Homophobie, art de créer la polémique ou peut-être un peu des deux? Lors d’une session parlementaire à l’Assemblée de l’État du Nuevo León à Monterrey lundi 24 mars, la députée du parti d’action nationale (PAN – démocrates chrétiens) Blanca Lilia Sandoval est montée au créneau pour accuser l’ONG de prévention contre le VIH Acodemis et son centre d’accueil d’entretenir la prostitution. Le ton véhément à la tribune, elle a qualifié La Casita, siège de l’association qui se trouve également être une backroom, de «prostíbulo» (maison close).

La députée, qui dit tenir entre ses mains des «preuves» a notamment annoncé vouloir porter plainte et a demandé l’ouverture d’une enquête pour que l’association ne reçoive plus de subventions du secrétariat à la Santé de l’État. On peut notamment l’écouter dans cette vidéo (en espagnol) alors qu’elle s’exprime avec virulence à la tribune:

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Au lendemain de ses accusations, Abel Quiroga, président de l’association, a nié les faits dans un communiqué sur Facebook, en précisant les missions de prévention du VIH et de lutte contre le sida qui lui étaient dévolues. Il insiste notamment sur le fait que La Casita est un de ses projets de long terme d’Acodemis: «un lieu de rencontre pour les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes – rencontres consenties entre adultes –, dans un environnement avec le minimum de risques de transmission d’IST dont le VIH et où sont diffusés des documents informatifs sur les pratiques safe».

DES DÉCLARATIONS «IRRESPONSABLES ET STUPIDES »
De leur côté, des militant.e.s LGBT de Monterrey ont ensuite exigé des excuses publiques de la part de cette «stupide» députée pour ses accusations infondées. Pour Mario Rodriguez Plata, de l’association Nuevo Léon Incluyente, il s’agit de déclarations «irresponsables et stupides». «Ce qu’elle est en train de faire, c’est de tous nous criminaliser, nous homosexuels, pas seulement Acodemis, nous tous». Il poursuit: «Elle essaie de nous invisibiliser de nouveau, pour nous poursuivre comme dans les années 1980 quand il y avait des convois de maires de son parti qui démolissaient des discothèques gays».

Une position similaire à celle du directeur de l’organisation Pro Salud Sexual y Justicia, Miguel García Murcia, qui, dans une lettre au ton ironique, s’est proposé pour accompagner la députée à visiter La Casita afin qu’elle vérifie par elle-même que ce ne soit pas une maison close. «Très chère députée, parfois notre peur de la sexualité nous empêche de nos approcher pour comprendre d’autres réalités qui cohabitent dans notre société et qui ne sont pas illégales comme les rencontres sexuelles entre hommes, la lumière éteinte, avec ou sans préservatif, écrit-il. À ce propos, ce sont des décisions que chaque personne doit pouvoir prendre en toute liberté, de manière informée et avec la protection de l’État mexicain.»

Le centre national pour la prévention et le contrôle du VIH/sida (Censida) à Mexico, a par ailleurs réitéré son soutien économique et moral à l’association Acodemis, et dénonce les accusations infondées de la députée du parti de l’ancien président Felipe Calderon. Une journée de débats, intitulée «Information sur la prévention… perversion?», sera organisée jeudi 4 avril avec des militant.e.s historiques du mouvement homosexuel au Mexique comme Juan Jacobo Hernández Chávez, cofondateur du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR).

Au Mexique, si le mariage est légalisé et reconnu dans certains États comme le District fédéral de Mexico, dans l’Oaxaca ou dans le Quintana Roo, l’homophobie et les violences persistent. Plus récemment, un décret du 21 mars est venu rebaptisé le 17 mai en Journée mondiale de lutte contre l’homophobie. Auparavant, cette journée s’intitulait Jour de la Tolérance et du respect des préférences.

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Via Miguel Robledo.