Début mars, la Coordination lesbienne en France (CLF) a fait officiellement savoir qu’elle se retirait de l’Inter-LGBT. Dans une lettre adressée aux associations, les membres de la CLF ont donné les raisons de ce départ: «La Coordination Lesbienne en France a pris position contre les systèmes d’exploitation, de marchandisation et d’appropriation du corps des femmes et plus généralement de tous les êtres humains. Pour ces raisons nous sommes contre la légalisation de la gestation pour autrui (GPA ou mères porteuses) et contre le système prostitutionnel. Or, si l’Inter-LGBT, faute de consensus de la part des associations présentes, n’a jamais pris position sur la GPA ou la prostitution, il n’en est pas moins vrai qu’au sein de l’inter LGBT, certaines associations adhérentes, certes non majoritaires mais très actives, militent avec beaucoup d’ardeur en leurs faveurs.»

UN «DIVORCE LATENT» ENFIN «ACTÉ»
Contactées par Yagg, les trois co-présidentes Marie Josèphe Devillers, Jocelyne Fildard et Catherine Morin Lesech apportent des explications supplémentaires: «Nous avons pris cette décision lors de la dernière assemblée générale mais cette demande émanait déjà de certaines de nos membres depuis plusieurs années. Cette décision, nous l’avons ratifiée en novembre et nous l’avons ensuite signifiée à l’Inter-LGBT et avons communiqué auprès des autres associations.» Pour elles, il s’agit d’un «divorce latent» qui a finalement «été acté». De son côté, l’Inter-LGBT regrette cette décision de la CLF: «Évidemment, nous déplorons ce départ, affirme à Yagg Amandine Miguel, porte-parole chargée de la visibilité lesbienne. La CLF était une organisation importante au sein de l’Inter-LGBT, notamment à cause de ce déséquilibre dans la représentation des gays et des lesbiennes. Mais nous sommes assez surpris.e.s par les raisons invoquées.»

PARTIR POUR «NE PAS PRENDRE DE RISQUES»
«Il doit y avoir une incompréhension quant aux principes d’une interassociative, poursuit Amandine Miguel.

«Notre but n’est pas de perdre de l’énergie à tenter de trouver un consensus sur ce qui nous oppose mais plutôt de nous concentrer sur ce qui nous unit. Libre aux associations d’avoir leurs positions sur certains sujets. Par exemple, concernant la prostitution justement, certaines sont pour, d’autres contre, et enfin la majorité n’a pas de position.»

Pourtant les trois co-présidentes de la CLF n’en demeurent pas moins critiques sur ce qu’elles qualifient dans la lettre d’«absence de clarté»: «On ne peut pas prendre de risques à ce niveau-là, insistent-t-elles auprès de Yagg. Il nous parait important de montrer ce que veut notre association et être associées à ces deux sujets nous portait préjudice.» Elles pointent du doigt plusieurs associations de l’Inter-LGBT, qui selon elles sont «très actives» et font de la «propagande», du «lobbying» en faveur de la GPA et de la prostitution. Et si la plupart des associations de l’Inter-LGBT ne se sont effectivement pas prononcées sur ces sujets sensibles, il s’agit d’«une majorité silencieuse» pour la CLF.

LE DOUTE DE LA CLF SUR LA POSITION DE L’INTER-LGBT
«Nous n’avons pas de reproches à faire à l’Inter-LGBT assurent Marie-Josèphe Devillers, Jocelyne Fildard et Catherine Morin Lesech.

«Mais aujourd’hui nous ne sommes plus sur la même ligne politique à cause d’une divergence de positions concernant la légalisation de la gestation pour autrui (GPA) et le système prostitueur auxquels nous sommes opposées.»

Dans la lettre de retrait, la CLF fait aussi allusion à des représentant.e.s passé.e.s ou actuel.le.s de l’Inter-LGBT dont les positions n’auraient pas été si neutres sur les sujets de la prostitution et de la GPA: «Il n’était pas rare que nous soyons interpellées pour nous reprocher d’adhérer à « l’Inter-LGBT qui défend la GPA et la prostitution ». Cette ambigüité induit aussi un doute quant aux positions défendues par des représentants de l’Inter-LGBT lors de rencontres officielles avec les institutions et membres du gouvernement.» Une accusation que conteste formellement Amandine Miguel: «Il n’y a jamais eu aucun doute quant à l’absence de position de l’Inter-LGBT là-dessus.»

UNE LETTRE DÉJÀ OBSOLÈTE?
Pour la porte-parole chargée de la visibilité lesbienne, il est nécessaire de redonner un peu de contextes aux événements:

«Ce que dit la lettre de la CLF correspond aujourd’hui à quelque chose de passé. Leur décision s’est faite avant la restructuration de l’Inter-LGBT et la mise en place du travail de la délégation visibilité lesbienne, avant l’arrivée de nouvelles associations lesbiennes, affirme-t-elle en citant Gouine Comme un Camion, FièrEs, ou encore Barbi(e)turix. Aujourd’hui, la situation n’est plus du tout la même qu’au moment où elles nous ont fait parvenir cette lettre.»

Mais ce changement ne semble pas convaincre la CLF qui reste campée sur ses positions: «Nous sommes très contentes qu’Amandine Miguel et d’autres lesbiennes soient là pour promouvoir la visibilité lesbienne, mais désormais nous ne sommes plus sur le même combat que l’Inter-LGBT, nous sommes plus loin. Outre notre collaboration avec le mouvement féministe français, notre terrain d’implication, de revendication et d’actions est tourné de plus en plus vers l’international.» Malgré l’arrivée de nouvelles associations lesbiennes, les trois présidentes rappellent que l’Inter-LGBT reste majoritairement gay. «L’avenir nous dira comment les choses vont évoluer. Beaucoup de travail a déjà été accompli par le passé pour l’inclusion du L dans le militantisme LGBT.» Mais l’équilibre entre toutes les composantes des lettres LGBT ne semble pas atteint pour la CLF:

«D’ailleurs pourquoi y a-t-il aussi peu de lesbiennes à l’Inter-LGBT? Peut-être qu’elles ne se reconnaissent tout simplement pas dans ses revendications…»

Photo CLF