guide des petites fillesGuide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, Catherine Dufour, Editions Fayard, 300 p., 15€. Génial. Absolument génial. L’absence d’iconographie est toutefois un peu frustrante car on aimerait voir et donner un visage à toutes ces femmes qui ont bravé les interdits, les préjugés, le sexisme pour accomplir leurs rêves et s’imposer quand on voulait les cantonner aux fourneaux (entre autres). On ne peut qu’applaudir le travail de documentation et de recherche accompli par l’auteure. Cet ouvrage est indispensable aussi bien pour les petites filles que pour les petits garçons, pour montrer qu’aucune profession n’est l’apanage exclusif d’un genre. De plus, il a le mérite salutaire d’utiliser le genre féminin pour la présentation des métiers. Et mentalement, ça change tout: le masculin générique n’a vraiment rien de neutre. Une cinquantaine de métiers, accompagnés de portraits de femmes d’hier et d’aujourd’hui (Virginie Despentes, Louise Bourgeois, DJ Sextoy, Irene Zeilinger, Angela Davis, Jane Campion et beaucoup d’autres) sont ainsi présentés avec une pointe d’humour et d’enthousiasme qui donnent envie de repousser les limites encore existantes. Julien Massillon

 

paroles de liberte - taubiraParoles de liberté, Christiane Taubira, Flammarion, 137 p., 12€. Dans cet ouvrage, la ministre de la Justice a à cœur de condamner mais aussi de replacer dans un contexte plus large les insultes racistes dont elle a été la cible il y a quelques mois. Elle insiste notamment sur la responsabilité de plusieurs responsables politiques dans ces débordements. Nicolas Sarkozy – qu’elle prend soin de ne jamais nommer – est ainsi fustigé pour son discours de Dakar dans lequel il avait assuré que «l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire». La Garde des Sceaux reproche aux opposant.e.s à l’ouverture du mariage leur irrespect des mœurs républicaines et les qualifie «d’antidémocrates». Elle se permet un court – mais efficace – plaidoyer en faveur de l’égalité des droits pour tous les couples. Un livre court et fluide où l’on retrouve le verbe recherché et si singulier de Christiane Taubira. JM

 

casino d'hiver - besnehardCasino d’hiver, Dominique Besnehard, Plon, 350 p., 21€. Lire Casino d’hiver, l’autobiographie de Dominique Besnehard, c’est feuilleter l’album du cinéma et du showbiz français de ces 40 dernières années. Le name dropping, Besnehard connait, lui qui fut tour à tour directeur de casting influent, agent des stars puis plus récemment producteur. Avec une grande franchise, il aborde son homosexualité («J’ai toujours eu le sentiment d’être différent») et raconte ses premières amours. Fan de cinéma, tout jeune, il écrit à toutes les actrices. Dès les années 70, il se fait un nom par sa capacité à dénicher des acteurs et des actrices «atypiques» (Vadeck Stanczak, Juliette Binoche, Béatrice Dalle). Ami des actrices et de certaines chanteuses comme Sylvie Vartan, il est leur confident, leur ange gardien. Puis il deviendra leur agent, lui qui débuta comme acteur et qui, dans sa vie privée, était attiré par les «mauvais garçons». La langue bien pendue, Besnehard n’hésite pas à décrocher ses flèches. Jacques Dutronc? «Il faisait des blagues homophobes sur le tournage de L’Entourloupe». Maurice Pialat? «Heureusement, il reste ses films». Engagé aux côtés de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle de 2007, il confie que «personne, jamais, ne m’a autant blessé» et raconte la rupture avec celle qu’il considère avoir tant aidé avant de conclure: «Les hommes – et les femmes! – politiques sont des acteurs… en pire!» On veut bien lui faire confiance sur ce point. Au-delà des potins et des histoires d’alcôve (mais ne lit-on pas les autobiographies pour cela?), Casino d’hiver offre une vision unique des coulisses du cinéma français. Christophe Martet

