Cela ne s’arrange pas du côté de Chéries-Chéris. Quelques mois après la controverse autour de l’éviction de Pascale Ourbih du poste de présidente de l’association du Festival du film gay et lesbien de Paris (FFGLP) qui produit le festival Chéries-chéris, la tension est montée d’un cran après que Pascale Ourbih a communiqué autour de sa réélection par un nouveau bureau le 24 février dernier. Une nouvelle qui ne passe pas auprès des membres de l’association qui affirment l’avoir radiée en novembre dernier.

RADIÉE PAR UN BUREAU ILLÉGITIME
Pour Pascale Ourbih, il n’y a pas à revenir sur sa réélection en tant que présidente: «Laurent Bocahut, qui ne fait plus partie de l’association, a été élu par des personnes qui n’en font plus partie non plus», martèle-t-elle auprès de Yagg. Par conséquent, sa radiation à elle n’a pas eu lieu et c’est toujours au titre de présidente qu’elle a convoqué une assemblée générale le 24 février dernier, dans le but d’élire un nouveau bureau. «Ce nouveau bureau a été validé par la Préfecture de police», affirme Pascale Ourbih. Qu’en est-il alors de l’élection qui s’est tenue en novembre dernier? «Une élection annule la précédente, assure-t-elle, vu que les clauses n’ont pas été respectées. On m’a dit que je pouvais porter plainte, mais je ne souhaite pas le faire pour le moment, tant qu’ils ne nuisent pas à l’association.» Pour Pascale Ourbih, il est avant tout temps de se consacrer pleinement à la préparation de la prochaine édition du festival, qui fêtera cette année ses vingt ans.

PLAINTE POUR USURPATION CONTRE PASCALE OURBIH
Mais du côté du bureau élu en novembre dernier, qui compte Laurent Bocahut, Fabien M. et Julien Navarro, ce communiqué de Pascale Ourbih est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Dans un communiqué publié le 10 avril à l’attention des partenaires, ils démentent formellement l’élection de Pascale Ourbih et pointent du doigt certains comportements de l’ancienne présidente. «Depuis novembre dernier, la situation s’est dégradée», affirme Laurent Bocahut auprès de Yagg, qui explique que l’ancienne présidente s’obstine à agir comme si elle détenait encore certains prérogatives.

«Mme Ourbih, n’ayant admis aucune de ces décisions de son conseil d’administration, a continué à se présenter et à agir en toute illégalité comme dirigeante de l’association, refusant de rendre ses comptes à notre cabinet comptable, refusant de rendre les clefs de boîte à lettres au Centre LGBT et refusant même de rendre à notre banque, le Crédit Agricole, les moyens de paiement qu’elle a continué à utiliser, énumère le communiqué. Au cours des derniers mois le comportement de Mme Ourbih ayant été de nature à porter un préjudice toujours plus grave à l’association FFGLP et à son festival Chéries-chéris, une action en justice est aujourd’hui entreprise pour faire cesser ses agissements.»

Laurent Bocahut a en effet fait savoir à Yagg qu’une plainte pour usurpation allait être déposée.

«REINE DES ABEILLES»
Il conteste en outre les preuves apportées par Pascale Ourbih: «Comme si l’association s’était dissoute sous ses pieds, elle s’est prise pour la reine des abeilles et a reconstitué un essaim autour d’elle», s’étonne-t-il. Toujours dans le communiqué qu’il a fait parvenir aux partenaires, il analyse comment Pascale Ourbih tente de reprendre la main sur l’association: «Le conseil d’administration a été totalement renouvelé et plus aucun des anciens membres n’en fait partie. Seule Mme Ourbih assurerait cette continuité. Or Madame Ourbih ne fait plus partie du FFGLP depuis le 22 novembre 2013, et de plus, cette liquidation de tous les membres de l’association en l’espace de quelques mois n’est attestée par aucun procès-verbal des deux AG précédentes. Rien ne lui permettait d’effectuer cette déclaration. Ce document est une déclaration usurpatoire.»

PASCALE OURBIH PROPRIÉTAIRE DU NOM CHÉRIES-CHÉRIS
Pourtant, d’après Pascale Ourbih, le nouveau bureau élu le 24 février a bien été déclaré à la Préfecture. «Déclaré, oui mais pas validé, note Laurent Bocahut. La Préfecture enregistre, mais elle ne valide pas. Ce n’est pas la dernière personne qui parle qui a forcément raison!» Il dénonce aussi plusieurs manœuvres de Pascale Ourbih en vue de s’approprier le festival, comme par exemple le fait qu’elle ait inscrit à son nom, et non à celui de l’association, l’appellation Chéries-chéris à l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi). Pour Laurent Bocahut, Pascale Ourbih était «une menace» au bon fonctionnement du festival: «C’est pour cela que nous l’avons destituée en novembre dernier.»

« UNE IMAGE LAMENTABLE DE NOTRE COMMUNAUTÉ »
Depuis plusieurs mois, il est donc difficile pour les partenaires du festival de s’y retrouver entre Pascale Ourbih, radiée mais toujours présidente, et Laurent Bocahut, élu mais contesté. Ces quiproquos vont-ils coûter cher à la prochaine édition de Chéries-chéris?

«Ce qui se passe est profondément injuste pour le festival et surtout pour le public, déplore Laurent Bocahut, qui regrette profondément la tournure des évènements. Si tout ça pouvait s’arrêter en un claquement de doigts, je le ferai. Aujourd’hui, tout a été pris dans une énergie de destruction, ce qui donne une image lamentable de notre communauté.»

Photos Laurent Bocahut / Xavier Héraud (Pascale Ourbih)