Le 31 mars, Journée internationale de la visibilité trans’, la mannequin philippine Geena Rocero a fait son coming out trans’, dans le cadre des conférences TED (Technology, Entertainement and Design). Visiblement très émue, elle a pris le temps de raconter son parcours devant une assemblée qui à la fin de son intervention s’est levée dans un tonnerre d’applaudissements.

«FLUIDE, COMPLEXE ET MYSTÉRIEUX»
«Ces neuf dernières années, certains de mes voisin.e.s, de mes ami.e.s, de mes collègues et même mon agent ignoraient tout de mon histoire. Je pense qu’on appelle cela une révélation, voici la mienne, a déclaré solennellement Geena Rocero, tandis qu’apparaissait derrière elle une photo d’elle, enfant. On m’a assigné le genre masculin à ma naissance, d’après l’apparence de mes parties génitales. Je me souviens quand j’avais cinq ans, aux Philippines, je portais toujours ce t-shirt autour de la tête. Et ma mère m’a demandé pourquoi je faisais toujours ça. Et je disais: « Maman c’est mes cheveux. Je suis une fille! » Je savais alors comment m’identifier. Le genre a toujours été considéré comme un fait, quelque chose d’immuable. Mais nous savons aujourd’hui que c’est bien plus fluide, complexe et mystérieux. En raison de mon succès, je n’ai jamais eu le courage de partager mon histoire, pas parce que je croyais que ce que je suis est mauvais, mais à cause de la façon dont le monde traite ceux et celles qui osent être libres.»

«UN PERMIS DE VIVRE»
Geena Rocero a raconté comment sa rencontre avec une femme trans’ à l’adolescence l’a poussée à participer à des concours de beauté jusqu’à ses 17 ans, âge auquel elle a rejoint sa mère à San Francisco. «À ce moment-là aux États-Unis, il fallait en passer par la chirurgie avant de pouvoir changer son état civil. Alors en 2001, j’ai déménagé à San Francisco, et je me souviens avoir regardé mon permis de conduire californien avec le nom Geena et la lettre F. C’était un moment puissant! Je veux dire, pour certain.e.s les papiers d’identité, c’est la possibilité de conduire, ou un moyen de prendre un verre… pour moi, c’était un permis de vivre! De me sentir digne.»

«VOILÀ MON VRAI COMING-OUT»
Mais Geena Corero sait très bien que beaucoup de personnes trans’ subissent la violence et les discriminations partout dans le monde. Lors de son discours, elle a notamment mentionné l’histoire d’Islan Nettles, une jeune femme décédée à New York après une agression transphobe: «Pour la plupart des gens de ma communauté, voilà la réalité dans laquelle nous vivons. Le taux de suicide est neuf fois supérieur à celui de la population générale. Chaque 20 novembre, nous avons la Journée internationale en souvenir des victimes de la transphobie [TDoR] Je suis sur cette scène grâce à une longue histoire, de gens qui se sont battus et se sont levés contre l’injustice. Aujourd’hui, à ce moment précis, voilà mon vrai coming-out. Je ne pouvais plus vivre ma vérité pour et par moi. Je veux faire de mon mieux pour aider les autres à vivre leur vérité, sans honte ni terreur. Je suis là, exposée, pour qu’un jour, il n’y ait plus besoin de marche silencieuse pour la mémoire des trans’. Ma vérité la plus profonde m’a permis d’accepter qui je suis. En ferez-vous autant?»

LANCEMENT DE LA CAMPAGNE GENDERPROUD
L’objectif de Geena Rocero était aussi de lancer la campagne Genderproud, qui vise à alerter au niveau mondial sur le manque de reconnaissance des personnes trans’, notamment en matière de changement d’état civil. Une pétition ainsi qu’un appel à dons ont été lancés.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Geena Rocero: Why I must come out

Via The Advocate et Les Inrocks.