Comment est né Zelink? Zelink est né en 2006. J’organisais beaucoup d’événements pour mes amis.e.s et je demandais toujours à ce que mes ami.e.s invitent d’autres ami.e.s pour faire de nouvelles rencontres. Comme je suis informaticien, je me suis dit que ce serait une bonne idée de développer ce concept autour d’un site.

J’étais aussi imprégné par mes expériences aux UEEH (Universités d’Eté Euroméditerranéennes des Homosexualités) et associatives LGBT. Je souhaitais donc, avant tout, un espace mixte.

Le site est né avec cet esprit. Rapidement, il a grossi et soudain, les événements étaient fréquentés par plein d’inconnu.e.s qui souhaitaient faire des rencontres.  Concrètement, c’est un site où environ 20000 personnes se sont inscrites et ont créé 15000 événements.

Quel était le contexte internet à l’époque? Facebook n’était pas connu en France. Le concept même de réseau social (ce que Zelink est en définitive) balbutiait. C’était aussi l’époque où beaucoup de sites de rencontres sexuelles ont vu le jour et disparu. Les associations LGBT avaient presque toutes leurs propres sites et avaient besoin de visibilité; beaucoup ont rejoint Zelink en ce sens.

Quel regard portes-tu sur l’évolution du web LGBT? Le web LGBT est en constante évolution mais Facebook a vraiment bouleversé le paysage internet en général et bien sûr le web LGBT. Les associations LGBT, au départ un peu craintives, ont presque toutes évolué vers une page puis la gestion entière de leur vie (événements, communication) sur Facebook. Le partage des informations par leurs membres sur les réseau sociaux et notamment Twitter leur est devenu vital.

Les soirées, clubs et bars ont évidemment aussi pris le même chemin.

Beaucoup de sites ont fermé au profit d’une page ou d’un groupe sur Facebook, ce qui permet d’avoir un point unique de création, de modération et évite de coûteux investissements et une demande de mise à jour constante.

Zelink s’arrête, pourquoi? Zelink s’arrête pour plusieurs raisons. La plus importante est que je n’ai jamais réussi à créer une entité (comme par exemple une association) qui soit fédératrice pour gérer le site. Gérer un site comme Zelink demande énormément de temps et d’énergie. Nous sommes toutes et tous avides de sorties mais il faut constamment de nouvelles énergies créatrices pour mener un tel projet à bien. Ces énergies ont existé et se sont fatiguées.

Il y a pas mal de messages d’adieux très touchants sur Zelink depuis que la fermeture a été annoncée. Tu as l’impression d’avoir changé la vie de certaines personnes? Depuis l’annonce de la fermeture, j’ai reçu des centaines de messages et mails très touchants. Beaucoup de gens se sont rencontrés sur Zelink grâce à un événement. Toutes ces rencontres sont très importantes, qu’elles aient débouché sur de nouvelles amitiés, des rencontres amoureuses ou juste un moment passé ensemble.

Mais tout au long de la vie de Zelink, j’ai reçu des messages de remerciement, de faire-part de PACS, de photos de vacances passées entre personnes qui se sont rencontrées sur Zelink et maintenant aussi de mariages. Émotionnellement, c’est très fort.

Quels sont tes meilleurs souvenirs? Il y a beaucoup de très bons souvenirs. Les week-ends à la maison de Bonneuil ont une place spéciale dans la mémoire des utilisatrices et utilisateurs du site. Nous avons aussi partagé un char à la Marche des Fiertés avec le Kiosque Info SIDA et Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence; toute une équipe s’est soudée pour l’organisation et le montage du char, c’était fabuleux. Mon meilleur souvenir est un pique-nique géant au parc de la Villette où je suis arrivé et une personne m’a dit «tu te rends compte que tu es le responsable de tout ça»; j’ai vraiment pris l’ampleur de ce qu’on pouvait créer en y mettant beaucoup d’énergie.

Et les pires? Il y a eu beaucoup de conflits sur les forums. Ces conflits n’ont pas toujours bien été gérés et m’ont beaucoup affecté. Encore une fois, une entité fédératrice avec une charte claire aurait évité ce genre de conflits.

Mais tout cela n’est rien au regard des messages de soutien reçus.

Quels sont tes projets pour l’avenir? J’ai lancé http://wouf.it/ qui est un site et une application mobile (Android & IOS) qui permet de voir toutes les sorties lesbiennes, gays, bies et trans’ autour de soi et partout en Europe. Chaque jour, de nouvelles villes sont couvertes et WoufIt commence à dépasser les frontières de l’Europe. Que vous cherchiez une sortie près de chez vous ou à Berlin, Barcelone, Bruxelles, Zürich ou Milan, vous devriez la trouver sur Woufit.

Photo DR (Fleurdusoleil, modérateur du site, et Alain Bartolo)