Qui l’eut cru? Dans un très long entretien au trimestriel Charles, en kiosque depuis ce matin mercredi 2 avril, Christine Boutin, ancienne ministre et fervente détractrice des droits des personnes LGBT, est interrogée sur son rapport au corps, à la sexualité ou à l’homosexualité. Elle s’y confie avec «une franchise quasi-biblique» selon la journaliste Camille Vigogne Le Coat, en tentant de remettre à plat certains préjugés qui lui collent à la peau.

«Parce que je suis catholique, que je défends la famille et le respect de la vie, on s’imagine que je suis une espèce de bonne femme au formol, que je ne connais rien de la vie, que je n’ai pas mes plaisirs», lâche-t-elle dès la première question. «La sexualité fait partie de la nature humaine. Je ne dis pas: « Mettez votre ceinture de chasteté! »», poursuit la fondatrice du parti chrétien-démocrate (PCD).

L’interview est aussi l’occasion de revenir sur toutes les attaques auxquelles elle a dû faire face, que ce soit au moment du PACS ou du mariage pour tous. «Il y a des images détournées sur Twitter de mon évanouissement. Cela fait partie du risque, mais certaines étaient indignes», déplore-t-elle. «Ce que je n’ai pas accepté, c’est que certaines émissions – comme sur LCI – reprennent des images détournées de moi façon L’Origine du monde», ajoute-t-elle.

Pour autant, sa position sur l’homosexualité est toujours aussi claire. «Je n’ai jamais condamné un homosexuel. Jamais. Ce n’est pas possible. L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne», affirme Christine qui répondait à une question sur sa relation avec son ancien conseiller en communication Charles Consigny, éditorialiste au Point.fr, gay, qui a rejoint la «bande à Ruquier». «Avec ma foi, la personne homosexuelle est autant aimée de Dieu que je le suis, renchérit-elle. Merci de me permettre de vous le dire, c’est là que se situe une importante confusion. L’homosexualité n’a rien à voir avec les jugements que je porte sur les homosexuels, qui sont mes frères, mes amis, et qui ont une dignité aussi grande que ceux qui ont d’autres comportements sexuels.»

«Ils sont pécheurs comme je le suis, on est tous pécheurs. Je suis dans le péché moi aussi, je suis une pécheresse (elle rit)! Mais jamais vous ne me verrez faire l’apologie d’un péché. Même si je peux pardonner un péché.»

Sur l’homosexualité «question de mode», une affirmation qu’elle avait tenue un matin au micro de Bourdin sur RMC au sujet de La Vie d’Adèle, elle reprend: «C’est une parole un peu malheureuse un matin, et puis naturellement tout le monde l’a ressortie. Comprenez bien, ce n’est pas la mode au sens léger du terme, mais au sens de l’environnement. C’est la mode au sens où tout le monde met un blue-jeans, parce que c’est entré dans les codes de notre époque.» Christine Boutin conclut:

«L’homosexualité fait partie des nouveaux codes. Mais mon âge me permet de dire que les choses peuvent changer.»

Plus étonnante est sa position sur le coming-out en politique. «Il y en a qui se sont révélés depuis, qui ont fait leur coming out, confie-t-elle. Ça ne me gêne pas. Moi j’ai bien besoin de dire que je suis catholique, que je crois en Dieu. Il y a des tas de catholiques qui n’ont pas besoin de le dire. S’il y a des homosexuels qui font ce choix, ils sont libres.»