«Courez droit! Est-ce que vous pouvez utiliser votre cerveau quand vous jouez?», tempête, exaspéré, Jean-Noël, le coach sportif des Gaillards. Une fois de plus, un joueur a tenté de franchir la défense adverse en faisant des zigzags. Le meilleur moyen de s’épuiser et de perdre la possession du ballon d’après l’entraîneur. Cela fait dix ans cette année que cette équipe gay-friendly de rugby a vu le jour et ce samedi 12 avril, il s’agissait pour elle d’un des derniers entraînements avant un tournoi à Lyon. Le message est apparemment bien passé puisque l’équipe est finalement arrivée deuxième. Un résultat extrêmement encourageant pour une équipe où l’on compte de nombreux nouveaux.

«PAS DE TABOU»
«On n’a pas d’exigence particulière en terme de niveau, explique Jean-Noël après l’entraînement. On accepte tout le monde: les débutant.e.s, les confirmé.e.s, les garçons, les filles, les homos, les hétéros, les bi.e.s, les trans’, tout le monde. La seule condition, c’est la volonté: il faut avoir envie de jouer au rugby.» Pour Tony, le capitaine, c’est l’engagement et l’investissement qui priment: «Quand on s’engage dans un sport collectif, on porte une certaine responsabilité. Si la moitié des joueurs manque, on ne peut pas progresser et se préparer correctement. C’est la seule chose qu’on demande. Moi, je suis venu sans savoir que le club était gay-friendly, juste parce que les débutant.e.s étaient accepté.e.s, alors que dans plein d’autres club, c’est non parce que les équipes sont déjà constituées. Nous, que ce soit en début ou en milieu d’année, ou même un mois avant la fin de la saison, on accepte tout le monde. On n’a aucun jugement sur les personnes qui viennent nous voir, que ce soit sur leur couleur de peau, leur sexualité ou leur niveau de jeu. L’ouverture à tou.te.s et sans aucune discrimination sont des valeurs que doit porter le sport.»

Arrivé cette année dans l’équipe, Quentin est très content de la façon dont il a été enrôlé: «L’accueil a été extrêmement chaleureux dès le départ, et on voit que le club a l’habitude d’intégrer des nouveaux/elles à tous les moments de l’année. Le but n’est pas de faire mousser les meilleur.e.s ou d’atteindre un certain niveau de compétition mais que tout le monde prenne du plaisir. Et il n’y a pas de dérapage comme on pourrait l’imaginer. C’est grivois, on rigole, mais on n’est pas là pour que les mains se baladent ou rattraper le savon sous la douche.» Pour Alban, le président de l’association, la pratique du rugby passe avant tout. Ce qu’apprécie Julien, un autre joueur arrivé cette année et qui avait fait du football pendant 10 ans. Dans son ancienne équipe, il n’était pas vraiment à sa place: «Il y a un truc qui fait que tu n’es pas à l’aise, décrit-il. Ici, ce n’est pas le sujet, on n’en parle pas, mais il n’y a pas de tabou.»

«ÊTRE GAY-FRIENDLY N’EST PAS UN OBSTACLE»
Le club a justement pris naissance «parce que des personnes qui aiment le rugby et qui veulent en faire ont rencontré des difficultés en termes d’acceptation de leur sexualité, raconte Alban. Malgré tous les progrès faits au cours des dernières années, il y a encore beaucoup de préjugés qui traînent. Dans un club gay-friendly, on est moins sur nos gardes, sans qu’il y ait de dérapage, vu qu’on est d’abord là pour faire du sport et jouer en équipe.» Inscrite au tournoi de l’Association France Folklo Rugby, l’équipe des Gaillards rencontre régulièrement d’autres clubs. «Le fait que le club soit gay-friendly n’est jamais un obstacle», assure Alban.

À l’occasion des dix ans du club, un tournoi est organisé du 2 au 4 mai. Après l’accueil des équipes concurrentes le vendredi, la compétition elle-même aura lieu dans la journée du samedi, suivie d’une soirée au Bataclan où les Gaillards seront à l’honneur. Au-delà des festivités, le président du club pense déjà à 2018: pour la venue des Gay Games à Paris, ce sont les Gaillards qui organiseront la compétition de rugby, en partenariat avec l’International Rugby Board. Une importante responsabilité pour le club, puisqu’il s’agira d’un événement majeur dans cette discipline qui sera pour la première fois depuis 1924 présente aux Jeux olympiques à Rio de Janeiro en 2016 (rugby à 7). D’ici là, il compte sur tou.te.s les amateurs/trices de rugby pour rejoindre l’équipe: «Le club est toujours preneur de nouvelles personnalités et tout le monde est bienvenu, ne serait-ce que pour les entraînements ou nous supporter», ajoute-t-il.

Photos Lionel Collomb