Invitée de l’émission d’Alicia Menendez AM Tonight, l’auteure et militante Janet Mock a tenté une expérience en demandant à la présentatrice d’échanger les rôles afin qu’elle lui pose les questions auxquelles elle a droit de la part de la grande majorité des journalistes: «Tout d’abord vous êtes magnifique, et ce qui est dingue, c’est qu’en vous regardant, je n’aurais jamais pensé que vous n’êtes pas trans’. Qui est la première personne à qui vous avez dit que vous êtes cis’?» commence Janet Mock.

Perplexe, Alicia Menendez joue le jeu: «On ne m’a jamais demandé, je n’ai jamais pensé que j’avais à le préciser.»

«Avez-vous un vagin? Quand avez-vous senti vos seins poindre? Utilisez-vous des tampons?»

«Je croyais qu’on allait parler de mon émission…»

«Oui, mais j’ai quelques questions préliminaires d’abord. À la puberté, vous vous êtes sentie piégée par les changements de votre corps? Vous vous sentiez comme une fille?»

«Je ne sais même pas ce que c’est de se sentir comme une fille. Parce qu’on m’a dit que j’en étais une.»

«Pensez-vous que le fait d’être cisgenre vous empêche d’avancer dans la vie? En un mot, que faut-il savoir sur les personnes cis’? Vous êtes incroyablement courageuse d’être une femme cisgenre, merci d’être venue. »

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Activist Janet Mock Flips the Script, Asks Alicia Menendez to Prove Her Womanhood

Au-delà du désarroi grandissant d’Alicia Menendez, c’est finalement sa réaction complètement sincère à l’issue de cette fausse interview qui est révélatrice, car l’animatrice n’en revient tout simplement pas: «Oh, c’était horrible!

«En fait, lorsque nous avons écrit une partie de ces questions, je ne me rendais pas compte à quel point c’était affreux. On a répété sans vous et je ne me rendais pas compte à quel point certaines peuvent être horribles et intrusives. J’ai l’impression d’être la cisgenre de service.»

Janet Mock semble très contente de voir l’effet que produit cet échange, mais n’oublie pas de rappeler que ce type d’interrogatoire est habituel pour elle: «C’est un peu l’expérience que je vis à chaque fois que je donne des interviews, même lorsqu’elles se passent bien!

«J’ai encore l’impression de porter un fardeau et que je dois communiquer aux gens plein d’informations, que je dois livrer tous les détails intimes sur mon corps, sur mon parcours, sur ma vie. J’en parle beaucoup dans mon livre dans je comprends pourquoi on me range dans cette case, mais en même temps je crois que certaines questions ne sont pas nécessaires. Les questions sur le corps, pourquoi a-t-on besoin d’en parler?»

Alicia Menendez explique qu’elle a effectivement bien saisi pourquoi ces comportements de la part des journalistes posent problème et se remet en question: «Quand je me suis lancée dans cette expérience, je voyais cela comme un moyen de combler un fossé d’incompréhension, mais quand vous êtes la cible des questions, je vois à quel point elle sont intimes et à quel point elles s’éloignent du sujet de l’identité, qui selon moi a beaucoup à voir avec mon corps, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde.» Janet Mock approuve et conclut: «C’est intéressant d’être aussi gênée de poser ces questions mais aussi quand je les posais, j’étais dans cet état d’esprit dans lequel c’est vous qui devez me prouver que votre identité à l’intérieur est réelle. Et je dois vous poser cette question car je mène une enquête et je dois vraiment être sûre si votre identité intérieure est réelle et authentique.»