Peut-on envisager d’exclure le Parti socialiste et ses représentant.e.s des marches des fiertés qui auront lieu en mai et juin partout en France? La question en partie posée par L’Express dans un article du mardi 29 avril «Le PS banni de la prochaine Gay Pride»? est loin d’être anodine, mais est pourtant plus complexe qu’elle n’en à l’air.

Car, au lendemain des renoncements des gouvernements socialistes de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes, ce que l’Inter-LGBT ou d’autres associations LGBT ont pu considérer comme «une trahison» ou une «capitulation», c’est la colère qui prévaut parmi les militant.e.s LGBT. Une colère qui pourrait bien avoir des répercussions sur la dite participation de figures du Parti socialiste lors des prochaines marches des fiertés, notamment le samedi 28 juin à Paris (dont le parcours a été dévoilé) et un peu partout dans les grandes villes françaises. Sur Facebook, par exemple, un groupe nommé «Le Parti socialiste n’a pas sa place à la Marche des Fiertés» refuse que le PS vienne «se racheter une vertu au seins de nos luttes, de nos manifestations, de nos revendications.»

UNE EXCLUSION PROCHAINEMENT DISCUTÉE?
Si la question va être débattue et discutée au sein de l’Inter-LGBT pour la marche parisienne, les organisateurs/trices n’ont pas encore pris de décision car c’est le vote en conseil des associations qui prime. «Pas de pronostics», confirme Amandine Miguel, porte-parole de l’Inter-LGBT sur la visibilité lesbienne. Et ce, d’autant plus que le PS, en tant que groupe politique, ne participe pas lui-même à la manifestation, à l’inverse d’Europe-Écologie Les Verts (EELV) ou du Front de Gauche.

«Le PS en tant que tel ne défile pas, il n’a jamais défilé. Donc la question de l’exclusion du parti ne se pose pas. La question, c’est la participation des personnalités du PS», souligne Amandine Miguel. Interrogée par BFM TV.com, Marine Rome, membre du collectif Oui Oui Oui, qui s’est créé autour de la question de la PMA au moment des débats sur le mariage pour tous au printemps 2013, va plutôt dans le sens d’un «boycott»: « Nous espérons que le PS ne sera pas à la Marche des Fiertés car ils ne sont pas les bienvenus. Le PS n’est plus un parti progressiste», soutient-elle.

Et en région, même scénario. À Toulouse, par exemple, Matthieu Lauvernier, co-référent de la commission Pride d’Arc-en-ciel Toulouse, qui réunit huit associations, assure qu’ils auront cette discussion sur la participation des socialistes lors de la marche des fiertés qui aura lieu le 14 juin. La «question est même un peu tendue en ce moment». «On a un conseil d’administration lundi et personnellement, j’ai besoin de savoir ce qu’il en est pour me positionner», ajoute-t-il. Car au plan local, la municipalité a beaucoup soutenu les associations LGBT. Sous le mandat de Pierre Cohen, le maire socialiste déchu lors des dernières municipales, un adjoint à la diversité Jean-Paul Makengo a été nommé, l’Espace des diversités et de la laïcité, avec un centre LGBT, a été créé, et les élu.e.s socialistes ont défilé pour le mariage pour tous en décembre 2012 et janvier 2013. Difficile donc pour les associatifs/ves d’assimiler les mauvaises volontés du gouvernement aux politiques locales menées.

Un constat repris par Philippe Murcia, président du collectif IDEM (Identités, Diversités, Égalité, Méditerranée) à Marseille qui s’occupe de l’organisation de la marche. «Le PS a toujours participé à la marche, comme les partis de gauche. Pendant les municipales, le candidat socialiste Patrick Mennucci s’était engagé en notre faveur. Ok, on l’exclut, mais après on fait quoi? L’égalité des droits, c’est aussi une question d’alliances et de dialogue.» Il poursuit: «Cette forme de protestation et de colère qu’est l’exclusion ne pourrait être que temporaire. On va le discuter avec les associations».

«Un des objectifs de la «Manif pour tous», c’est de diviser la société française et la gauche, donc il faut qu’on fasse attention.»

Malgré la rancœur, à autre situation locale, autre réponse. Vincent Autin, président de la Lesbian & Gay Pride de Montpellier qui, pour sa 20e édition, aura lieu le 12 juillet, n’est pas favorable à l’exclusion des figures et militant.e.s socialistes. «L’espace public appartient à tout le monde. On n’a absolument pas l’intention d’interdire l’accès au PS, mais on ne pourra pas passer sous silence ce qui a été promis. Et puis dans leurs propres rangs les militant.e.s socialistes ne sont pas forcément d’accord avec ce gel des avancées sociétales.»

«FAIRE DE LA PMA UNE REVENDICATION»
Retour à Paris. Au final, la question posée n’est-elle pas celle de la présence des membres du gouvernement, voire des député.e.s, dans les rangs des gay prides? Pour les élu.e.s, comme Jean-Luc Romero, conseiller régional Ile-de-France et conseiller du XIIe arrondissement de Paris, gay et apparenté socialiste, «il faut dissocier les choses.» «La colère est là, je la partage, renchérit-il. Mais il faut dissocier les choses entre le gouvernement qui fait des conneries et qui est enfermé dans le discours de la droite, et en face la Région qui finance la marche ou, à Paris, une maire complétement en phase avec les revendications qui va même plus loin que Bertrand Delanoë».

Rappelons qu’à Paris, de nombreuses personnalités politiques au PS, homosexuelles ou non, participent régulièrement à la Marche des Fiertés, comme Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, Anne Hidalgo, maire de Paris, Christophe Girard, maire du IVe arrondissement ou encore Bruno Julliard, premier adjoint, délégué à la Culture d’Anne Hidalgo, lui-même homo.

«Beaucoup, comme Anne Hidalgo, ont toujours été présent.e.s à la gay pride, souligne le jeune adjoint. Ils et elles n’y sont pas en tant qu’élu.e.s mais en tant qu’individus et soutiennent les revendications qui y sont portées.»

«J’ai été très fier de faire partie d’une formation politique qui a voté le mariage pour tous. Mais aujourd’hui, je suis en colère et je regrette cette capitulation sur la PMA: cette égalité, on doit la conquérir.»

Et de mentionner les positions très pro-PMA de la nouvelle maire de Paris depuis des années. «Ce qui me paraît intelligent, c’est qu’on porte la PMA comme une revendication commune au moment de la Marche des Fiertés, y compris et surtout les parlementaires PS présent.e.s.» Bruno Julliard conclut: «Je pense qu’une majorité des socialistes y est favorable».

Photo Xavier Héraud