Le 31 mars a eu lieu la journée internationale de la visibilité trans’ (TDOV) qui a pour but de promouvoir la visibilité des transidentités, dans une société encore marquée par de nombreux préjugés à l’égard des personnes trans’. À cette occasion, l’Inter-LGBT dénonce les propos transphobes trop souvent relayés par les médias et souhaite encourager les bonnes pratiques.

«RÉTENTION D’INFORMATION»
Nous condamnons fermement les propos de la psychanalyste Claude Halmos dans le numéro de mars 2014 de Psychologies Magazine. À la question de Lucie, 6 ans: «Je veux devenir garçon. Pourquoi ce n’est pas possible?», Claude Halmos répond «Tu ne peux pas devenir un garçon Lucie, parce que tu es née, comme ta mère, dans un corps de fille. […] Cela fait partie des limites que la vie nous impose. Elles peuvent nous mettre en colère parce que nous aimerions n’en avoir aucune et pouvoir réaliser tous nos désirs et accomplir tous nos rêves. […] Et voler comme les oiseaux et nager comme les poissons. On aimerait bien, mais ce n’est pas possible.»

Nous dénonçons cette réponse qui nie l’existence des transidentités et des parcours de transition: Claude Halmos utilise un champ lexical qui renvoie la question de l’identité de genre à un «fantasme», à «une envie», en s’appuyant sur un déterminisme biologique. Au mépris de la déontologie, elle impose ici, délibérément, à l’enfant – et au lecteur – son choix, au lieu de lui donner toutes les informations pour qu’elle puisse prendre sa propre décision. Cette rétention d’information peut mener les jeunes qui questionnent leur identité de genre à un profond mal-être, qui va trop souvent jusqu’à des tentatives de suicide.

«TIMIDES PROGRÈS»
Malgré les trop nombreux clichés et contre-vérités véhiculés par les médias sur les personnes trans’, nous souhaitons souligner que de timides progrès sont en cours. Certains médias montrent un réel intérêt pour le sujet à l’image du reportage, diffusé par France 2, au journal de 20h du 26 mars 2014 sur une clinique suivant des enfants trans’ à Chicago (États-Unis). Ce reportage a le mérite de parler des jeunes trans’ et des parents qui soutiennent la démarche de leur enfant, d’une manière positive, sans préjugés. À ce titre, le commentaire du Docteur Jean-Daniel Flaysakier sur le plateau est un bon exemple de propos bienveillants: «Ce qui est très important, c’est de prendre ces enfants en charge au cas par cas, il n’y a pas de recette standard. On peut donner des médicaments pour retarder la puberté, on peut opérer à partir de 18 ou 20 ans, mais cette opération n’a aucun caractère obligatoire. Ce qui est important, c’est de gérer leur anxiété, leurs peurs, leur dépression, et faire accepter à l’entourage et à la famille ce qui est en train de se passer.»

L’Inter-LGBT en appelle donc à la responsabilité des médias: il est urgent d’apprendre à parler correctement des personnes trans’, de les considérer avec respect et bienveillance. Il est aussi important de s’interroger sur les stéréotypes qu’ils véhiculent sur le rôle que la société assigne aux hommes et aux femmes, qui sont sources de mal-être et de sexisme.

Florence Bertocchio et Clémence Zamora Cruz, porte-parole de l’Inter-LGBT chargées des questions trans’
Les intertitres sont de la rédaction.

Photos Alexandra Davy (Florence Bertocchio) / DR (Clémence Zamora Cruz)