Plus de 1400 adhérent.e.s, environ 400 bénévoles, 17 délégations régionales, plus de 15 000 élèves sensibilisé.e.s à l’homophobie et la transphobie dans plus de 200 établissements scolaires répartis sur 14 académies. Depuis sa naissance le 11 avril 1994, l’association SOS homophobie, qui n’était qu’une ligne d’écoute à l’origine, a bien grandi. Fondée par un groupes de militant.e.s de la Fraction armée rose (FAR), dix ans après SOS Racisme en 1984, l’idée initiale de l’association est de créer une ligne d’écoute anonyme (N° Azur 0-810-108-135) sur le modèle de ce qui se faisait à Berlin ou New York tout en recensant les marques d’homophobie sous la forme d’un observatoire et en militant aux côtés des autres associations pour les droits des lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’.

DES MISSIONS TOUJOURS PLUS DIVERSIFIÉES
Mais 20 ans plus tard, force est de constater que les standards de la ligne ont explosé et que l’association s’est considérablement développée sur le territoire national. Lancé pour la première fois en 1997, le rapport annuel de SOS homophobie recense par exemple le nombre de témoignages reçus sur le la ligne d’écoute et permet de se faire une idée du nombre d’actes (propos ou agressions) homophobes et transphobes.

Rien que pour l’année 2012, 1977 témoignages ont d’ailleurs été recueillis dans le dernier rapport rendu public en mai 2013, soit une augmentation de 27% par rapport 2011. Mais les chiffres sont à nuancer. «Le nombre de témoignages augmente car la parole des victimes s’est libérée», explique Yohann Roszéwitch, dixième président (depuis quelques semaines) de SOS homophobie.

À la mission d’observatoire de l’association s’est ajoutée en 2004 une nouvelle dimension dans la lutte contre les LGBTphobies: les interventions en milieu scolaire ou IMS. Agrée par le ministère de l’Éducation nationale, SOS homophobie, grâce à ses bénévoles et ses 17 délégations, sillonne les collèges et les lycées de France pour déconstruire les clichés sur les personnes LGBT dans un esprit de dialogue et d’écoute. Et, la plupart du temps, les résultats sont satisfaisants.

«Chaque année les régions sont majoritaires en nombre d’IMS par rapport à Paris. Et on en fait plus en banlieue», tient à souligner le jeune président. «On a également essayé de diversifier les activités avec des actions de lutte pour l’égalité. Mais le développement des délégations est assez récent: il s’est fait dans les quatre ou cinq dernières années. Dans les régions de l’Ouest comme en Bretagne, ça pêche encore un peu», poursuit-il.

«Aujourd’hui, on a une vraie légitimité auprès des pouvoirs publics et de nos partenaires associatifs.»

LES LGBTPHOBIES TOUJOURS AUSSI VIOLENTES
Le visage de l’homophobie a-t-il changé pour autant changé 20 ans plus tard? Yohann Roszéwitch est partagé. «La société a changé: on ne peut pas nier qu’il y a eu de grandes évolutions dans le regard des gens et dans la loi avec le Pacs en 1999 ou le mariage pour tous en 2013, et même si on a encore des choses à faire et de fortes revendications comme le changement d’état civil libre et gratuit pour les personnes trans’.» Le président fraîchement élu ajoute:

«Sur l’homophobie, les lois ont permis de faire évoluer la société. Mais ces derniers mois, on a vu que l’homophobie pouvait se décomplexer, dans toutes les sphères de la société.»

Et de rappeler les dernières sorties et agressions homophobes de ces dernières semaines: «L’homosexualité est plus acceptée aujourd’hui, mais l’homophobie est toujours présente et encore très violente. On l’a encore vu avec les propos de Christine Boutin. On a aussi eu ces dernières semaines des agressions très graves pour lesquelles SOS homophobie se porte partie civile

Fière de ses 20 ans, l’association en ce 11 avril 2014 a reçu «beaucoup de messages de soutien», souligne le président-militant. Mais pour poursuivre ses missions, SOS homophobie a besoin d’adhérent.e.s. «On vit essentiellement des adhésions et des dons, et c’est pour ça qu’on appelle à adhérer», interpelle Yohann Roszéwitch. Il conclut: «On a senti une grande mobilisation au moment des débats sur le mariage pour tous. Là, on est entré dans une nouvelle période, avec des renoncements du politique, donc on essaie de recréer une dynamique pour avoir des soutiens.» Et le message est entendu. Car on est bien sérieux quand on a plus de 20 ans.

Photo Kenji-Baptiste Oikawa