L’émission Ru Paul’s Drag Race est sous le feu des critiques depuis la mi-mars en raison de l’utilisation de plusieurs termes jugés transphobes lors des différentes épreuves de l’émission. Lors d’un défi, des participants devaient deviner à partir de photos en très gros plan sur des parties de corps des personnes célèbres si ces personnes étaient des «female» (pour désigner les femmes cisgenres), ou des «she-male» (pour désigner les drag queens). Associations et militant.e.s se sont offusqués de voir ce second terme utilisé de façon aussi désinvolte alors qu’il est autrement plus souvent perçu comme une insulte et utilisé contre des femmes trans’ au quotidien. Est aussi visé un jingle de l’émission jouant sur un jeu de mot: « «You’ve got a she-mail».

RÉACTION DE LA GLAAD
C’est notamment la Gay & Lesbian Alliance Against Defamation (Glaad), qui a tiré la sonnette en rappelant l’importance des mots, particulièrement concernant les discriminations: «Depuis 1999, nous avons établi dans notre Guide de référence des médias que les insultes anti-trans étaient diffamatoires: « Ces mots ne servent qu’à déshumaniser les personnes trans’ et ne doivent pas être utilisées. » La chaîne et les producteurs de l’émission nous ont entendu, ainsi que tou.t.e.c ceux/celles qui se sont exprimé.e.s. C’est un message que l’équipe de la Glaad (personnes trans’ et cis) ont partagé avec un nombre incalculable de producteurs/trices, journalistes, célébrités, et de responsables dans les médias, qu’ils/elles soient LGB ou hétéros.»

«GRATUIT ET INUTILE»
En effet, des fans de l’émission ont parfois eux/elles-mêmes ressenti une profonde gêne à l’égard de certains mots: «Je crois que beaucoup des fans de Drag Race diront que je prends ça trop au sérieux; Ru lui-même le dirait, soutient Rafi D’Angelo, dans son blog Outward. Mais je ne peux m’empêcher de trouver gratuit et inutile de continuer à exploiter ces vieux stéréotypes blessants alors que le jeu aurait pu simplement s’appeler « Woman or Drag Queen » [Femme ou Drag Queen] Pourquoi regardons-nous ailleurs quand RuPaul utilise « shemale » dans chaque épisode?»

COUTUMIER DES INSULTES TRANSPHOBES
Car un autre problème se pose: ce n’est pas la première fois que RuPaul est pointé du doigt pour avoir à plusieurs reprises tenu des propos transphobes. Il revendique notamment d’adorer utiliser le mot «tranny» (qui équivaut à travelo en français), un terme condamné au même titre qu «she-male» par les associations trans’ et par la Glaad. Lors d’une interview publiée sur le Huffington Post en 2012, il affirmait par ailleurs que chacun devait gérer de façon individuelle la réception des insultes dont chacun.e peut faire l’objet: «Si quelqu’un vous traite de martien vert, vous seriez offensé? Non. Pourquoi? Parce que vous n’êtes pas un martien vert. Mais si vous vous sentez insulté par quelqu’un qui vous traite de « travelo », c’est seulement parce que vous croyez que vous l’êtes! (rires) Alors voilà la solution: posez-vous des questions sur ce qui ferait de vous un travelo.»

LES EXCUSES DE LOGO, L’INDIFFÉRENCE DE RUPAUL
Suite au tollé provoqué par l’émission, une réaction effective est finalement tombée le 14 avril, de la part de la chaîne Logo: «Nous voulons remercier la communauté d’avoir partagé ses inquiétudes à propos d’un sujet et l’utilisation du terme «she-male» dans Drag Race. Logo a retiré l’épisode de toutes ses plateformes et cette épreuve n’apparaitra plus. De plus, nous retirons l’intro de «You’ve got a she-mail» des nouveaux épisodes de la série. Nous n’avions pas l’intention d’offenser qui que ce soit, mais rétrospectivement nous comprenons que cela manquait d’égards. Nous présentons sincèrement nos excuses.» Mais ce qui continue d’agacer une partie de la communauté trans’, c’est le silence assourdissant de RuPaul. La célèbre drag-queen ne s’est quasiment pas exprimée sur la polémique et certaines réclament désormais des excuses, après que Logo ait décidé d’agir. C’est sur Twitter qu’il a seulement émis une réaction laconique, avec une référence littéraire en guise de commentaire:

Le livre d’Orwell, La Ferme des animaux: Les rebelles en avaient oublié l’objet de leur révolution #labibliothèqueestouverte

«RUPAUL N’EST PAS TRANS’»
Pour Brynn Tannehill, l’accusation de chercher à sur-contrôler le discours autour des questions LGBT ne tient pas. C’est pourtant l’un des arguments de ceux et celles, y compris dans la communauté trans’ qui ont pris la défense de RuPaul. La militante affirme cependant qu’il n’a pas à décider de ce qui est politiquement correct à la place des individus: «RuPaul n’est pas trans’ et ne se définit pas comme tel. Pourtant, il a décidé qu’il pouvait dicter quel langage est offensant pour les personnes trans’, un groupe qui n’est pas le sien. Imaginez un instant si un des membres les plus importants et populaires de la communauté trans’ encourageait les hétéros à dire le mot « pédé » pour parler des hommes gays. Imaginez qu’ils refusent de revenir sur l’utilisation de ce mot. Y’aurait-il un débat similaire? Bien sûr que non. Et voilà où nous en sommes parce que certain.e.s confondent drag queens et trans’.»