Le magazine The European a donné la parole à des journalistes, des essayistes, des militant.e.s et des responsables politiques dans le cadre d’un débat sur les bienfaits qu’apporte l’homosexualité à une société. Dans ce débat, une seule personne estime qu’il faudrait accorder moins de droits aux gays et aux lesbiennes: il s’agit de Béatrice Bourges, la leader du Printemps français. Selon elle, accorder l’égalité aux homosexuel.le.s accroîtra leur nombre. Elle n’hésite pas à citer en modèle l’exemple russe: «Le président russe Vladimir Poutine a eu raison de faire passer des lois controversées pour restreindre les droits des homos. Il considère, tout comme moi, que le mariage et l’adoption ne sont pas des droits absolus. Ils sont liés à certaines conditions que ne remplissent pas les couples de même sexe.»

Cinq autres personnes prennent la parole et tiennent un discours plus positif mais également plus sensé. Le Portugais Miguel Vale de Almeida souligne ainsi qu’ouvrir le mariage est une étape primordiale dans la fin des discriminations car «celles-ci reposent précisément dans le silence et l’invisibilité à laquelle on condamne les émotions, la sexualité et les relations des gays et des lesbiennes», écrit-il. L’Allemand Volker Beck abonde dans le même sens, estimant que les unions civiles ne suffisent pas: «Les droits humains des minorités sont absolus, et il ne peut y avoir « un petit peu d’égalité », plaide-t-il. Les compromis juridiques comme l’Eingetragende Lebenspartnerschaft (l’union civile) ne peuvent par conséquent être que des solutions intermédiaires.» Il postule par ailleurs que la réussite économique des États passe par la reconnaissance de la diversité et la fin des discriminations.

Il importe toutefois de ne pas lancer la pierre aux pays qui n’ont pas emprunté la voie de l’égalité des droits, rappelle le Britannique Lance Price. Peu d’États peuvent se targuer d’avoir une longue tradition de protection des personnes LGBT et ce sont justement les puissances coloniales qui ont pris soin d’exporter des lois discriminantes. Des 53 pays du Commonwealth, 41 pénalisent l’homosexualité, souligne-t-il. Mais si l’homosexualité est bénéfique pour l’ensemble de la société, c’est qu’elle sert de marqueur, explique-t-il avant de citer l’activiste Peter Thatchell sur le fait les LGBT sont «les canaris des mines». «Quand les LGBT sont menacé.e.s, c’est la preuve d’une atmosphère empoisonnée où toutes les minorités, et finalement, la société dans son ensemble, sont en danger», explique Lance Price avant de préciser qu’il n’y a pas de droits spécifiquement réservés aux LGBT: «Les homosexuel.le.s et les transsexuel.le.s ne demandent pas de droits spéciaux ou de privilèges, mais simplement d’être traité.e.s comme tout le monde.»

Pour l’Américain David Eisenbach, les progrès du mouvement LGBT ont contribué à faire avancer l’ensemble de la société américaine. «Les discriminations sont un fardeau pour l’oppresseur comme pour l’oppressé, analyse-t-il. Les personnes qui ont des préjugés doivent entrer en interaction avec des personnes qui les angoissent et les mettent en colère. Elles travaillent moins bien avec des collègues homos et ont des relations tendues avec les membres de leur famille homos. Qui voudrait de ce fardeau psychologique? Heureusement, le mouvement des droits des homos a libéré beaucoup d’entre nous, les hétéros, du fardeau de l’homophobie.»

Ces progrès sont visiblement constatés par le député polonais gay Robert Biedroń. Il assure que les mentalités ont profondément changé en l’espace d’une décennie. Un sondage indique que l’acceptation des unions civiles a augmenté de 10% par rapport à trois ans plus tôt et la trans’ Anna Grodzka et lui-même ont pu obtenir des sièges de parlementaires. Il redoute toutefois l’évolution que connaissent des pays comme la Russie, qui interdit la «propagande des relations non-traditionnelles»: en barrant ainsi la route à la liberté d’expression, Moscou empêche les LGBT de vivre dans la dignité et encourage la peur, puisque l’on redoute ce que l’on ne connaît pas. «Il est important pour les jeunes de savoir qu’il y a différentes orientations et façons de vivre, et que tou.te.s sont libres de vivre et d’exprimer leur identité sans être stigmatisé.e.s ou subir de discriminations, plaide-t-il. Les lesbiennes, les gays, les bi.e.s et les trans’ ne sont pas une menace pour notre société. Ces personnes en font partie. Et ça a toujours été le cas.»

L’intégralité de leurs contributions peut être consultée sur The European.