 

silence_des_rails_franck_balandier_Le Silence des rails, Franck Balandier, Flammarion, 211 p., 12€. En racontant l’histoire d’Étienne, Franck Balandier raconte celle de tous les triangles roses, ces hommes déportés dans les camps de concentration en raison de leur homosexualité pendant la Seconde guerre mondiale. Par les yeux de son personnage, il décrit les conditions de détention inhumaines dans le camp de Natzwiller-Struthof dans les Vosges, la violence et la mort omniprésentes, la crasse, la faim, le froid, et ces fumées au loin qui s’échappent des cheminées et se mêlent aux flocons de neige. Documenté et précis, le récit de Franck Balandier n’en demeure pas moins une véritable expérience littéraire sensible et éprouvante dont on ne ressort pas indemne. Maëlle Le Corre

 

dis-le-aux-abeilles-fiona-shawDis-le aux abeilles, Fiona Shaw, Editions Dans l’Engrenage, 264 p., 18 €. Charlie est fils unique d’un mariage sans amour, entre un ex-soldat alcoolique et une mère aimante mais triste. La rencontre avec Jeanne, qui a depuis peu repris l’un des cabinets de médecin généraliste de ce village anglais des années 1950, vient lui ouvrir des rêves nouveaux. Charlie apprend à s’occuper des abeilles, à les soigner, à récolter leur miel. Et leur raconte ses secrets. L’amitié entre la jeune femme et le garçon rapproche la première de la mère du second, malgré leurs différences – de classe sociale, de vie, d’envies – et, là aussi, dévoile des horizons inespérés. Fiona Shaw prend son temps, installe une ambiance, une atmosphère, suggère et dessine les sentiments. Même le bonheur est doux-amer, complexe. Un roman comme une aquarelle, une peinture appliquée sans être appuyée, délicate, légère à l’œil et chargée d’émotion. Et pour une lecture augmentée, pensez à flasher le code présent en page 4. Judith Silberfeld

 

queer marocQueer Maroc, Jean Zaganiaris, Editions Des Ailes sur un tracteur, 369 p., 19€. Le sociologue et chercheur Jean Zaganiaris cherche à comprendre l’articulation des sentiments et des désirs entre les individus dans la société marocaine à travers la littérature. En s’appuyant sur ses lectures, mais aussi sur des entretiens avec des auteur.e.s, il tente de lever les tabous autour de la sexualité et des genres. Son livre s’inscrit dans la suite de son ouvrage Penser l’obscurantisme aujourd’hui, publié en 2009. Avec une postface de l’ouvrage signée Arnaud Alessandrin, Karine Espineira, Maud-Yeuse Thomas, auteur.e.s de La Transcyclopédie: tout savoir sur les transidentités. MLC

 

Dora-la-dingue_lidia yuknavitchDora La Dingue, Lidia Yuknavitch, Editions Denoël, 288 p., 20€. Adoubée par Chuck Palahniuk, qui a signé la postface de ce premier roman, Lidia Yuknavitch livre un récit initiatique destroy, et débordant de vie et d’énergie, dans lequel elle revisite un célèbre cas de la psychanalyse freudienne, celui d’Ida Bauer. Son Ida à elle écume Seattle avec ses ami.e.s Ave Maria, Little Teena et la belle Obsidienne, pour qui elle a un (très gros) faible. Ida carbure à pas mal de substances et trimballe partout avec elle enregistreurs et mini-caméras high-tech pour réaliser des films expérimentaux. Ida va voir un psy, qu’elle appelle affectueusement Sig et qu’elle s’amuse à faire tourner en bourrique. Et quand elle perd ses moyens, Ida perd aussi la voix. Lidia Yuknavitch nous malmène et nous enchante avec ce roman magistral et électrique, qu’elle dédie à juste titre «à chaque ado qu’on a traité un jour comme s’il allait mal, alors qu’en vrai il nous ouvrait grand sa porte.» MLC

