Rencontre avec Pierre-Yves Cardinal pour le… par yaggvideoL’acteur québécois Pierre-Yves Cardinal était en visite-éclair en France pour présenter le quatrième long-métrage de Xavier Dolan, lors du Festival 2 Valenciennes en mars dernier. L’occasion pour Yagg de rencontrer ce nouveau visage du cinéma québécois, qui tient dans Tom à la ferme un rôle particulièrement complexe au cœur d’un thriller âpre et étouffant. Il incarne Francis, le frère de Guillaume, l’amant décédé de Tom (joué par Xavier Dolan), un homme brutal prêt à tout pour dissimuler à sa mère l’homosexualité de son frère et donc la vraie nature de sa relation avec Tom. Entre les deux hommes, se noue progressivement une relation malsaine entre fascination et répulsion, attirance et dégoût dans ce huis-clos, où d’abord pris au piège, Tom s’englue peu à peu de son plein gré et se prête au jeu du mensonge initié par Francis. Adapté d’une pièce de Michel Marc Bouchard, Tom à la ferme aborde autant la question du deuil et du souvenir que celui d’une dualité entre deux mondes, dont la confrontation sera forcément violente.

Avec Tom à la ferme, Xavier Dolan change de cap après trois premiers films (J’ai tué ma mère, Les Amours imaginaires et Laurence Anyways) qui ont tour-à-tour charmé ou agacé le public et la critique. Sans tourner le dos à son sens aigu de l’esthétique, il l’utilise au contraire cette fois-ci au service d’un film envoûtant en forme de thriller psychologique au fin fond du Québec, loin des décors colorés et lumineux et des musiques pop et branchées, dans une ferme rustique noyée dans la boue et le brouillard.

D’abord un peu effrayé par ce personnage de tyran, Pierre-Yves Cardinal est parvenu à livrer une performance impeccable dans ce face-à-face avec Xavier Dolan. Aiguillé par ce réalisateur réputé tatillon, il explique sa collaboration: «Les gens qui font un travail de qualité sont forcément exigeants, ça va ensemble, mais Xavier est aussi très généreux et précis dans ce qu’il recherche et dans sa façon de diriger et de nous donner dans certaines scènes des indications très minutieuses. Dans d’autres, au contraire, il était précis dans ce qu’il recherchait comme énergie, il nous donnait alors beaucoup de latitude. Il venait tout le temps nous dire quand on avait une bonne prise, alors c’était facile de prendre confiance.» Difficile de jouer avec celui qui se trouve aussi derrière la caméra?

«Quand Xavier réalisait, il réalisait. Et quand il jouait, il jouait, donc il n’y avait pas d’ambivalence. Dès les répétitions, il m’a dit « quand tu me regardes et qu’on joue, interprète-le comme le personnage, ne t’embarque pas dans le doute ». Parce qu’il y a un piège là-dedans je pense, si on se met à « paranoïer », le cerveau est pollué de réflexions inutiles pour le jeu. On a réussi à éviter cet abyme-là.»

Xavier Dolan et Pierre-Yves Cardinal ont reçu tous les deux le Prix d’Interprétation masculine et le film a été récompensé du Prix de la critique au Festival de Valenciennes.

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