Dévoilée le 1er avril, la nouvelle de la création d’un cimetière réservé aux lesbiennes à Berlin avait fait l’effet d’un bon canular, bien au-delà de la capitale allemande. Pourtant, ce lieu a bien été ouvert hier, dimanche 6 avril, devant une soixantaine de personnes dans le quartier de Prenzlauer Berg, au cœur du cimetière Georgen-Parochial Friedhof I.

TRANSMISSION DES BIENS
L’administration du lieu a accepté de fournir gratuitement à la fondation Sappho, qui est à l’origine de cette initiative, une surface de 400 m², qui pourra accueillir 80 tombes. C’est dans une volonté de préservation du patrimoine que cette fondation a souhaité mettre en œuvre ce lieu qui s’inscrit selon Astrid Osterland, la responsable du projet, dans «la culture lesbienne». La fondation Sappho a été fondée en 1997 par des anciennes membres du groupe Safia, un groupe d’auto-assistance pour femmes âgées vivant seules. Son objectif était notamment que les biens patrimoniaux des femmes de l’association restent dans la communauté et soient transmis aux autres. «Nous sommes la première génération de féministes émancipées ouvertement lesbiennes, et nous avons besoin d’être enterrées quelque part, affirme Astrid Osterland. Il n’y a plus aucune raison pour que l’on soit enterrée anonymement, et je veux reposer avec les personnes pour qui je me suis battue.»

Le site de l’association précise qu’aucune sépulture ne sera anonyme puisque toutes les femmes qui seront enterrées sont ouvertement lesbiennes.

GHETTOÏSATION OU ÉLAN COMMUNAUTAIRE?
L’utilité d’instaurer un cimetière communautaire fait débat. Pour Renate Rampf, porte-parole de la Lesben und Schwulenverband in Deutschland (LSVD), la plus grosse association LGBT allemande, il s’agit d’une «belle et honorable mémoire et un espace culturel pour les femmes lesbiennes». Du côté de Monika Herrmann, maire de la circonscription de Friedrichschain- Kreuzberg, le projet semble aussi aller dans le bon sens: «Si vous vivez dans une communauté, il est logique que vous pensiez aussi à la mort au sein de cette communauté», a affirmé l’élue, ouvertement lesbienne. Mais d’autres sont moins convaincus, comme Stefan Evers, responsable des questions LGBT au CDU, le parti d’Angela Merkel: «Ce n’est pas mon idée de l’intégration et de l’acceptation. Ceux et celles qui se considèrent comme faisant partie de la société ne doivent pas être isolé.e.s, même dans la mort.»

Photo chris grabert