«Il est rare que notre société prenne conscience ou se soucie de prendre conscience des traumatismes, de la souffrance et de la peine que subissent les membres de la communauté transgenre et qu’elle prenne en compte le ressenti des membres de cette communauté, particulièrement de ceux dont l’esprit et l’apparence sont en contradiction avec leur sexe biologique.»

C’est par ces mots que commence l’arrêt rendu ce mardi 15 avril par la Cour suprême indienne, dans lequel celle-ci ordonne au gouvernement la création d’un troisième genre pour les personnes trans’. La Cour poursuit: «Notre société les ridiculise et inflige des violences à la communauté transgenre dans les lieux publics comme les gares, les arrêts de bus, les écoles, au bureau, dans les centres commerciaux, les cinémas, les hôpitaux où les trans’ sont mis.es de côté et traité.e.s comme des intouchables, occultant le fait que l’échec moral réside dans le refus de la société d’accepter et d’accueillir les différentes identités et expressions de genre, et c’est un état d’esprit que nous devons changer.»

«JE ME SENS FIÈRE D’ÊTRE INDIENNE»
Au terme de 130 pages, les juges ont décidé que les personnes trans’ devront bénéficier de mesures de discrimination positive, au même titre que les autres minorités, notamment en ce qui concerne l’éducation et l’accès à des emplois dans la fonction publique ou encore la sécurité sociale. La Cour a également ordonné que des mesures soient prises pour lutter contre le VIH au sein de cette population très touchée et a recommandé au gouvernement d’agir contre la transphobie et ses conséquences sur les personnes trans’ (peur, honte et tendances suicidaires entre autres). L’exécutif dispose désormais de six mois pour mettre en œuvre les injonctions du pouvoir judiciaire.

Cet arrêt est considéré comme une victoire pour les militant.e.s trans’. À la tête d’un collectif, l’actrice Laxmi Narayan Tripathi avait commencé les premières démarches juridiques en 2012. «Aujourd’hui, pour la première fois, je me sens fière d’être Indienne, a-t-elle déclaré selon Associated Press. Mes sœurs et moi sommes si heureuses que ces droits nous aient été accordés par la Cour suprême! Les progrès d’un pays se mesurent à l’aune des droits humains de son peuple et nous sommes très satisfait.e.s de cette décision.» «La reconnaissance des transgenres comme appartenant à un troisième sexe ne relève pas des sujets sociaux ou médicaux, mais des droits humains, a précisé le juge K. S. Radhakrishnan (photo) lors de l’annonce du jugement. Les transgenres sont des citoyen.ne.s de ce pays et ont le droit d’accéder à l’éducation et à tous les autres droits.»

La Cour suprême a par ailleurs indiqué que la loi pénalisant l’homosexualité a été utilisée à mauvais escient lorsque des trans’ en ont fait l’objet. Elle a spécifié que seules les personnes trans’ bénéficient sont concernées par la décision rendue aujourd’hui, et que les personnes lesbiennes, gays ou bi.e.s ne peuvent bénéficier des mêmes protections car elles ne subissent pas les mêmes discriminations. Le jugement de la Cour indienne intervient après que le Népal et l’Australie ont ouvert une troisième voie pour les personnes qui ne souhaitent pas être identifiées comme «homme» ou «femme». En Allemagne, une nouvelle possibilité a également vu le jour pour les enfants intersexes.

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