Valérie Fourneyron n’est plus ministre de la Jeunesse et des Sports. C’est Najat Vallaud-Belkacem qui s’occupera désormais de ces questions au sein du gouvernement Valls, en plus des droits des Femmes et de la Ville. On devrait lui adjoindre un ou une secrétaire d’État au Sport, mais selon nos informations, l’ancienne maire de Rouen a décliné l’offre. Avec l’aide de deux responsables d’associations sportives LGBT, Yagg dresse un bilan de son action.

LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE: UNE DÉCEPTION
Principal enseignement: ce bilan est très contrasté. Sur le plan de la lutte contre l’homophobie tout d’abord, Christelle Foucault, présidente de la FSGL, se montre assez sévère. «On a l’impression d’avoir fait un pas en arrière par rapport à ce qui avait été fait avec Chantal Jouanno (une des prédecesseurs de Valérie Fourneyron).» «Le comité de lutte contre les discriminations, créé par Madame Jouanno, où la FSGL siégeait, a disparu et a été remplacé par le Conseil National du Sport, explique Christelle Foucault. Le milieu associatif n’y est pas représenté. Nous devions assister à un groupe de travail, mais ce dernier ne s’est jamais réuni.» Autre reproche: l’échec des séances de formations à la lutte contre l’homophobie auprès des cadres techniques. Selon la présidente de la FSGL, «une seule séance a été programmée et encore elle a été décalée faute de participants». Aucun suivi sur la charte de lutte contre l’homophobie dans le sport, déplore Christelle Foucault: «Les fédérations ont signé et c’est tout». Fait intéressant, ces problèmes avaient déjà été signalés à… Najat Vallaud-Belkacem dans le cadre de son plan d’action de lutte contre l’homophobie. La nouvelle ministre est donc déjà au parfum.

GAY GAMES: UN APPUI DÉCISIF
Christelle Foucault le reconnaît volontiers en revanche: le soutien de Valérie Fourneyron à la candidature de Paris pour les Gay Games de 2018 aura été décisif. «Lorsque nous l’avons rencontrée, elle connaissait déjà le dossier, se souvient Chris Fanuel, co-présidente de Paris 2018. Pas parce qu’elle avait déjà vu le dossier de Paris, mais parce qu’en tant que maire de Rouen, elle avait déjà soutenu la candidature victorieuse de Cleveland – ville jumelée avec Rouen – pour les Gay Games 2014. Elle nous a dit tout de suite: « Vous pouvez compter sur moi ».» Force est de constater que la ministre a tenu son engagement et qu’elle a mis les petits plats dans les grands. Valérie Fourneyron s’est montrée très présente à tous les stades du processus de candidature. «Lors de la visite des sites, elle a reçu dans son propre bureau le bureau de la Fédération des Gay Games. Et elle a organisé une réception au Ministère», se rappelle Chris Fanuel. Valérie Fourneyron, qui connaît bien Pierre Bergé, a également convaincu ce dernier d’être le président d’honneur de Paris 2018. Lorsqu’il s’est agi d’aller défendre la candidature à Cleveland, la ministre n’a pas hésité à faire le déplacement et à défendre en personne le dossier. Un soutien inédit, pour Chris Fanuel: «Les Gay Games n’avaient jamais vu un.e officielle si haut placé pour la défense orale».

JEUX OLYMPIQUES
C’est Valérie Fourneyron qui a représenté la France au Jeux Olympiques de Sochi. Si, sur place, elle n’y a fait aucune déclaration officielle concernant les lois anti-gays en Russie, elle s’est tout de même assurée que la délégation française présente aux Open Games, qui suivaient les J.O., n’avait pas d’ennuis. «C’est elle qui nous a mis en relation avec l’ambassade», explique Chris Fanuel.

Sur des points plus anecdotiques, s’il en est, Christelle Foucault regrette par ailleurs que la ministre n’ait pas réagi aux propos de Tony Parker (lire Tony Parker: «En première mi-temps, on jouait comme des tapettes»). Il semble également que Valérie Fourneyon n’ait pas pris la pleine mesure de ce que représente le coming-out d’un sportif ou d’une sportive, comme en témoigne cette déclaration où elle considérait qu’il s’agissait avant tout d’une «démarche individuelle» (lire Pour Valérie Fourneyron, le coming-out d’un footballeur est «une démarche totalement individuelle»).

Au final, un bilan «en demi-teinte», comme le résume Christelle Foucault.

Photo Xavier Héraud