Au début de son engagement politique, Laurence Rossignol était militante à la Ligue Communiste Révolutionnaire, avant de rejoindre en 1981 le Parti socialiste, qui voulait alors «changer la vie». Quelques décennies plus tard, devenue secrétaire d’État à la Famille, elle déclare dans Métronews, à propos de la PMA, que la loi ne doit pas précéder les évolutions de la société. Laurence Rossignol ferme complètement la porte à toute évolution législative sur la question de la PMA, expliquant même que le «sujet sera longtemps en débat dans la société française».

Comment peut-on être féministe et refuser que les couples de femmes aient accès à un droit qui est reconnu aux femmes hétérosexuelles? Un droit qui est d’ailleurs acquis aux femmes espagnoles, belges, anglaises et autrichiennes, notamment. La PMA, François Hollande y était favorable puisqu’il déclarait dans Têtu trois semaines avant le premier tour de la présidentielle: «Oui, je l’ai dit. Aux conditions d’âge bien sûr, je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental.» Lors du meeting de l’égalité en mars 2012, Najat Vallaud Belkacem affirmait que la PMA ferait partie du package législatif. Le texte est prêt, expliquait-elle devant une assistance qui l’a crue sur paroles. Doit-on rappeler à Laurence Rossignol qu’une grande majorité de Français.e.s sont favorables à la PMA (57% selon un sondage de février 2014)?

Ce qu’il y a de tout aussi grave dans ses propos, c’est sa manière régressive de voir le sens de l’action politique. Si la loi avait dû attendre l’évolution de la société, combien d’années aurions-nous perdues en ce qui concerne, au choix, le vote des femmes, la loi sur l’avortement, la dépénalisation de l’homosexualité, l’abolition de la peine de mort (to be continued)? L’abolition de la peine de mort, une grande majorité y était hostile, cela n’avait échappé à personne à l’époque. Chaque combat qui a été mené a connu ses opposant.e.s, parfois très virulent.e.s. Mais le législateur est là pour réparer des injustices, pour faire cesser des discriminations, pour que la devise de la République s’applique à toutes et à tous. Au risque de déplaire.

Au lieu de défendre une mesure d’égalité et de justice, Laurence Rossignol préfère recevoir la «Manif pour tous», ce rassemblement hétéroclite mais très déterminé qui s’oppose à ce que tou.te.s les citoyen.ne.s aient les mêmes droits. La «Manif pour tous» et son rejeton L’Avenir pour tous ont joué pendant des mois avec des peurs irrationnelles, et avec une homophobie alimentée pour beaucoup par des croyances religieuses. On sait désormais que les portes des ministères sont grandes ouvertes pour celles et ceux qui veulent une société où seul.e.s les hétérosexuel.le.s auraient accès au mariage et à l’adoption. Et qui sont prêt.e.s à la violence pour défendre leur pré carré. Dont acte.

Un an après le vote de la loi sur le mariage, nous célébrons une grande victoire, mais nous ne pouvons pas taire ce sentiment d’amertume et d’inachevé. Il faut se rendre à l’évidence: si le gouvernement poursuit dans son refus d’ouvrir la PMA aux lesbiennes et aux bies, c’est toute une génération qui se verra privée de la possibilité d’élever des enfants. Sauf pour celles qui auront les moyens financiers – conséquents – pour entreprendre une PMA à l’étranger. Parce que ce n’est pas la droite, qui a toutes les chances de repasser en 2017, qui votera cette loi.

Droits des trans’, lutte contre le VIH, droits des familles homoparentales, PMA sont les grandes priorités des associations LGBT, qui semblent peu audibles en ce moment. En déclarant que le moment n’était pas venu de légiférer sur la PMA, Laurence Rossignol gifle des milliers de femmes et foule aux pieds l’histoire militante de ces 40 dernières années.

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