis optimiste», assure la réalisatrice.

Voir la bande annonce de Sarah préfère la course:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Sarah préfère la course – Bande-annonce