Après le coming-out bi de Debbie Harry, le faux coming-out bi de Justin Bieber, voilà l’anti coming-out de Jessie J. La chanteuse britannique qui s’est fait connaître en 2010 avec Do It Like A Dude, puis le hit Pricetag, a fait savoir via Twitter qu’il ne fallait plus lui parler de sa bisexualité.

«UNE PART DE SOI QUI ÉVOLUE»
En 2011, la jeune femme avait raconté dans plusieurs médias avoir fréquenté des hommes et des femmes, ajoutant que le fait qu’elle ait été en couple avec une femme avait parfois été gênant pour certaines personnes. Mais hier, la pop star a twitté un message en deux parties dans lequel elle affirme que désormais certaines choses appartiennent au passé: «Vous vous souvenez de ces choses qu’on a tous faites ou essayées par le passé? Cette phase qu’on a traversé? Qui ne VOUS correspond plus?! Et on se retourne en pensant « wow j’ai tellement changé. Je ne ferais plus ça aujourd’hui. » Cette chose dont on ne parle plus, dont on n’a même plus envie de parler. Parce qu’on est passé à autre chose? Que c’était juste une part de soi qui évolue? On se découvre, on voit se qu’on aime ou pas… Vous vous souvenez?» Désormais, elle affirme ne plus supporter d’être définie à cause de ce qu’elle a pu dire quelques années plus tôt, à savoir le fait d’être bisexuelle et se défend d’avoir évolué. Dans un autre tweet rapidement effacé, elle aurait même affirmé «Il n’y a que les hommes qui me plaisent, je ne sors qu’avec des hommes et je n’aime que les hommes et seulement les hommes. C’est suffisamment clair maintenant?»

Sans doute Jessie J ne s’attendait pas à un tel revers, mais sa confession lui a valu de nombreuses critiques acerbes:

«Est-ce que Jessie J s’attend vraiment à ce que les gens la plaignent parce qu’elle doit faire son coming-out hétéro?»

«Je me fiche de savoir comment Jessie J s’identifie, mais assimiler être hétéro à « évoluer », c’est une claque pour ces fans LGBT.»

«Je l’entends déjà… être homo c’est tellement tendance. Regardez Jessie J, elle est redevenue hétéro. Peut-être qu’elle aurait mieux fait de se taire.»

EX-BI
Comme l’explique Trish Bendix dans son article publié sur AfterEllen, les propos de la chanteuse, même s’ils reflètent une position personnelle, sont contre-productifs et alimentent la biphobie: «Elle a fait un grand tort à la communauté queer en appelant son intérêt pour les femmes une « phase », quelque chose qui a toujours collé à la peau des bisexuel.le.s depuis qu’ils/elles sont out et fier.e.s.

«L’idée constante que les bi.e.s retournent leur veste ou que le fait d’être queer en général peut être effacé à travers un individu ne sont pas seulement des fausses impressions mais des idées que les oppresseurs homophobes utilisent comme des arguments contre nos revendications pour l’égalité. Quand une personnalité comme Jessie J dit qu’elle n’est plus bisexuelle parce que c’est une « phase », elle dit au monde que les sentiments ou les désirs pour les personnes de même sexe peuvent passer, que d’une certaine façon ils sont moins réels ou sincères que ceux ressentis pour les personnes de sexe opposé. Pour faire court, on peut être un.e ex-bisexuel.le comme on peut être un.e ex-homo une fois qu’on met de côté l’expérimentation.»

REFUSER L’ÉTIQUETTE
Ce matin, Jessie J a donc longuement répondu aux reproches qui lui sont faits et a tenté de s’expliquer et de désamorcer la situation: «La haine sur ma timeline est injuste et ridicule! Je n’ai jamais menti sur ma sexualité, je ne me suis jamais collé une étiquette, ce sont les médias et une partie du public qui l’ont fait. […] On m’a questionnée sur mes relations en interview il y a longtemps, c’était la première fois, et j’ai été honnête et là BAM ça a pris le dessus, le mot bisexuel devant mon nom dans chaque article que je lis? Comme si je devais le dire quand je me présente? C’était dingue. Aussitôt, j’étais rangée dans une case. Mais en même temps, j’ai senti que j’étais poussée en avant comme porte-parole pour casser ces mêmes cases. Bizarre. […]

«Je présente des excuses à ceux/celles que j’ai offensé.e.s en disant que sortir avec des filles était une « phase » mais je veux être honnête avec moi-même. Et pour moi, ça l’était. Comment je peux appeler ça autrement si je n’ai plus ce désir-là? Je parle pour moi, rappelez-vous. Pas pour vous. Je ne fais pas de généralités, je n’ai pas dit que la bisexualité n’existait pas.

«Elle existe pour certain.e.s et ils/elles évoluent en ayant des relations avec des hommes et des femmes toute leur vie. Et c’est bien. Et d’autres non. C’est simple. Je n’ai aucune raison de mentir. Aurais-je dû dire « je suis bi » alors que je ne le suis pas, ce ne serait alors pas pire que de dire la vérité? Comment auraient réagi les gens? Dites-moi ce que j’ai fait de mal. Ça fait des années que je n’ai pas dit que j’étais bi.»

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