Être Premier ministre est «une tâche éprouvante, exigeante, de tous les instants, mais en même temps exaltante», a indiqué Jean-Marc Ayrault hier, mardi 1er avril, lors de la passation de pouvoir entre lui et Manuel Valls, le nouveau Premier ministre. «Ensemble, nous avons bien travaillé», lui a répondu le nouvel occupant de Matignon. Concernant les questions LGBT, tout le monde ne partage pas cet avis. Car, pour importante qu’elle soit, l’ouverture du mariage est loin de résoudre toutes les questions auxquelles les personnes LGBT sont confrontées. Malgré des promesses, l’ouverture de la PMA aux couples de femmes a été abandonnée (lire PMA: Chronologie d’une mort annoncée), les droits des trans’ sont au point mort, la fin des discriminations dans le don du sang aussi, des déceptions que ne fera pas oublier le soutien décisif de l’ex-ministre des Sports Valérie Fourneyron à la candidature de Paris à l’organisation des Gay Games en 2018.

Si certain.e.s saluent l’action de l’ancien maire de Nantes, d’autres se montrent plus critiques.

Le sénateur Jean-Pierre Michel, rapporteur du projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe, a évoqué sur Twitter le «soutien sans faille» de l’ancien Premier ministre à «la lutte pour l’égalité»:

L’APGL se montre elle aussi pleine de gratitude dans un communiqué intitulé «Merci au gouvernement de Jean-Marc Ayrault»: elle «tient à saluer et à remercier Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, l’ensemble des ministres de son gouvernement, dont madame Dominique Bertinotti, ministre déléguée chargée de la Famille et madame Christiane Taubira, ministre de la Justice, Garde des Sceaux, et leurs conseillers respectifs pour leurs actions et détermination pour l’adoption de la loi mariage pour tous». L’association rappelle toutefois que «le travail n’est pas fini» et que dans le domaine de la famille de nombreuses autres mesures sont attendues (dont l’ouverture de l’adoption hors mariage, la reconnaissance de la pluriparentalité, le statut du beau-parent, ou l’accès des femmes à la PMA).

«POSITIF»
L’association Homosexualités et socialisme (HES) évoque «un bilan positif malgré quelques éléments de déception»: «On a porté l’ouverture du mariage et de l’adoption pendant tellement longtemps qu’on a l’impression que c’était une formalité, mais ce n’est tellement pas rien, plaide le président de l’organisation Denis Quinqueton. Ce n’était pas une formalité et la bataille a été rude. Ce gouvernement, à travers Dominique Bertinotti, Christiane Taubira et Manuel Valls, a tenu bon malgré des attaques virulentes. Quand il était ministre de l’Intérieur, celui-ci a fait des réponses extrêmement fermes en rappelant que l’ordre républicain est du côté du gouvernement et des réformes. Malgré tout, le traitement réservé à la PMA et au changement d’état civil pour les trans’ nous chagrinent. Mais il ne faut pas oublier le programme d’action contre l’homophobie et la transphobie. Il est compliqué à mettre en place, mais c’est l’un des gros acquis de ce gouvernement car c’est la première fois qu’un plan de lutte interministériel voit le jour. Ce n’est pas la panacée, mais il a des conséquences concrètes sur les formulaires de dépôt de plainte, par exemple.»

«MITIGÉ»
Par la voix de son nouveau président, Yohann Roszéwitch, SOS homophobie voit dans les deux ans de Jean-Marc Ayrault à Matignon un bilan «mitigé». «On ne peut pas oublier que la loi sur le mariage a été réalisée au cours de ce mandat, analyse Yohann Roszéwitch, mais elle est allée de paire avec une hausse de l’homophobie. Une hausse liée à la gestion de ce sujet: François Hollande en a très peu parlé et parler d’une « clause de conscience » a pu légitimer les opposant.e.s. La stratégie du gouvernement, qui s’en est tenu à l’engagement 31 et a reculé sur la PMA et la loi famille au lendemain d’un rassemblement de la « Manif pour tous », a été un peu maladroite et a envoyé de mauvais signes en termes d’égalité. S’il y a eu des soutiens et des avancées aux ministères des Sports et des Droits des femmes, pas grand-chose n’a été fait à l’Éducation nationale et rien pour les trans’, juste une reconnaissance de « l’identité sexuelle » comme circonstance aggravante, mais on voudrait que la loi parle « d’identité de genre ». Rien sur le don du sang non plus. Pour l’instant, ces sujets sont passés à la trappe alors qu’ils sont tout aussi importants. On espère que la PMA sera réalisée dans ce mandat.»

«CONSTERNANT»
Un espoir partagé par Amandine Miguel, porte-parole chargée de la visibilité lesbienne à l’Inter-LGBT, pour qui l’ouverture du mariage et de l’adoption a beau être une mesure phare, «il s’agissait de faire rattraper son retard à la France et de s’aligner sur les autres pays occidentaux. Les lesbiennes ont été lésées par ce gouvernement avec lequel on a eu droit à une succession de revirements et de reculs sur la PMA. Nous sommes insatisfait.e.s car il n’a pas eu suffisamment de courage politique pour permettre l’égalité entre toutes les femmes. La PMA était pourtant une promesse de François Hollande, mais il a cédé face aux pressions des forces réactionnaires. Nous trouvons également assez consternant de voir comment le gouvernement a reculé en ce qui concerne les études de genre qui visent pourtant à combattre les discriminations femme-homme. Début février, Jean-Marc Ayrault a indiqué que cela ne relevait pas de la politique du gouvernement… Un énième recul.»

Interrogé par le député UMP Christian Jacob, Jean-Marc Ayrault lui avait répondu«[La théorie du genre] n’a jamais été envisagée par personne au niveau du gouvernement, c’est vous qui l’inventez! Elle vient des États-Unis, vous vous en faites le porte-parole, mais vous faites fausse route, ce n’est pas la politique du gouvernement!» Le discours de politique générale de son successeur, qui doit avoir lieu le 8 avril, est vivement attendu pour savoir en quoi consistera désormais la politique du gouvernement.

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