L’association AGIR a lancé le dispositif Brisons le tabou pour informer et lutter contre les violences conjugales, qu’elles soient physiques ou psychologiques, au sein des couples de même sexe. Par le biais d’une vidéo et d’un test, l’objectif est de sensibiliser à ce phénomène invisible dans la communauté LGBT et en dehors. Selon l’association, 11% des gays et des lesbiennes et 20% bi.e.s déclarent avoir déjà subi des violences conjugales en 2013. Seulement 3% d’entre eux/elles ont porté plainte.

«JE NE DEVAIS PAS ÊTRE LE SEUL»
Matt Plaza-Merec, fondateur et directeur national de l’association AGIR, a lui-même été victime de violences au sein de son couple: «Quand j’ai décidé d’en parler, j’étais très oppressé et je sentais que je n’étais pas vraiment écouté au 39 19, le service d’écoute sur les violences conjugales, ou à la Croix Rouge, alors que j’avais vraiment besoin d’évacuer certaines choses. Je me suis dit que je ne devais pas être le seul à avoir subi cela et à ne trouver aucune structure pour m’aider. C’est comme ça que l’association s’est créée.» L’association existe depuis février 2014, et si la structure est très récente, elle a déjà traité 120 appels, ce qui lui permet déjà d’envisager l’ampleur du problème. Matt Plaza-Merec souhaite faire publier un rapport détaillé de ces données chaque année pour alerter les pouvoirs publics sur la réalité de ses violences.

UN MAL INVISIBLE
Brisons le tabou est la première campagne d’AGIR. «À travers les appels que nous recevons, nous faisons face à un constat alarmant: personne n’est au courant, ni la société en général, ni les pouvoirs publics, ni les médias. Mais même la communauté LGBT elle-même ne voit pas ce problème. Même dans le milieu homo, les gens ne trouvent pas le soutien dont ils ont besoin. Il y a des a priori comme quoi il serait facile de trouver de l’aide et de la solidarité, mais au contraire, il y a un vrai tabou sur ce sujet.» Pour montrer cette invisibilisation, une image de quatre couples figure en page d’accueil du site avec la question: «Une de ces personnes est victime et vit l’enfer, laquelle?» Une manière de faire comprendre que n’importe qui dans son entourage peut être un jour confronté.e à un conjoint.e violent.e, y compris dans les couples d’hommes ou de femmes. L’association AGIR a aussi lancé une ligne d’écoute, Violences Conjugales LGBT Info Services (0 811 69 39 19), qui donne accès à un service d’écoute où des professionnel.le.s apportent leur soutien et leurs conseils.

Attention, contenu violent:

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Selon Matt Plaza-Merec, il existe plusieurs freins à la reconnaissance des violences conjugales des couples de même sexe: «Déjà, l’homophobie joue un rôle, car malgré une amélioration ces dernières années, le problème n’est pas du tout réglé. De plus, il y a un vrai manque d’informations et de sensibilisation chez l’ensemble des acteurs sur cet enjeu. Ensuite parler du problème nécessite d’avoir fait son coming-out et ce n’est pas toujours évidemment, même auprès de ses proches ou de ses ami.e.s. Et enfin, il y a aussi la peur de ne pas être pris au sérieux.»

PRENDRE EN CHARGE L’AUTEUR.E DES VIOLENCES
L’association AGIR met aussi en avant un certain parti-pris: «Il y a quelque chose qui fait grincer des dents du côté du service du 39 19, c’est que nous considérons qu’il est faux de dire qu’une personne qui a commis des violences ne changera jamais. Pour nous, si cette personne accepte et reconnaît qu’elle a un problème, si elle a la volonté d’être aidée, il faut lui apporter une assistance.» Pour Matt Plaza-Merec, l’objectif n’est pas de mettre sur le même plan la victime et l’auteur.e des violences, mais bien d’apporter une réponse pragmatique au problème: «Même si l’auteur.e des violences est condamné.e à une peine de sursis, qu’il y a une injonction de soins, une réparation envers la victime, il faut aussi mettre en place un réel travail psychologique et thérapeutique pour l’aider à remonter aux sources, comprendre d’où vient ce comportement violent et soigner la personne.» Et ainsi limiter la récidive.