 

leonardo et salaiLéonard et Salaï – Tome 1: Il Salaïno, Benjamin Lacombe, Paul Echegoyen, Editions Soleil, 96 p., 17,95€. Léonard de Vinci l’avait surnommé Salaï, de «salaino» («petit diable» en italien). Gian Giacomo Caprotti fut l’un des élèves de l’auteur de la Joconde. Et probablement son amant. C’est en tout cas le parti pris de Benjamin Lacombe et Paul Echegoyen, qui ont choisi, avec Léonard et Salaï, de raconter le Léonard de Vinci intime. Dans ce premier tome, intitulé Il salaïno, on suit la vie du peintre et inventeur depuis sa rencontre avec Salaï, qui déboule dans son atelier à 15 ans, jusqu’à la conception de son chef d’œuvre, La Joconde, en passant par ses déboires professionnels ou les relations tumultueuses avec ses confrères, tel Michel-Ange, qui lui voue une haine tenace. Entre la vie et l’œuvre de De Vinci, on aurait aimé que les auteurs choisissent un peu plus clairement et approfondissent davantage l’aspect retenu. Peut-être dans le ou les tomes suivants… Xavier Héraud

 

tango a deux papasTango a deux papas, et pourquoi pas? Béatrice Boutignon, le baron perché, 40 pages, 16€. Publié une première fois en 2010, Tango a deux papas s’inspire l’histoire vraie de Roy et Silo, deux manchots mâles du zoo de Central Park, à New York. Jusqu’à un certain point en tout cas. Sous l’œil bienveillant des gardiens, le couple a couvé un œuf abandonné puis élevé la petite Tango. C’est Marco, un petit New-yorkais, qui raconte l’histoire, en détails. Dans la vraie vie, Silo a fini par quitter Roy, après six ans de vie commune. L’album, qui s’adresse aux enfants, ne s’aventure pas dans cette deuxième partie de la vie des manchots, et s’en tient à l’histoire d’amour entre Roy et Silo puis entre Tango et ses papas. Si les textes sont parfois un poil bavards, le dessin est joli et le récit poétique. JS

 

homosexualite-et-parenteHomosexualité et parenté, sous la direction de Jérôme Courduriès et d’Agnès Fine, Armand Colin, 232 p., 24,50 €. Dans le monde académique, la question des homos et de leurs familles (parents comme enfants) est une thématique nouvelle. Si elle a été abordée par les sciences humaines et sociales anglo-saxonnes à partir de la fin des années 1990, peu d’ouvrages ont tenté d’envisager ces mutations de la famille par le prisme de l’homosexualité dans leur globalité. Ce à quoi tente de remédier Homosexualité et parenté, un ouvrage collectif novateur, sous la direction de l’anthropologue toulousain Jérôme Courduriès (Être en couple gay, 2011) et d’Agnès Fine, anthropologue et historienne, qui cherche à approfondir nos connaissances en analysant «les effets de l’homosexualité sur les relations de parenté dans nos sociétés contemporaines». Ambitieux, l’ouvrage qui compile une série de travaux menés par des sociologues et des anthropologues du Brésil aux États-Unis, en passant par l’Espagne, la Suisse, la France et la Belgique, est salvateur et permet de remettre à plat des réalités familiales au-delà des polémiques et de la bataille des valeurs sur la famille qui gangrènent depuis deux ans les débats de fond. Le livre ouvre beaucoup de pistes sur les mécanismes d’intégration, de rejet, d’acceptation des homos au sein de leur famille d’un côté et sur les nouveaux enjeux créés par l’homoparentalité de l’autre, mais ne cherche pas forcément à résoudre toutes questions. De quoi donner des vocations à de nouvelles têtes pensantes, et c’est tant mieux! Florian Bardou

Photo Craig Conley