Ceux qui menacent Zak Ostmane de mort se manifestent surtout sur les réseaux sociaux, «mais ils peuvent passer à l’action», prévient-il. Auteur d’un manifeste pour la dépénalisation de l’homosexualité en Algérie, ce militant gay s’est engagé dans le mouvement «Baraket» («Ça suffit», en français) pour exprimer son opposition à la réélection – attendue – d’Abdelaziz Bouteflika (photo) ce jeudi 17 avril.

INTIMIDATIONS
«Je me sens traqué, on me prend en filature et sur les réseaux sociaux, je reçois des menaces de mort, témoigne Zak Ostmane. Une forme de psychose s’est installée. Je ne prends jamais le même itinéraire, je ne sors plus seul. Le mouvement Baraket représente une frange de la jeunesse qui s’oppose au régime. On y recense des écrivains ou des journalistes, par exemple. Mais les partisans de Bouteflika se servent de ma vie privée pour m’intimider.» Sur le site Algérie Focus, un article est consacré à la «chasse aux sorcières» que mènent les soutiens du régime. «Il faut le tuer ce mec, quand on est ennemi de l’Etat, on est ennemi du peuple», a ainsi écrit un internaute sous une photo de Zak Ostmane.

Ce n’est pas la première fois que l’homosexualité supposée d’une personne est mise en avant pour lui nuire. Début février, le secrétaire du Front de libération nationale Amar Saïdani a été accusé de vouloir s’en prendre au chef du service de renseignements. «Quand un homo provoque un homme», avait alors titré le Jeune Indépendant en livrant ensuite des explications quelque peu confuses à Jeune Afrique. Selon Zak Ostmane, quand ce type d’affaires concerne des personnalités au pouvoir, elles sont rapidement étouffées. Lui-même est moins à l’abri: «Il y aura peut-être des représailles après les élections, redoute-t-il, comme ce fut le cas en 2004 pour le directeur du quotidien Le Matin, Mohamed Benchicou.» Rien à voir avec l’homosexualité, mais celui-ci a été condamné à deux ans de prison pour «infraction régissant le contrôle des changes et les mouvements des capitaux», rapporte Afrik.com, mais Zak Ostmane reste persuadé que ce sont les articles publiés par le journal qui ont irrité le pouvoir.

Âgé de 77 ans, Abdelaziz Bouteflika est apparu dans trois vidéos au cours de la campagne présidentielle. Il semblait à chaque fois affaibli. Il n’a pas été vu en public depuis 2012. Il se présente pour un quatrième mandat.

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