Pour lieu de tournage un appartement du 11ème arrondissement de Paris. Ou plus précisément, une salle de bain. Vous êtes chez les kidults, quatre « adulescents » comme ils aiment à se définir, ou plutôt «quatre jeunes qui essayent de vivre leur vie d’adultes malgré leurs relents d’enfance» explique Yohann Lavéant, la trentaine, comédien, alias Yohann Galieni dans la série.

Lancée au travers d’un site internet et d’une chaîne youtube le 1er avril 2014, la websérie met en scène quatre personnages qui vivent dans le même appartement, filmés au travers d’une caméra postée au niveau du lavabo. Une sorte de Caméra café en beaucoup plus intimiste, 2.0 et sans budget. «C’est un espace scénique fixe, unique, et exigu car les jeunes de notre âge vivent dans de petits appartements» commente Yohann Lavéant.

Parmi les héros, trois des personnages «mis à nu» sont colocataires : Yohann Galieni, «le personnage gay et geek», son cousin Arthur Galieni – joué par Arthur Vauthier – «dont on n’a pas encore de preuves sur sa sexualité» et Sarah Bolivar dont le petit ami Lucas Cariou squatte également l’appartement. Tous ont la vingtaine passée et portent étrangement des noms de station de métro parisiennes.

ENTRE FICTION ET RÉALITÉ
Si les quatre amis – qui ne sont pas des comédiens professionnels – sont «tous porteurs d’idées», on retrouve en réalité Arthur Vauthier (26 ans), à l’initiative du projet. «On s’est rencontré il y a deux ans» lance Yohann. Et Arthur de renchérir : «Ça vient vraiment de loin. J’avais toujours eu envie de mener ce genre de projet. Ce dont j’avais vraiment envie c’est que ce soit un lieu le personnage principal.» «Que le spectateur devienne le miroir» précise Yohann.

Entre fiction et réalité, the kidults, c’est alors un savant dosage entre le quotidien d’une colocation fictive et celui de quatre potes qui ne font plus que ça en dehors de leurs heures de travail. «Nos personnages sont nourris de la façon d’être de chacun, avec des impros et de vrais anecdotes» souligne Yohann. Hyperconnectés par exemple, les trois garçons qui composent le projet autoproduit, le sont tout autant dans leur propre série avec un des héros, Lucas, qui utilise – fictivement ?- Twitter. «Cela permet de créer une sorte d’univers étendu» lâche Arthur.

De quoi multiplier les pistes scénaristiques et entretenir intelligemment la confusion entre ce qui relève du réel des acteurs des kidults, du virtuel et du fictionnel. «On fait partie de cette génération Y, une génération qui se met en scène sur Internet» poursuit Arthur. Et ça se voit sur le fond comme sur la forme entre le narcissisme assuré des personnages d’un côté, et «un côté voyeuriste pour le spectateur».

«La grosse originalité du coup, c’est qu’on se veut transmédia» poursuit Arthur. Tous les mardi – les mardi kidults -, des vidéos, gifs, photos, tweets et autres éléments qui composent «un épisode» sont postés sur le site Internet et les réseaux sociaux. D’où la possibilité pour le spectateur de regarder «par petits bouts» et de zapper comme bon lui semble, sans pour autant perdre un fil narratif unilatéral de l’histoire. «On ne se ferme pas non plus la porte à des publications intempestives» ajoute le réalisateur. «D’ailleurs, on fera la gay pride avec un gif» lâche Yohann.

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UNE VISIBILITÉ GAY, MAIS PAS SANS CLICHÉS
Ancien militant (il a entre autres co-organisé quelques kiss-ins parisiens), Arthur, réalisateur des kidults revendique le côté gay-friendly de cette websérie générationelle, qui ne se veut pas non plus militante. «Je voulais qu’il y ait un personnage gay, car c’est important qu’il y ait une visibilité» soulève-t-il. Yohann y voit également un aspect pratique dans le jeu des acteurs. «Vu que je suis gay dans la vraie vie, il y avait cette évidence, et puis j’ai peut-être plus de liberté de jeu que les autres». «Ça permettait de créer plus de situations avec deux personnages en couple long et mon personnage plus sentimental» confie le comédien. «Mais les sexualités des personnages auraient pu être interverties».

Car au-delà de la question de la visibilité les kidults veulent également poser la question de la représentation des personnages LGBT dans les séries. « Dans Looking (ndlr, une série américaine qui raconte le quotidien plus que banal de trois amis gays vivant à San Francisco, loin des frasques de Queer as folk), c’est un peu comme si les scénaristes voulaient nous montrer des gays comme tout le monde. Nous on voulait aussi des clichés» commente Arthur Vauthier.

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«Et puis, ça permet des situations absurdes et plus nombreuses. On a tous en tête le cliché des gays dans leur salle de bain» renchérit Yohann, taquin. Car le ton des kidults se veut irrémédiablement léger «même si on ne se ferma pas la porte à des scènes qui disent des trucs plus vrais sur les adulescents» rétorque le «chef» de la bande qui ne se fixe aucun horizon. Et d’ajouter: «Plus il y a de la matière, plus c’est un projet intéressant».

À l’heure actuelle, leur chaîne youtube totalise 6000 vues, de quoi réjouir la fine équipe qui souhaite rassurer ses hypothétiques futurs fans: «Ça reste dur de se faire spoiler the kidults». The kidults n’a pas fini de faire scroller…

Photos the kidults