Avec une pleine page dans le New York Times, le pape François devrait difficilement pouvoir passer à côté de l’interpellation que lui a adressée le directeur exécutif du Ali Forney Center. Cette organisation est la plus importante structure d’accueil des jeunes LGBT rejeté.e.s par leur famille à New York. Lui-même catholique et ancien moine bénédictin, Carl Siciliano a écrit une lettre ouverte au pape dans laquelle il lui demande de mettre un terme aux enseignements de l’Église catholique sur l’homosexualité.

DES CHIFFRES ALARMANTS
«Je vous demande de prendre au plus vite des mesures pour protéger [les jeunes] des conséquences dévastatrices du rejet religieux, qui est la raison la plus répandue lorsque des jeunes sont mis.es à la porte par leur famille, avance Carl Siciliano. Au cœur du problème, il y a l’église qui enseigne que l’homosexualité est un péché et qu’être homo relève d’un comportement désordonné. J’espère que si vous comprenez à quel point cet enseignement brise des familles et provoque la souffrance d’enfants innocents, vous mettrez fin à cet enseignement et ferez en sorte que vos évêques cessent de lutter contre l’acceptation des personnes LGBT dans notre société en tant que personnes dignes d’accéder aux mêmes droits.»

Le militant a par ailleurs rappelé qu’au moins 200000 jeunes LGBT ont été mis.es à la rue l’an dernier. Les jeunes homos, bi.e.s et trans’ ne représentent selon lui que 5% des jeunes Américain.e.s, mais représentent 40% des sans-abris. Le message que délivre l’église occupe pour lui un rôle central: «L’église catholique romaine est la plus vaste et la plus influente organisation chrétienne au monde. Enseigner que l’homosexualité est un péché et que l’orientation homosexuelle est désordonnée pousse de nombreux parents et des familles à travers le monde à rejeter leurs enfants. Au nom de ces enfants, et à la lumière de l’amour et de la compassion qui sont au cœur du message de Jésus, je vous demande de mettre un terme à cet enseignement.»

UNE INVITATION
Carl Siciliano a convié le pape à venir dans les locaux du Ali Forney Center à New York pour y rencontrer les jeunes accueilli.e.s par l’association. Dans sa lettre ouverte, il évoque déjà quelques cas: «Justin, dont la mère, avant de le mettre dehors, a demandé à un prêtre de le maintenir au sol et a essayé de faire sortir le démon de ce jeune de 16 ans. Ou Terry, qui a été envoyé dans une classe religieuse catholique où l’enseignant.e l’a mis de côté comme étant « possédé par des démons ». Quand sa mère l’a jeté dehors, elle a dit qu’elle préférait qu’il meure dans la rue plutôt qu’il ne vive chez elle. Je me souviens de Maria, dont la famille l’a conduite dans une forêt loin de chez elle et l’a abandonnée, la jetant hors de la voiture parce qu’être lesbienne faisait d’elle une personne « mauvaise ». Je pense au garçon dont je n’ai jamais appris le nom et dont le père était si dégoûté par l’homosexualité qu’il a mis son fils à la porte et lui a dit qu’il le tuerait et l’enterrerait dans le jardin s’il essayait de revenir.»

Au lieu de la doctrine actuellement professée par l’église, le militant catholique invite le pape à revenir au cœur de l’évangile: «On n’a jamais retrouvé la moindre trace d’un jugement ou d’une condamnation de l’homosexualité ou des personnes LGBT par Jésus-Christ. Il a parlé d’un Dieu aimant, compatissant, et il a demandé à ses disciples d’agir avec amour et compassion. Jésus a parlé de Dieu comme d’un parent aimant qui n’abandonne jamais ses enfants.» Soucieux de soigner son image et d’offrir un visage affable, le pape François répondra très certainement à cette sollicitation. Il semble toutefois plus ardu d’imaginer une réforme des enseignements de l’église sur ces sujets où le prélat s’est montré très proche de ses prédécesseurs.

lettre au pape jeunes LGBT

Via Towleroad.

Photo Casa Rosada