La Maison Arc-en-ciel de Bruxelles et la quarantaine d’associations en région de Bruxelles-Capitale ont publié un mémorandum politique à l’approche des élections régionales fédérales et européennes prévues le 25 mai, pour dresser un bilan des actions accomplies ces dernières années dans l’agglomération, mais aussi pour faire ses recommandations dans différents domaines.

DES OBSTACLES FINANCIERS POUR LES ASSOCIATIONS
En ligne de mire, le Plan d’actions interfédéral de lutte contre les violences homophobes, lesbophobes et transphobes, présenté il y a plus d’un an par la ministre fédérale de l’Égalité des chances Joëlle Milquet. Aujourd’hui, les associations s’inquiètent de la mise-en-place de l’initiative et de sa pérennisation, le plan n’ayant tout d’abord pas de budget. Elles pointent ensuite du doigt «une logique très complexe faisant intervenir des niveaux de compétence très divers». Le mémorandum montre aussi que les associations dans leur ensemble rencontrent des obstacles: «Trop souvent, les associations éprouvent des difficultés pour mener à bien un projet ou une politique, à cause d’une absence ou d’une insuffisance de financements structurels. Nous demandons donc à ce que les associations LGBTQI fassent l’objet de conventions de financement, tout comme en Wallonie, auprès des institutions compétentes de manière à ce que du personnel professionnel puisse poursuivre son travail de terrain.»

ALLER PLUS LOIN DANS LA SENSIBILISATION
«Nous nous réjouissons de certaines mesures comme la mise en place de sanctions administratives pour les insultes homophobes ainsi que la loi anti-discrimination reconnaissant depuis 2007 l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie comme circonstances aggravantes. Mais ces mesures doivent aujourd’hui s’accompagner de projets de sensibilisation de fonds touchant à la société même.» Les associations font de nouveau part de la nécessité d’intervenir dans le milieu scolaire, de former et sensibiliser les agents de police et le personnel du secteur public. Elles réclament aussi l’approbation par le Parlement bruxellois des principes de Jogjakarta et exigent le respect des personnes trans’ dans leur parcours: «La Rainbowhouse Brussels appelle les autorités à modifier au plus vite le texte de loi relatif à la « Transexualité » qui se veut profondément discriminant, pathologique et psychiatrique à l’égard des personnes transgenres et appelle les autorités fédérales à se référer au modèle argentin qui légifère de façon très efficace cette matière.»

RECONNAISSANCE DE TOUTES LES FAMILLES
Concernant la reconnaissance des familles, le mémorandum demande un débat éclairé autour de la gestation pour autrui (GPA): «Que la filiation soit élargie aux couples d’hommes avec une série de balises juridiques permettant aux mères porteuses de se préserver de toutes pressions, qu’elles soient psychologiques ou financières. La Maison Arc-en ciel de Bruxelles demande de légiférer sur la GPA dans un délai très court de manière à régulariser la situation de familles homoparentales et hétéroparentales dont les parents sociaux se retrouvent encore privés de leurs droits et devoirs vis-à-vis de leurs enfants et vice-versa.» Le mémorandum propose aussi de réfléchir sur l’ouverture de la filiation multiple pour répondre à la réalité de nombreuses familles dont seuls deux parents sont légalement reconnus. Il met enfin d’autres enjeux sur la table, comme la lutte contre le VIH et contre la sérophobie, ainsi que l’accueil des personnes LGBT migrantes et des demandeurs/euses d’asile.

«HABEMUS GENDER!»
Un autre événement belge précède ces élections, il s’agit de la conférence Habemus Gender! Déconstruction d’une riposte religieuse qui aura lieu les 15 et 16 mai à l’université libre de Bruxelles. Point de départ de cette rencontre, l’émergence lors des débats sur le mariage et l’adoption en France de réactionnaires «qui ne refusent pas seulement le droit de se marier ou de devenir parents aux couples homosexuels, mais dénoncent aussi ce qu’ils appellent l’ »idéologie » ou la « théorie du gender »»: «Selon eux, cette « idéologie/théorie », qui nierait l’altérité sexuelle et refuserait de penser les relations entre hommes et femmes sur le mode de la complémentarité, constituerait une dangereuse menace pour l’humanité.» À travers de nombreuses conférences sur deux jours, l’événement se donne quatre objectifs: «étudier la genèse et les fondements du discours sur l’ »idéologie/théorie du gender », ainsi que les différents domaines dans lesquels il se manifeste, retracer les canaux et les mécanismes de diffusion de ce discours ainsi que les stratégies dans lesquelles il s’inscrit, dans un contexte tant national que supra ou transnational, explorer les conditions dans lesquelles ce discours fonctionne et les raisons de son succès dans certaines sociétés ou institutions internationales, et étudier les alliances et les transferts entre religions.»

Programme et inscription sur le site de l’Université libre de Bruxelles.