Le 16 février dernier, Stéphanie Nicot a été élue à la tête de la Fédération LGBT et a donc quitté la présidence de l’Association nationale transgenre (ANT), qu’elle a cofondée. À cette occasion, la militante trans’ dresse pour Yagg le bilan de ces 10 dernières années de militantisme auxquelles elle a activement participé.

«ON PASSAIT POUR DES EXTRÉMISTES»
«En 2004, nous étions trois dans les environs de Nancy à discuter sur le net, se souvient Stéphanie Nicot. À l’époque, les associations transgenres racontaient qu’il y avait obligation de passer par la psychiatrie pour faire sa transition, ce qui était complètement faux. On s’est rencontrées pour discuter et trouver un moyen de contourner le système. J’ai alors commencé une transition libre et toutes les trois nous avons décidé d’agir et de créer Transaide, parce que nous n’étions pas satisfaites de l’offre associative à l’époque que nous trouvions trop soumise et qui acceptait trop de choses.» À la création de l’association, le discours porté par les militantes semble trop radical pour certain.e.s personnes: «Notre parole choquait, on a eu beaucoup de réactions négatives. On passait pour des extrémistes car on ne collait pas au discours prégnant.» Rapidement l’association se développe. Déclarée en décembre 2004, elle devient nationale courant 2005.

UN ACCUEIL MITIGÉ
De par son parcours professionnel, Stéphanie Nicot a une bonne connaissance du milieu gay et s’en est inspirée: «Pourquoi on se laisse faire? Pourquoi on accepte? J’ai alors décidé de contacter le milieu gay et lesbien lorrain.» Mais elle y reçoit un accueil très contrasté: «Il y avait une profonde méconnaissance de ces questions, se rappelle-t-elle. Il y a eu de la bienveillance de la part de certaines personnes et associations, mais aussi de l’hostilité parfois. Certains groupes ont fait preuve de brutalité, affirmant qu’il était normal qu’on nous maltraite ainsi.»

«LES GENS SAVENT QUE ÇA EXISTE»
Transaide devient alors l’Association nationale transgenre (ANT): «Nous étions les seules à défendre le changement d’état civil libre et gratuit. Aujourd’hui, c’est une revendication qui n’est plus contestée par personne et qui est portée par toutes les associations.» Pour Stéphanie Nicot, deux choses ont été accomplies depuis ces 10 ans par les associations trans’: «Nous avons contribué à ce que ce soit politique, à ce que cette question autour du droit à faire ce qu’on veut de sa vie, à faire ce qu’on veut de son corps avance. Les gens savent que ça existe, cette question est présente dans la société maintenant.»

L’UNITÉ DANS LE MOUVEMENT TRANS’
Dans un deuxième temps, elle explique aussi que la communauté trans’ est de plus en plus intégrée dans le tissu associatif LGBT: «Nous jouons désormais un rôle dans la communauté, et ça ne se limite pas à de la solidarité. Nous apportons quelque chose aux gays, aux lesbiennes, aux bi.e.s, on a ouvert un champ sur la connaissance du genre, sur la liberté.» Qu’en est-il des dissensions internes au milieu associatif trans’? «Ce sont des voix qui s’expriment principalement sur le net, minimise Stéphanie Nicot. Il ne faut pas se laisser impressionner car cela provient surtout de personnes électrons libres. On ne les voit jamais, ni dans les associations, dans les manifs ou dans les débats. Cela reste vraiment marginal. Il y a une vraie unité maintenant dans le mouvement transgenre.»

ÊTRE LIBRE!
Cinq ans après avoir rejoint le conseil d’administration de la Fédération LGBT, Stéphanie Nicot en est aujourd’hui la présidente. «Je ne m’attendais pas à ce que ça puisse arriver si vite, plaisante-t-elle. Il y a 10 ans, cela aurait été impossible.» Mais sur l’ensemble de la société, le bilan est loin d’être entièrement positif: «Beaucoup de personnes transgenres qui doivent passer par la psychiatrie se suicident, alors que celles qui commencent librement leurs parcours n’ont finalement que le problème des papiers à régler. Là-dessus, la gauche n’aide pas, notamment les personnes les plus pauvres. On n’attendait pas la lune, donc je ne suis pas surprise. Ils auraient pu se contenter de respecter les textes européens. Et aujourd’hui le nouveau gouvernement ressemble tellement à l’ancien, que le changement ne viendra pas de lui. Manuel Valls avait d’ailleurs annoncé, alors qu’il était ministre de l’Intérieur et pas chargé du projet de loi, le report de toute loi concernant l’accès des lesbiennes et des célibataires à la PMA. L’Inter-LGBT, pas réputée pour sa férocité à l’égard du PS, s’en était indignée. La Fédération LGBT en a dit autant, rappelant qu’il était également connu pour s’opposer aux soins funéraires des personnes séropositives. Quant aux personnes transgenres, elles n’ont rien à attendre de M. Valls, qui ne connaît visiblement rien au sujet, et ne s’en préoccupe pas.» Peu optimiste, Stéphanie Nicot craint aujourd’hui un projet de loi plus rétrograde qui imposerait d’obtenir un certificat médical: «Ce serait un retour en arrière et une atteinte aux libertés, alors que nos revendications sont claires: sortir de la médicalisation et sortir de la judiciarisation. Le système actuel coûte énormément d’argent. Notre but n’est pas d’être assisté.e.s et considéré.e.s malades, mais d’être libres!»

Photo E.D 2011