[mise à jour, 15h40] Ajout des réactions de Christine Boutin et Xavier Dolan.

Des mots de trop. Après les déclarations de Christine Boutin, ancienne ministre et députée, fondatrice du Parti chrétien démocrate (PCD) qui qualifient l’homosexualité d’ «abomination» dans un long entretien au magazine Charles paru mercredi 2 avril, l’Inter-LGBT a déposé plainte vendredi 11 avril à 10h au commissariat du XVIe arrondissement de Paris. Les motifs retenus pour la plainte sont la «diffamation» et l’«incitation à la haine» en raison de l’orientation sexuelle et ils se fondent sur les articles 23, 33 et 34 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, repris par le Code pénal. Les peines prévues pour incitation à la haine peuvent aller jusqu’à 45 000 euros d’amende.

Après une semaine de réflexion et avec l’accord unanime de son Conseil d’administration, l’Inter-LGBT, par l’intermédiaire de son président Jérôme Beaugé, a donc décider de saisir la justice et se portera partie civile devant le tribunal correctionnel si la plainte est retenue. Après plus de deux heures de procédure au commissariat, Nicolas Rividi (photo, à gauche) porte-parole de l’Inter-LGBT en charge de la lutte contre les discriminations, explique la démarche de l’association: «Nous n’avons pas voulu être dans la précipitation, mais le faire de manière réfléchie». Il poursuit : «Ce qu’on attend, c’est que la justice fasse son travail. Il y a des lois, en France, qui condamnent l’homophobie et des lois qui condamnent les propos diffamatoires».

«Pour l’inter-LGBT, les propos que Mme Boutin a tenus sont inacceptables. Ils constituent une attaque envers les personnes homosexuelles sous couvert d’avoir un avis sur l’homosexualité. Quand elle attaque l’homosexualité, elle attaque les personnes lesbiennes, gays, bi.e.s et trans’.»

«CHRISTINE BOUTIN SERA CONDAMNÉE»
Sur l’aboutissement de la procédure, Jérôme Beaugé (photo, à droite) est pour sa part catégorique: «La question n’est pas de savoir si ça a des chances d’aboutir : ça doit aboutir. Si jamais aujourd’hui les propos de Christine Boutin ne sont pas sanctionnés et qu’elle n’est pas condamnée, ça veut dire que la justice cautionne l’homophobie qu’elle prononce. Donc pour moi, il n’y a pas de questions à se poser: elle sera condamnée.» Il ajoute : «Le magistrat a directement été interrogé pour un avis, donc le dépôt de plainte part dès cet après-midi par porteur au procureur pour l’instruction du dossier».

Lors du dépôt de plainte, les deux militants étaient accompagnés de l’avocate Karine Geronimi, qui les a aidés à formuler la plainte. « Nous souhaitons grandement que la plainte aboutisse et que Mme Boutin cesse enfin une fois pour toutes ses attaques homophobes, a-t-elle revendiqué, vindicative.

«On ne peut pas aujourd’hui dans un État de droit et un État laïc se servir de la religion pour faire passer des idées qui sont totalement contraires aux valeurs de la République et à la dignité humaine.»

De leur côté, des citoyen.ne.s emmené.e.s par la militante Isabelle Bonnal à Marseille ont choisi de se mobiliser pour porter plainte collectivement le mercredi 30 avril grâce à une lettre type à envoyer au Procureur de la République. La dernière sortie homophobe de Christine Boutin n’a donc laissé personne indifférent. Même pas le réalisateur québécois ouvertement gay Xavier Dolan qui l’interpelle sur Twitter:

 

GRAND RÉTROPÉDALAGE
En début d’après-midi, après le dépôt de la plainte, l’ancienne présidente du PCD a souhaité revenir sur ses propos. Dans un communiqué adressé à l’AFP, elle écrit: «Suite aux réactions nombreuses qu’ont suscité les propos que j’ai tenus dans une interview au magazine Charles, j’admets que le mot « abomination », sorti de son contexte originel et du texte complet prononcé dans lequel il se trouvait, ait été un propos maladroit». Christine Boutin ajoute:

«Je n’ai proféré aucune attaque personnelle et regrette que le sens de mon propos ait pu être mal compris, voire blesser. Il n’y avait là aucune intention de porter atteinte à quiconque.»

Et de s’en prendre ensuite au «mouvement LGBT»: «Il n’y a là que la poursuite de son combat contre toutes les valeurs de promotion de la famille et de la défense du plus fragile, affirme-t-elle, en l’occurrence l’enfant, que je porte indéfectiblement en politique depuis toujours. La gauche porte une idéologie que je condamne. Ce n’est pas nouveau.» Affaire à suivre donc.

Photo Florian Bardou