Dans Eastern Boys, le deuxième long-métrage de Robin Campillo, le comédien Olivier Rabourdin incarne Daniel, un cinquantenaire qui rencontre Marek, un jeune immigré des pays de l’Est qui traîne avec une bande autour de la gare du Nord. Il l’invite dans son appartement, mais Marek n’arrive pas seul… Interviewé par Yagg lors de sa venue au Festival 2 Valenciennes, où le film a reçu le Prix du Jury et une mention spéciale de la critique, Olivier Rabourdin est revenu sur cette expérience du tournage aux côtés de deux jeunes acteurs russes, Kirill Emelyanov, qui interprète Marek/Rouslan, et Daniil Vorobjev, qui joue Boss, ainsi que sur le traitement de l’homosexualité dans ce film magistral.

Servi par une esthétique lumineuse et irréprochable, Eastern Boys est une œuvre singulière qui aborde de façon inattendue des thématiques sensibles, la réalité des personnes migrantes en France, on encore la prostitution. Le film propose une réflexion autour des rapports humains et des sentiments, à travers la relation entre le personnage de Daniel et celui de Marek/Rouslan, une relation qui pourra surprendre, voire décontenancer le public, comme le montre cette anecdote rapportée par Olivier Rabourdin: «Lors d’une projection du film en Suède, quelqu’un a dit à Robin Campillo « vous présentez une vision un peu romantique de la prostitution », il lui avait alors répondu « peut-être que vous avez une vision un peu romantique de l’amour ». On vit dans un monde où l’amour est presque divinisé, où tout ce qui est du domaine de l’amour est nécessairement pur, parfait. Mais dans l’amour, il y a aussi de la négociation, il y a aussi du rapport de force, il y a aussi de la domination, il y a aussi du calcul, parce que c’est humain.

Un des aspects les plus difficiles à accepter pour une partie du public, c’est qu’on commence dans une relation de prostitution qui évolue vers quelque chose de très différent. Il y a une forme de relation entre les deux personnages qui est considérée socialement et moralement comme mauvaise et à proscrire, voire à abolir. La vision du couple est très différente, et acceptée, mais au fond, tout ça est référencé au plus profond de l’être par la même chose: c’est le désir qui est le moteur, pas au sens sexuel, mais dans le sens de cette forme de vitalité qui fait aller vers l’autre. C’est le même carburant intérieur qui provoque la relation de prostitution, la relation de couple, et enfin la relation à laquelle vont aboutir les personnages. C’est une idée qui est difficile à accepter, au fond, parce qu’elle est intolérable.»

Olivier Rabourdin raconte aussi les précautions prises par le réalisateur pour préparer les scènes de sexe avec l’acteur russe Kirill Emelyanov, conscient que le climat homophobe en Russie pouvait tout à fait être un frein pour le jeune comédien, alors âgé de 21 ans: «Robin [Campillo] a eu une attitude très juste. Nous nous sommes vus six mois avant le tournage et il lui a dit plusieurs fois: « Il faut que tu saches qu’il y aura des scènes de sexe, que vous serez torse nu, qu’on verra des choses très suggestives. Il faut que tu saches que tes parents verront ça, que tes amis verront ça, es-tu sûr d’être d’accord? » L’hiver précédent le tournage, on a tourné en essai ces scènes-là telles qu’elles allaient être filmées, parce que Robin voulait que Kirill expérimente cette situation-là pour qu’il soit sûr de son engagement, qu’il dise oui en connaissance de cause. Je trouve ça extrêmement éthique de la part de Robin.»

Voir la bande-annonce:

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Eastern Boys

Si la vidéo de l’interview ne s’affiche pas, cliquez sur Rencontre avec Olivier Rabourdin pour le film de Robin Campillo «Eastern Boys»